{"id":129,"date":"2022-06-15T12:38:37","date_gmt":"2022-06-15T10:38:37","guid":{"rendered":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/?post_type=chapter&#038;p=129"},"modified":"2023-01-12T17:11:09","modified_gmt":"2023-01-12T16:11:09","slug":"definir-le-bilinguisme-2","status":"publish","type":"chapter","link":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/chapter\/definir-le-bilinguisme-2\/","title":{"raw":"1.1. D\u00e9finir le bilinguisme","rendered":"1.1. D\u00e9finir le bilinguisme"},"content":{"raw":"<h1>Entre connaissance et utilisation<\/h1>\r\nIntuitivement, le bilinguisme, par opposition au monolinguisme, est associ\u00e9 \u00e0 la connaissance de plus d\u2019une langue. Selon la d\u00e9finition du dictionnaire Larousse, le bilinguisme repr\u00e9sente \u00ab\u00a0<em>la situation d\u2019un individu parlant couramment deux langues diff\u00e9rentes (bilinguisme individuel)\u00a0; situation d\u2019une communaut\u00e9 o\u00f9 se pratiquent couramment deux langues\u00a0\u00bb<\/em>. Si sur le plan de la seule d\u00e9finition linguistique les choses semblent simples, dans la r\u00e9alit\u00e9 elles sont beaucoup moins claires. Plusieurs d\u00e9finitions scientifiques co-existent, posant ainsi toute la complexit\u00e9 de la question et du concept.\r\n\r\nHoffmann (1991) classe ces d\u00e9finitions du bilinguisme selon deux perspectives. La premi\u00e8re consiste \u00e0 consid\u00e9rer le bilingue comme une personne capable de parler deux langues avec le m\u00eame degr\u00e9 de fluence dans toutes les situations\u00a0; position historiquement tenue par Bloomfield\u00a0(1933)\u00a0et\u00a0correspondant sans doute \u00e0 la vision la plus courante de ce qu\u2019est le bilinguisme\u00a0: \u00ab\u00a0<em>les bilingues ont un haut niveau d\u2019expertise dans les deux langues<\/em>\u00a0\u00bb. Cette d\u00e9finition se base sur un cadre conceptuel dans lequel la comp\u00e9tence monolingue\u00a0native constitue la r\u00e9f\u00e9rence pour les deux langues. En d\u2019autres termes, elle suppose que le bilingue utilise ses deux langues comme le ferait un monolingue natif. Cette vision du bilinguisme, tr\u00e8s restrictive, est li\u00e9e \u00e0 une autre notion tr\u00e8s discutable qui est celle du \u00ab\u00a0<strong>bilingue parfait<\/strong>\u00a0\u00bb supposant un \u00e9quilibre parfait entre la ma\u00eetrise des deux langues, elles-m\u00eames parfaitement ma\u00eetris\u00e9es. Cette notion de bilingue parfait est, il faut le souligner, toute aussi illusoire que celle du monolingue parfait ! Dans les faits, les personnes bilingues ont une connaissance diff\u00e9rente de chacune des langues qu\u2019ils utilisent (Cook, 2003) et ne peuvent \u00eatre r\u00e9duites \u00e0 deux monolingues dans une m\u00eame personne (Grosjean, 1998,\u00a02015).\r\n\r\nHoffmann \u00e9crira d\u2019ailleurs que \u00ab\u00a0<em>Pour une grande majorit\u00e9 de bilingues, la \u2018comp\u00e9tence bilingue\u2019 ne se mesure pas en r\u00e9f\u00e9rence aux standards de la comp\u00e9tence monolingue<\/em>\u00a0\u00bb[footnote]For a vast majority of bilinguals, \u2018bilingue competence\u2019 is not measurable in terms of monolingual standards.[\/footnote]\u00a0(Hoffmann, 1991, p. 23). La seconde conception, plus large, correspond \u00e0 la vision selon laquelle le bilinguisme fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019utilisation de deux langues dans la vie, et ce quel que soit le niveau de ma\u00eetrise de ces langues. C\u2019est la position d\u00e9fendue par Haugen\u00a0: \u00ab <em>Le bilinguisme commence \u00e0 partir du moment o\u00f9 un locuteur est capable de produire un \u00e9nonc\u00e9 complet porteur de sens dans l\u2019autre langue<\/em>\u00a0\u00bb[footnote]Bilingualism starts at the point where a speaker can first produce complete meaningful utterances in the other language.[\/footnote] (Haugen, 1953, p .7).\r\n\r\nDans cette optique, seules quelques connaissances d\u2019une langue \u00e9trang\u00e8re seraient n\u00e9cessaires \u00e0 un enfant monolingue pour modifier sa mani\u00e8re de penser et avoir un impact sur son fonctionnement cognitif (par exemple\u00a0: la conscience qu\u2019un objet peut avoir plusieurs noms ou \u00e9tiquettes verbales). Dans ce contexte de d\u00e9finitions dites\u00a0minimalistes[footnote]C\u2019est-\u00e0-dire des positions th\u00e9oriques dans lesquelles les crit\u00e8res pour \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme bilingue sont tr\u00e8s peu nombreux et exigeants.[\/footnote], Diebold Jr. (1964) d\u00e9veloppe la notion de \u00ab\u00a0bilinguisme naissant\u00a0\u00bb (incipient bilingualism) qui int\u00e8gre les personnes ne poss\u00e9dant qu\u2019une connaissance minimale de L<sub>2<\/sub> dans la cat\u00e9gorie des bilingues (par exemple\u00a0: des touristes connaissant quelques phrases cl\u00e9s dans la langue du pays visit\u00e9, des personnes utilisant une L<sub>2<\/sub> dans un cadre professionnel restreint, etc.).\r\n\r\nCes d\u00e9finitions opposent l\u2019id\u00e9e d\u2019une <strong>connaissance<\/strong> compl\u00e8te de deux ou plusieurs langues \u00e0 celle d\u2019une certaine capacit\u00e9 \u00e0 <strong>utiliser<\/strong> une autre langue.\u00a0 Or, c\u2019est bien l\u00e0 que se situe la question principale. Parler une langue consiste-t-il \u00e0 la conna\u00eetre, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 avoir une id\u00e9e de la nature et des caract\u00e9ristiques de la langue, ou \u00e0 l\u2019utiliser donc \u00e0 en faire usage dans un but pr\u00e9cis ? Si cette distinction peut para\u00eetre anecdotique pour le sujet qui nous occupe, elle est pourtant essentielle, car elle revient \u00e0 poser la question de d\u00e9terminer la quantit\u00e9 et le type de connaissances langagi\u00e8res n\u00e9cessaires pour \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme bilingue.\r\n\r\n<strong>Exemple<\/strong>\u00a0: Je connais la r\u00e8gle grammaticale du n\u00e9erlandais, consistant \u00e0 rejeter le verbe en fin de phrase lorsqu'une proposition subordonn\u00e9e est introduite par \"dat\". Je connais \u00e9galement les r\u00e8gles permettant de construire des noms compos\u00e9s, les r\u00e8gles du pluriel. Je peux les \u00e9noncer, mais cela ne signifie pas que je peux les utiliser et que je suis bilingue.\r\n\r\nDans la suite de cet ouvrage, nous nous positionnerons de mani\u00e8re tr\u00e8s claire sur le versant \u00ab\u00a0utilisation de la langue\u00a0\u00bb en adoptant la d\u00e9finition du bilinguisme de Grosjean. \u00ab\u00a0<em>Le bilinguisme est l\u2019utilisation r\u00e9guli\u00e8re de deux ou plusieurs langues ou dialectes dans la vie quotidienne<\/em> \u00bb (Grosjean, 2015, p. 16). Cette vision des choses en am\u00e8ne une autre qui permet de sortir du carcan de la comparaison bilingue <em>versus<\/em> monolingue d\u00e9j\u00e0 implicitement critiqu\u00e9e par Hoffmann, \u00e0 savoir\u00a0: le \u00ab\u00a0parler bilingue\u00a0\u00bb.\r\n\r\nReprenant l\u2019analogie de Grosjean, le bilingue ne peut se r\u00e9duire \u00e0 deux monolingues dans une m\u00eame personne tout comme courir un 400 m\u00e8tres haies ne se r\u00e9sume pas \u00e0 une simple combinaison de deux autres disciplines\u00a0: la course et le saut en hauteur\u2026 c\u2019est une discipline \u00e0 part enti\u00e8re r\u00e9sultant de la combinaison des comp\u00e9tences requises pour courir et des comp\u00e9tences requises pour sauter, l\u2019ensemble formant un tout indissociable qui g\u00e9n\u00e8re une comp\u00e9tence nouvelle. Il en est de m\u00eame pour le bilingue. Ce n\u2019est pas une personne qui parle la langue A et la langue B, mais c\u2019est un \u00eatre de communication \u00e0 part enti\u00e8re chez qui les deux langues interagissent et s\u2019influencent l\u2019une l\u2019autre. En d\u2019autres termes, le bilingue communique aussi bien que le monolingue, mais il le fait diff\u00e9remment. Il a donc \u00ab\u00a0<em>sa propre identit\u00e9 linguistique qui doit \u00eatre analys\u00e9e et d\u00e9crite en tant que telle<\/em> \u00bb (Grosjean, 2015, p. 33).\r\n\r\nConsid\u00e9rer l\u2019utilisation d\u2019une langue plut\u00f4t que sa connaissance permet d\u2019\u00e9largir la conception que nous avons du bilinguisme et d\u2019accepter de parler non plus de \u00ab\u00a0bilingue\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0bilinguisme\u00a0\u00bb, mais de \u00ab\u00a0bilingue<strong>s<\/strong>\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0bilinguisme<strong>s<\/strong> \u00bb. Consid\u00e9rer l\u2019utilisation des langues plut\u00f4t que leur connaissance permet \u00e9galement de concevoir diff\u00e9rents types d\u2019utilisation des langues et donc d\u2019accepter que ce qui n\u2019est pas la copie conforme d\u2019un usage monolingue d\u2019une langue n\u2019est pas n\u00e9cessairement le signe d\u2019une non-ma\u00eetrise des langues, mais seulement la manifestation d\u2019un \u00ab\u00a0parler bilingue\u00a0\u00bb qui a ses propres caract\u00e9ristiques.\r\n\r\nL\u2019utilisation de deux langues ne se fait pas en tout ou rien. La ma\u00eetrise d\u2019une langue, et <em>a fortiori<\/em> de deux langues, n\u2019est pas dichotomique. Elle se situe naturellement sur un continuum et se traduit par diff\u00e9rents profils. Si le bilinguisme est multiple, c\u2019est qu\u2019il est \u00e9galement influenc\u00e9 par plusieurs variables ext\u00e9rieures\u00a0qui d\u00e9terminent la nature m\u00eame du bilinguisme. Nous y reviendrons plus longuement dans le Chapitre 2 consacr\u00e9 aux facteurs influen\u00e7ant le d\u00e9veloppement bilingue de l\u2019enfant.\r\n<h1>Entre compr\u00e9hension et production<\/h1>\r\nDans leur ouvrage \u00ab\u00a0<em>Foundations of bilingual education and bilingualism\u00a0\u00bb<\/em>, Baker et Wright (2017) posent la question suivante\u00a0: plut\u00f4t que de demander \u00e0 une personne, si elle est bilingue, ne devrions-nous pas pr\u00e9ciser\u00a0:\u00a0dans quelle comp\u00e9tence particuli\u00e8re \u00eates-vous bilingue\u00a0? En effet, la comp\u00e9tence langagi\u00e8re n'\u00e9tant pas monolithique, la comp\u00e9tence bilingue peut se d\u00e9cliner de mani\u00e8re variable selon deux dimensions particuli\u00e8res\u00a0:\r\n<ol>\r\n \t<li>oral (\u00e9couter et parler) <em>vs<\/em> \u00e9crit (lire et \u00e9crire)\u00a0;<\/li>\r\n \t<li>r\u00e9ception ou compr\u00e9hension (\u00e9couter et lire) <em>vs<\/em> production (parler et \u00e9crire).<\/li>\r\n<\/ol>\r\nSituer un individu pour chacune de ses deux langues sur chacune de ces dimensions permet d\u2019appr\u00e9hender la complexit\u00e9 du bilinguisme et la multiplicit\u00e9 des r\u00e9alit\u00e9s puisque sur chacune des dimensions et pour chacune des habilet\u00e9s de base (parler, \u00e9couter, lire et \u00e9crire), on peut d\u00e9placer un curseur et cr\u00e9er autant de configurations bilingues que de personnes bilingues. Une personne peut \u00eatre totalement performante dans une L<sub>A<\/sub>, mais ne pourra que comprendre et lire une L<sub>B<\/sub> alors qu\u2019une autre personne pourra les parler de mani\u00e8re fluente, mais n\u2019en lira et n\u2019en \u00e9crira qu\u2019une. Une troisi\u00e8me personne sera, quant \u00e0 elle, comp\u00e9tente dans toutes les dimensions pour les deux langues. On peut ainsi d\u00e9cliner toutes les possibilit\u00e9s quasi \u00e0 l'infini.\r\n\r\n&nbsp;\r\n\r\n[caption id=\"attachment_54\" align=\"aligncenter\" width=\"1394\"]<a href=\"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/05\/fig1.png\"><img class=\"wp-image-54 size-full\" src=\"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/05\/fig1-e1662040805385.png\" alt=\"\" width=\"1394\" height=\"394\" \/><\/a> Figure 1\u00a0: Illustrations de diff\u00e9rents types de bilinguismes selon la comp\u00e9tence des personnes au niveau \"oral vs \u00e9crit\" et \"r\u00e9ception (compr\u00e9hension) vs production\".[\/caption]\r\n\r\nCette mani\u00e8re de concevoir les choses permet d\u2019introduire la notion de bilinguisme passif \u00e9cart\u00e9e des d\u00e9finitions du bilinguisme bas\u00e9es sur l\u2019utilisation des langues (cf. section pr\u00e9c\u00e9dente) en consid\u00e9rant, comme repr\u00e9sent\u00e9 dans la figure ci-dessus, qu\u2019on peut comprendre et lire une langue sans pour autant pouvoir l\u2019utiliser activement de mani\u00e8re fonctionnelle. Le bilinguisme repr\u00e9sente d\u00e8s lors une dynamique complexe et une r\u00e9alit\u00e9 dans laquelle chaque langue peut \u00eatre plus ou moins d\u00e9velopp\u00e9e. Nous reviendrons plus longuement sur cette question dans la section 1.2 de ce chapitre.\r\n<h1>Entre simultan\u00e9 et successif<\/h1>\r\nAu-del\u00e0 du d\u00e9bat \u00ab\u00a0utilisation <em>vs<\/em> connaissance\u00a0\u00bb et de la distinction \u00ab\u00a0production <em>vs<\/em> r\u00e9ception\u00a0\u00bb, le moment d\u2019introduction d\u2019une seconde langue dans la vie d\u2019une personne (simultan\u00e9ment ou cons\u00e9cutivement \u00e0 l\u2019acquisition de la premi\u00e8re langue) est une question importante dans la d\u00e9finition du bilinguisme et l\u2019appr\u00e9hension de sa r\u00e9alit\u00e9 multiple. Une mani\u00e8re assez simple de renvoyer aux notions de <strong>bilinguisme simultan\u00e9<\/strong> et de <strong>bilinguisme s\u00e9quentiel ou successif<\/strong> serait de les repr\u00e9senter de la mani\u00e8re suivante\u00a0:\r\n\r\n&nbsp;\r\n\r\n[caption id=\"attachment_23\" align=\"aligncenter\" width=\"1385\"]<a href=\"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/05\/image4.png\"><img class=\"wp-image-23 size-full\" src=\"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/05\/image4-e1662040745683.png\" alt=\"\" width=\"1385\" height=\"349\" \/><\/a> Figure 2\u00a0: Bilinguisme simultan\u00e9 versus bilinguisme successif.[\/caption]\r\n\r\nDe cette mani\u00e8re\u00a0:\r\n<ul>\r\n \t<li>le bilinguisme simultan\u00e9 est caract\u00e9ristique d\u2019une situation o\u00f9 les deux langues sont pr\u00e9sentes dans l\u2019environnement de l\u2019enfant d\u00e8s la naissance ou dans les mois qui suivent\u00a0;<\/li>\r\n \t<li>le bilinguisme successif (\u00e9galement appel\u00e9 cons\u00e9cutif ou s\u00e9quentiel) est caract\u00e9ristique d\u2019une situation o\u00f9 les deux langues sont pr\u00e9sentes successivement dans l\u2019environnement de l\u2019enfant et plus pr\u00e9cis\u00e9ment, selon McLaughlin (1978), lorsque L<sub>2<\/sub> est introduite dans l\u2019environnement de l\u2019enfant apr\u00e8s l\u2019\u00e2ge de trois ans.<\/li>\r\n<\/ul>\r\nComme le lecteur l\u2019aura cependant compris, dans le domaine du bilinguisme, les choses sont rarement, voire jamais, dichotomiques et \u00e9tablir une fronti\u00e8re claire et pr\u00e9cise entre le bilinguisme simultan\u00e9 et le bilinguisme successif est n\u00e9cessairement arbitraire.\r\n\r\nPour un certain nombre d\u2019auteurs, cette limite de trois ans correspondant \u00e0 un \u00e2ge o\u00f9 un enfant tout-venant a d\u00e9j\u00e0 acquis les bases de sa langue maternelle est trop large. En effet, il y a n\u00e9cessairement des diff\u00e9rences d\u00e9veloppementales entre un enfant dont l\u2019exposition \u00e0 deux langues se fait d\u00e8s la naissance et un autre expos\u00e9 \u00e0 une premi\u00e8re langue \u00e0 la naissance et \u00e0 une seconde vers 2-3 ans. Ainsi, De Houwer (2009) insiste sur la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019exposition aux deux langues depuis la naissance pour parler de bilinguisme simultan\u00e9.\r\n\r\nDeuchar et Quay (2000) sont, quant \u00e0 eux, un peu plus tol\u00e9rants en consid\u00e9rant que l\u2019exposition aux deux langues doit se faire au cours de la premi\u00e8re ann\u00e9e pour que l\u2019appellation de bilinguisme simultan\u00e9 puisse \u00eatre utilis\u00e9e. Fran\u00e7ois Grosjean (2008, 2015) consid\u00e8re, lui, que le bilinguisme simultan\u00e9 est caract\u00e9ristique d\u2019une utilisation r\u00e9guli\u00e8re des langues ou, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, d\u2019une exposition de l\u2019enfant \u00e0 deux langues d\u00e8s la naissance \u00e0 laquelle s\u2019ajoute une utilisation r\u00e9guli\u00e8re de ces langues pendant la petite enfance. Cette derni\u00e8re d\u00e9finition exclut <em>de facto<\/em> les cas de bilinguisme passif caract\u00e9ristiques de situations o\u00f9 une personne comprend plus d\u2019une langue, mais n\u2019en produit qu\u2019une seule. En d\u2019autres termes, la simple exposition de l\u2019enfant \u00e0 une seconde langue par, notamment, des expositions audio (par exemple\u00a0: des enregistrements, des dessins anim\u00e9s, ou tout simplement des interactions ponctuelles avec les grands-parents) de quelque intensit\u00e9 qu\u2019elles soient ne suffisent pas pour parler de bilinguisme simultan\u00e9 voire d\u2019\u00e9ducation bilingue (nous reviendrons plus longuement sur ce point dans le Chapitre 5).\r\n\r\nDans cette optique, le bilinguisme implique donc la <strong>pratique<\/strong> des langues et pour qu\u2019il soit simultan\u00e9, une pratique qui s\u2019ancre dans les premi\u00e8res ann\u00e9es de vie, donc avant que l\u2019enfant ne soit soumis aux influences scolaires. D\u00e8s lors, davantage que d\u00e9terminer un \u00e2ge charni\u00e8re au-del\u00e0 duquel on parlerait de bilinguisme successif et non plus de bilinguisme simultan\u00e9, Grosjean (2008) nous d\u00e9crit plut\u00f4t les conditions dans lesquelles il est permis de parler de bilinguisme simultan\u00e9.\r\n\r\nLes d\u00e9finitions reprises ci-dessus renvoient naturellement \u00e0 un concept auquel les chercheurs font de plus en plus r\u00e9f\u00e9rence\u00a0: celui de\u00a0<em>bilingual first-language acquisition[footnote]Acquisition bilingue du langage.[\/footnote]<\/em>\u00a0(BFLA). Ce concept remis au go\u00fbt du jour par des auteurs comme Fran\u00e7ois Grosjean ou Annick De Houwer n\u2019est pas r\u00e9cent. Il a \u00e9merg\u00e9 en 1972, sugg\u00e9r\u00e9 par le titre de la th\u00e8se de doctorat \u00ab\u00a0<em>Bilingualism as a first language<\/em> \u00bb de Merrill Swain (1972), chercheuse canadienne, dont les travaux sur l\u2019acquisition d\u2019une seconde langue et l\u2019implication dans le d\u00e9veloppement de la p\u00e9dagogie immersive au Qu\u00e9bec ont pos\u00e9 les bases de la recherche d\u00e9veloppementale sur le bilinguisme. Le BFLA, comme d\u00e9crit par Grosjean et Li (2013), implique qu\u2019aucune des langues en pr\u00e9sence ne peut \u00eatre d\u00e9finie comme \u00ab\u00a0premi\u00e8re\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0seconde\u00a0\u00bb et ce m\u00eame si, dans la pratique, il n\u2019est pas rare qu\u2019une langue dominante puisse \u00eatre identifi\u00e9e. Nous aborderons cette notion de langue dominante dans la prochaine section qui sera consacr\u00e9e \u00e0 la distinction entre bilinguisme \u00e9quilibr\u00e9 et bilinguisme non-\u00e9quilibr\u00e9.\r\n\r\nSi le bilinguisme simultan\u00e9 \u00e9merge le plus souvent d\u2019un choix ou d'un contexte familial, le bilinguisme s\u00e9quentiel ou successif est, quant \u00e0 lui, souvent le fruit d\u2019une acquisition scolaire des langues ou d'une immigration. Dans ce cas, la personne engag\u00e9e dans l\u2019apprentissage d\u2019une seconde langue a d\u00e9j\u00e0, selon son \u00e2ge, partiellement ou totalement acquis une premi\u00e8re langue. Selon l\u2019\u00e2ge d\u2019introduction de L<sub>2<\/sub>, on parlera de\u00a0:\r\n<ul>\r\n \t<li><strong>bilinguisme s\u00e9quentiel pr\u00e9coce <\/strong>ou bilinguisme successif pr\u00e9coce. Il d\u00e9signe habituellement le cas o\u00f9 de jeunes enfants (entre 3 et 5-6 ans) toujours dans un processus d\u2019acquisition de leur langue maternelle sont expos\u00e9s \u00e0 une seconde langue. Une partie du d\u00e9veloppement langagier sera donc par d\u00e9finition bilingue\u00a0;<\/li>\r\n \t<li><strong>bilinguisme s\u00e9quentiel semi-pr\u00e9coce<\/strong>. Il d\u00e9signe le cas o\u00f9 l\u2019introduction d\u2019une L<sub>2<\/sub> dans l\u2019environnement de l\u2019enfant se fait en au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de six ans\u00a0; \u00e2ge auquel la langue maternelle de l\u2019enfant est globalement acquise, et ce m\u00eame si la syntaxe \u00e9labor\u00e9e et le vocabulaire doivent encore s\u2019\u00e9toffer\u00a0;<\/li>\r\n \t<li><strong>bilinguisme s\u00e9quentiel tardif<\/strong> ou bilinguisme tardif. Il d\u00e9signe le cas o\u00f9 l\u2019introduction d\u2019une L<sub>2<\/sub> se fait apr\u00e8s la ma\u00eetrise de la langue maternelle soit, dans la majorit\u00e9 des cas, \u00e0 l\u2019adolescence et \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte.<\/li>\r\n<\/ul>\r\nCette premi\u00e8re distinction est principalement centr\u00e9e sur <strong>l\u2019\u00e2ge d\u2019exposition<\/strong> \u00e0 une langue seconde et nous offre une premi\u00e8re facette de la notion de bilinguismes.\r\n\r\nSi l\u2019\u00e2ge d\u2019apprentissage de L<sub>2<\/sub> a son importance, une question se pose alors\u00a0: les bilingues simultan\u00e9s sont-ils les seuls \u00e0 pouvoir \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme de \u00ab\u00a0vrais bilingues\u00a0\u00bb\u00a0?\u00a0 M\u00eame si les estimations de Pearson et Fern\u00e1ndez (1994) sont un peu dat\u00e9es, elles sugg\u00e8rent que la majorit\u00e9 des enfants bilingues, soit 80%, sont des bilingues dits s\u00e9quentiels. Si en 30 ans le rapport entre bilingues simultan\u00e9s et bilingues s\u00e9quentiels a sans doute \u00e9volu\u00e9 (malheureusement, il est difficile d\u2019avoir des statistiques r\u00e9centes en la mati\u00e8re), nous pouvons supposer que le nombre de bilingues s\u00e9quentiels reste sup\u00e9rieur \u00e0 celui des bilingues simultan\u00e9s. Ce fait ne peut nous conduire qu\u2019\u00e0 une seule conclusion logique \u2026 il n\u2019est pas n\u00e9cessaire d\u2019\u00eatre bilingue simultan\u00e9 pour \u00eatre un \u00ab\u00a0vrai bilingue\u00a0\u00bb\u00a0!\r\n\r\n[caption id=\"attachment_56\" align=\"aligncenter\" width=\"1323\"]<a href=\"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/05\/fig3.png\"><img class=\"wp-image-56 size-full\" src=\"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/05\/fig3-e1662040863747.png\" alt=\"\" width=\"1323\" height=\"911\" \/><\/a> Figure 3\u00a0: Les diff\u00e9rents types de bilinguismes en fonction de l\u2019\u00e2ge d\u2019introduction de L<sub>2<\/sub> dans l\u2019environnement de l\u2019enfant.[\/caption]","rendered":"<h1>Entre connaissance et utilisation<\/h1>\n<p>Intuitivement, le bilinguisme, par opposition au monolinguisme, est associ\u00e9 \u00e0 la connaissance de plus d\u2019une langue. Selon la d\u00e9finition du dictionnaire Larousse, le bilinguisme repr\u00e9sente \u00ab\u00a0<em>la situation d\u2019un individu parlant couramment deux langues diff\u00e9rentes (bilinguisme individuel)\u00a0; situation d\u2019une communaut\u00e9 o\u00f9 se pratiquent couramment deux langues\u00a0\u00bb<\/em>. Si sur le plan de la seule d\u00e9finition linguistique les choses semblent simples, dans la r\u00e9alit\u00e9 elles sont beaucoup moins claires. Plusieurs d\u00e9finitions scientifiques co-existent, posant ainsi toute la complexit\u00e9 de la question et du concept.<\/p>\n<p>Hoffmann (1991) classe ces d\u00e9finitions du bilinguisme selon deux perspectives. La premi\u00e8re consiste \u00e0 consid\u00e9rer le bilingue comme une personne capable de parler deux langues avec le m\u00eame degr\u00e9 de fluence dans toutes les situations\u00a0; position historiquement tenue par Bloomfield\u00a0(1933)\u00a0et\u00a0correspondant sans doute \u00e0 la vision la plus courante de ce qu\u2019est le bilinguisme\u00a0: \u00ab\u00a0<em>les bilingues ont un haut niveau d\u2019expertise dans les deux langues<\/em>\u00a0\u00bb. Cette d\u00e9finition se base sur un cadre conceptuel dans lequel la comp\u00e9tence monolingue\u00a0native constitue la r\u00e9f\u00e9rence pour les deux langues. En d\u2019autres termes, elle suppose que le bilingue utilise ses deux langues comme le ferait un monolingue natif. Cette vision du bilinguisme, tr\u00e8s restrictive, est li\u00e9e \u00e0 une autre notion tr\u00e8s discutable qui est celle du \u00ab\u00a0<strong>bilingue parfait<\/strong>\u00a0\u00bb supposant un \u00e9quilibre parfait entre la ma\u00eetrise des deux langues, elles-m\u00eames parfaitement ma\u00eetris\u00e9es. Cette notion de bilingue parfait est, il faut le souligner, toute aussi illusoire que celle du monolingue parfait ! Dans les faits, les personnes bilingues ont une connaissance diff\u00e9rente de chacune des langues qu\u2019ils utilisent (Cook, 2003) et ne peuvent \u00eatre r\u00e9duites \u00e0 deux monolingues dans une m\u00eame personne (Grosjean, 1998,\u00a02015).<\/p>\n<p>Hoffmann \u00e9crira d\u2019ailleurs que \u00ab\u00a0<em>Pour une grande majorit\u00e9 de bilingues, la \u2018comp\u00e9tence bilingue\u2019 ne se mesure pas en r\u00e9f\u00e9rence aux standards de la comp\u00e9tence monolingue<\/em>\u00a0\u00bb<a class=\"footnote\" title=\"For a vast majority of bilinguals, \u2018bilingue competence\u2019 is not measurable in terms of monolingual standards.\" id=\"return-footnote-129-1\" href=\"#footnote-129-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a>\u00a0(Hoffmann, 1991, p. 23). La seconde conception, plus large, correspond \u00e0 la vision selon laquelle le bilinguisme fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019utilisation de deux langues dans la vie, et ce quel que soit le niveau de ma\u00eetrise de ces langues. C\u2019est la position d\u00e9fendue par Haugen\u00a0: \u00ab <em>Le bilinguisme commence \u00e0 partir du moment o\u00f9 un locuteur est capable de produire un \u00e9nonc\u00e9 complet porteur de sens dans l\u2019autre langue<\/em>\u00a0\u00bb<a class=\"footnote\" title=\"Bilingualism starts at the point where a speaker can first produce complete meaningful utterances in the other language.\" id=\"return-footnote-129-2\" href=\"#footnote-129-2\" aria-label=\"Footnote 2\"><sup class=\"footnote\">[2]<\/sup><\/a> (Haugen, 1953, p .7).<\/p>\n<p>Dans cette optique, seules quelques connaissances d\u2019une langue \u00e9trang\u00e8re seraient n\u00e9cessaires \u00e0 un enfant monolingue pour modifier sa mani\u00e8re de penser et avoir un impact sur son fonctionnement cognitif (par exemple\u00a0: la conscience qu\u2019un objet peut avoir plusieurs noms ou \u00e9tiquettes verbales). Dans ce contexte de d\u00e9finitions dites\u00a0minimalistes<a class=\"footnote\" title=\"C\u2019est-\u00e0-dire des positions th\u00e9oriques dans lesquelles les crit\u00e8res pour \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme bilingue sont tr\u00e8s peu nombreux et exigeants.\" id=\"return-footnote-129-3\" href=\"#footnote-129-3\" aria-label=\"Footnote 3\"><sup class=\"footnote\">[3]<\/sup><\/a>, Diebold Jr. (1964) d\u00e9veloppe la notion de \u00ab\u00a0bilinguisme naissant\u00a0\u00bb (incipient bilingualism) qui int\u00e8gre les personnes ne poss\u00e9dant qu\u2019une connaissance minimale de L<sub>2<\/sub> dans la cat\u00e9gorie des bilingues (par exemple\u00a0: des touristes connaissant quelques phrases cl\u00e9s dans la langue du pays visit\u00e9, des personnes utilisant une L<sub>2<\/sub> dans un cadre professionnel restreint, etc.).<\/p>\n<p>Ces d\u00e9finitions opposent l\u2019id\u00e9e d\u2019une <strong>connaissance<\/strong> compl\u00e8te de deux ou plusieurs langues \u00e0 celle d\u2019une certaine capacit\u00e9 \u00e0 <strong>utiliser<\/strong> une autre langue.\u00a0 Or, c\u2019est bien l\u00e0 que se situe la question principale. Parler une langue consiste-t-il \u00e0 la conna\u00eetre, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 avoir une id\u00e9e de la nature et des caract\u00e9ristiques de la langue, ou \u00e0 l\u2019utiliser donc \u00e0 en faire usage dans un but pr\u00e9cis ? Si cette distinction peut para\u00eetre anecdotique pour le sujet qui nous occupe, elle est pourtant essentielle, car elle revient \u00e0 poser la question de d\u00e9terminer la quantit\u00e9 et le type de connaissances langagi\u00e8res n\u00e9cessaires pour \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme bilingue.<\/p>\n<p><strong>Exemple<\/strong>\u00a0: Je connais la r\u00e8gle grammaticale du n\u00e9erlandais, consistant \u00e0 rejeter le verbe en fin de phrase lorsqu&rsquo;une proposition subordonn\u00e9e est introduite par \u00ab\u00a0dat\u00a0\u00bb. Je connais \u00e9galement les r\u00e8gles permettant de construire des noms compos\u00e9s, les r\u00e8gles du pluriel. Je peux les \u00e9noncer, mais cela ne signifie pas que je peux les utiliser et que je suis bilingue.<\/p>\n<p>Dans la suite de cet ouvrage, nous nous positionnerons de mani\u00e8re tr\u00e8s claire sur le versant \u00ab\u00a0utilisation de la langue\u00a0\u00bb en adoptant la d\u00e9finition du bilinguisme de Grosjean. \u00ab\u00a0<em>Le bilinguisme est l\u2019utilisation r\u00e9guli\u00e8re de deux ou plusieurs langues ou dialectes dans la vie quotidienne<\/em> \u00bb (Grosjean, 2015, p. 16). Cette vision des choses en am\u00e8ne une autre qui permet de sortir du carcan de la comparaison bilingue <em>versus<\/em> monolingue d\u00e9j\u00e0 implicitement critiqu\u00e9e par Hoffmann, \u00e0 savoir\u00a0: le \u00ab\u00a0parler bilingue\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Reprenant l\u2019analogie de Grosjean, le bilingue ne peut se r\u00e9duire \u00e0 deux monolingues dans une m\u00eame personne tout comme courir un 400 m\u00e8tres haies ne se r\u00e9sume pas \u00e0 une simple combinaison de deux autres disciplines\u00a0: la course et le saut en hauteur\u2026 c\u2019est une discipline \u00e0 part enti\u00e8re r\u00e9sultant de la combinaison des comp\u00e9tences requises pour courir et des comp\u00e9tences requises pour sauter, l\u2019ensemble formant un tout indissociable qui g\u00e9n\u00e8re une comp\u00e9tence nouvelle. Il en est de m\u00eame pour le bilingue. Ce n\u2019est pas une personne qui parle la langue A et la langue B, mais c\u2019est un \u00eatre de communication \u00e0 part enti\u00e8re chez qui les deux langues interagissent et s\u2019influencent l\u2019une l\u2019autre. En d\u2019autres termes, le bilingue communique aussi bien que le monolingue, mais il le fait diff\u00e9remment. Il a donc \u00ab\u00a0<em>sa propre identit\u00e9 linguistique qui doit \u00eatre analys\u00e9e et d\u00e9crite en tant que telle<\/em> \u00bb (Grosjean, 2015, p. 33).<\/p>\n<p>Consid\u00e9rer l\u2019utilisation d\u2019une langue plut\u00f4t que sa connaissance permet d\u2019\u00e9largir la conception que nous avons du bilinguisme et d\u2019accepter de parler non plus de \u00ab\u00a0bilingue\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0bilinguisme\u00a0\u00bb, mais de \u00ab\u00a0bilingue<strong>s<\/strong>\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0bilinguisme<strong>s<\/strong> \u00bb. Consid\u00e9rer l\u2019utilisation des langues plut\u00f4t que leur connaissance permet \u00e9galement de concevoir diff\u00e9rents types d\u2019utilisation des langues et donc d\u2019accepter que ce qui n\u2019est pas la copie conforme d\u2019un usage monolingue d\u2019une langue n\u2019est pas n\u00e9cessairement le signe d\u2019une non-ma\u00eetrise des langues, mais seulement la manifestation d\u2019un \u00ab\u00a0parler bilingue\u00a0\u00bb qui a ses propres caract\u00e9ristiques.<\/p>\n<p>L\u2019utilisation de deux langues ne se fait pas en tout ou rien. La ma\u00eetrise d\u2019une langue, et <em>a fortiori<\/em> de deux langues, n\u2019est pas dichotomique. Elle se situe naturellement sur un continuum et se traduit par diff\u00e9rents profils. Si le bilinguisme est multiple, c\u2019est qu\u2019il est \u00e9galement influenc\u00e9 par plusieurs variables ext\u00e9rieures\u00a0qui d\u00e9terminent la nature m\u00eame du bilinguisme. Nous y reviendrons plus longuement dans le Chapitre 2 consacr\u00e9 aux facteurs influen\u00e7ant le d\u00e9veloppement bilingue de l\u2019enfant.<\/p>\n<h1>Entre compr\u00e9hension et production<\/h1>\n<p>Dans leur ouvrage \u00ab\u00a0<em>Foundations of bilingual education and bilingualism\u00a0\u00bb<\/em>, Baker et Wright (2017) posent la question suivante\u00a0: plut\u00f4t que de demander \u00e0 une personne, si elle est bilingue, ne devrions-nous pas pr\u00e9ciser\u00a0:\u00a0dans quelle comp\u00e9tence particuli\u00e8re \u00eates-vous bilingue\u00a0? En effet, la comp\u00e9tence langagi\u00e8re n&rsquo;\u00e9tant pas monolithique, la comp\u00e9tence bilingue peut se d\u00e9cliner de mani\u00e8re variable selon deux dimensions particuli\u00e8res\u00a0:<\/p>\n<ol>\n<li>oral (\u00e9couter et parler) <em>vs<\/em> \u00e9crit (lire et \u00e9crire)\u00a0;<\/li>\n<li>r\u00e9ception ou compr\u00e9hension (\u00e9couter et lire) <em>vs<\/em> production (parler et \u00e9crire).<\/li>\n<\/ol>\n<p>Situer un individu pour chacune de ses deux langues sur chacune de ces dimensions permet d\u2019appr\u00e9hender la complexit\u00e9 du bilinguisme et la multiplicit\u00e9 des r\u00e9alit\u00e9s puisque sur chacune des dimensions et pour chacune des habilet\u00e9s de base (parler, \u00e9couter, lire et \u00e9crire), on peut d\u00e9placer un curseur et cr\u00e9er autant de configurations bilingues que de personnes bilingues. Une personne peut \u00eatre totalement performante dans une L<sub>A<\/sub>, mais ne pourra que comprendre et lire une L<sub>B<\/sub> alors qu\u2019une autre personne pourra les parler de mani\u00e8re fluente, mais n\u2019en lira et n\u2019en \u00e9crira qu\u2019une. Une troisi\u00e8me personne sera, quant \u00e0 elle, comp\u00e9tente dans toutes les dimensions pour les deux langues. On peut ainsi d\u00e9cliner toutes les possibilit\u00e9s quasi \u00e0 l&rsquo;infini.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<figure id=\"attachment_54\" aria-describedby=\"caption-attachment-54\" style=\"width: 1394px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/05\/fig1.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-54 size-full\" src=\"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/05\/fig1-e1662040805385.png\" alt=\"\" width=\"1394\" height=\"394\" srcset=\"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/05\/fig1-e1662040805385.png 1394w, https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/05\/fig1-e1662040805385-300x85.png 300w, https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/05\/fig1-e1662040805385-1024x289.png 1024w, https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/05\/fig1-e1662040805385-768x217.png 768w, https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/05\/fig1-e1662040805385-65x18.png 65w, https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/05\/fig1-e1662040805385-225x64.png 225w, https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/05\/fig1-e1662040805385-350x99.png 350w\" sizes=\"(max-width: 1394px) 100vw, 1394px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-54\" class=\"wp-caption-text\">Figure 1\u00a0: Illustrations de diff\u00e9rents types de bilinguismes selon la comp\u00e9tence des personnes au niveau \u00ab\u00a0oral vs \u00e9crit\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0r\u00e9ception (compr\u00e9hension) vs production\u00a0\u00bb.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Cette mani\u00e8re de concevoir les choses permet d\u2019introduire la notion de bilinguisme passif \u00e9cart\u00e9e des d\u00e9finitions du bilinguisme bas\u00e9es sur l\u2019utilisation des langues (cf. section pr\u00e9c\u00e9dente) en consid\u00e9rant, comme repr\u00e9sent\u00e9 dans la figure ci-dessus, qu\u2019on peut comprendre et lire une langue sans pour autant pouvoir l\u2019utiliser activement de mani\u00e8re fonctionnelle. Le bilinguisme repr\u00e9sente d\u00e8s lors une dynamique complexe et une r\u00e9alit\u00e9 dans laquelle chaque langue peut \u00eatre plus ou moins d\u00e9velopp\u00e9e. Nous reviendrons plus longuement sur cette question dans la section 1.2 de ce chapitre.<\/p>\n<h1>Entre simultan\u00e9 et successif<\/h1>\n<p>Au-del\u00e0 du d\u00e9bat \u00ab\u00a0utilisation <em>vs<\/em> connaissance\u00a0\u00bb et de la distinction \u00ab\u00a0production <em>vs<\/em> r\u00e9ception\u00a0\u00bb, le moment d\u2019introduction d\u2019une seconde langue dans la vie d\u2019une personne (simultan\u00e9ment ou cons\u00e9cutivement \u00e0 l\u2019acquisition de la premi\u00e8re langue) est une question importante dans la d\u00e9finition du bilinguisme et l\u2019appr\u00e9hension de sa r\u00e9alit\u00e9 multiple. Une mani\u00e8re assez simple de renvoyer aux notions de <strong>bilinguisme simultan\u00e9<\/strong> et de <strong>bilinguisme s\u00e9quentiel ou successif<\/strong> serait de les repr\u00e9senter de la mani\u00e8re suivante\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<figure id=\"attachment_23\" aria-describedby=\"caption-attachment-23\" style=\"width: 1385px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/05\/image4.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-23 size-full\" src=\"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/05\/image4-e1662040745683.png\" alt=\"\" width=\"1385\" height=\"349\" srcset=\"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/05\/image4-e1662040745683.png 1385w, https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/05\/image4-e1662040745683-300x76.png 300w, https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/05\/image4-e1662040745683-1024x258.png 1024w, https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/05\/image4-e1662040745683-768x194.png 768w, https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/05\/image4-e1662040745683-65x16.png 65w, https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/05\/image4-e1662040745683-225x57.png 225w, https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/05\/image4-e1662040745683-350x88.png 350w\" sizes=\"(max-width: 1385px) 100vw, 1385px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-23\" class=\"wp-caption-text\">Figure 2\u00a0: Bilinguisme simultan\u00e9 versus bilinguisme successif.<\/figcaption><\/figure>\n<p>De cette mani\u00e8re\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>le bilinguisme simultan\u00e9 est caract\u00e9ristique d\u2019une situation o\u00f9 les deux langues sont pr\u00e9sentes dans l\u2019environnement de l\u2019enfant d\u00e8s la naissance ou dans les mois qui suivent\u00a0;<\/li>\n<li>le bilinguisme successif (\u00e9galement appel\u00e9 cons\u00e9cutif ou s\u00e9quentiel) est caract\u00e9ristique d\u2019une situation o\u00f9 les deux langues sont pr\u00e9sentes successivement dans l\u2019environnement de l\u2019enfant et plus pr\u00e9cis\u00e9ment, selon McLaughlin (1978), lorsque L<sub>2<\/sub> est introduite dans l\u2019environnement de l\u2019enfant apr\u00e8s l\u2019\u00e2ge de trois ans.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Comme le lecteur l\u2019aura cependant compris, dans le domaine du bilinguisme, les choses sont rarement, voire jamais, dichotomiques et \u00e9tablir une fronti\u00e8re claire et pr\u00e9cise entre le bilinguisme simultan\u00e9 et le bilinguisme successif est n\u00e9cessairement arbitraire.<\/p>\n<p>Pour un certain nombre d\u2019auteurs, cette limite de trois ans correspondant \u00e0 un \u00e2ge o\u00f9 un enfant tout-venant a d\u00e9j\u00e0 acquis les bases de sa langue maternelle est trop large. En effet, il y a n\u00e9cessairement des diff\u00e9rences d\u00e9veloppementales entre un enfant dont l\u2019exposition \u00e0 deux langues se fait d\u00e8s la naissance et un autre expos\u00e9 \u00e0 une premi\u00e8re langue \u00e0 la naissance et \u00e0 une seconde vers 2-3 ans. Ainsi, De Houwer (2009) insiste sur la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019exposition aux deux langues depuis la naissance pour parler de bilinguisme simultan\u00e9.<\/p>\n<p>Deuchar et Quay (2000) sont, quant \u00e0 eux, un peu plus tol\u00e9rants en consid\u00e9rant que l\u2019exposition aux deux langues doit se faire au cours de la premi\u00e8re ann\u00e9e pour que l\u2019appellation de bilinguisme simultan\u00e9 puisse \u00eatre utilis\u00e9e. Fran\u00e7ois Grosjean (2008, 2015) consid\u00e8re, lui, que le bilinguisme simultan\u00e9 est caract\u00e9ristique d\u2019une utilisation r\u00e9guli\u00e8re des langues ou, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, d\u2019une exposition de l\u2019enfant \u00e0 deux langues d\u00e8s la naissance \u00e0 laquelle s\u2019ajoute une utilisation r\u00e9guli\u00e8re de ces langues pendant la petite enfance. Cette derni\u00e8re d\u00e9finition exclut <em>de facto<\/em> les cas de bilinguisme passif caract\u00e9ristiques de situations o\u00f9 une personne comprend plus d\u2019une langue, mais n\u2019en produit qu\u2019une seule. En d\u2019autres termes, la simple exposition de l\u2019enfant \u00e0 une seconde langue par, notamment, des expositions audio (par exemple\u00a0: des enregistrements, des dessins anim\u00e9s, ou tout simplement des interactions ponctuelles avec les grands-parents) de quelque intensit\u00e9 qu\u2019elles soient ne suffisent pas pour parler de bilinguisme simultan\u00e9 voire d\u2019\u00e9ducation bilingue (nous reviendrons plus longuement sur ce point dans le Chapitre 5).<\/p>\n<p>Dans cette optique, le bilinguisme implique donc la <strong>pratique<\/strong> des langues et pour qu\u2019il soit simultan\u00e9, une pratique qui s\u2019ancre dans les premi\u00e8res ann\u00e9es de vie, donc avant que l\u2019enfant ne soit soumis aux influences scolaires. D\u00e8s lors, davantage que d\u00e9terminer un \u00e2ge charni\u00e8re au-del\u00e0 duquel on parlerait de bilinguisme successif et non plus de bilinguisme simultan\u00e9, Grosjean (2008) nous d\u00e9crit plut\u00f4t les conditions dans lesquelles il est permis de parler de bilinguisme simultan\u00e9.<\/p>\n<p>Les d\u00e9finitions reprises ci-dessus renvoient naturellement \u00e0 un concept auquel les chercheurs font de plus en plus r\u00e9f\u00e9rence\u00a0: celui de\u00a0<em>bilingual first-language acquisition<a class=\"footnote\" title=\"Acquisition bilingue du langage.\" id=\"return-footnote-129-4\" href=\"#footnote-129-4\" aria-label=\"Footnote 4\"><sup class=\"footnote\">[4]<\/sup><\/a><\/em>\u00a0(BFLA). Ce concept remis au go\u00fbt du jour par des auteurs comme Fran\u00e7ois Grosjean ou Annick De Houwer n\u2019est pas r\u00e9cent. Il a \u00e9merg\u00e9 en 1972, sugg\u00e9r\u00e9 par le titre de la th\u00e8se de doctorat \u00ab\u00a0<em>Bilingualism as a first language<\/em> \u00bb de Merrill Swain (1972), chercheuse canadienne, dont les travaux sur l\u2019acquisition d\u2019une seconde langue et l\u2019implication dans le d\u00e9veloppement de la p\u00e9dagogie immersive au Qu\u00e9bec ont pos\u00e9 les bases de la recherche d\u00e9veloppementale sur le bilinguisme. Le BFLA, comme d\u00e9crit par Grosjean et Li (2013), implique qu\u2019aucune des langues en pr\u00e9sence ne peut \u00eatre d\u00e9finie comme \u00ab\u00a0premi\u00e8re\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0seconde\u00a0\u00bb et ce m\u00eame si, dans la pratique, il n\u2019est pas rare qu\u2019une langue dominante puisse \u00eatre identifi\u00e9e. Nous aborderons cette notion de langue dominante dans la prochaine section qui sera consacr\u00e9e \u00e0 la distinction entre bilinguisme \u00e9quilibr\u00e9 et bilinguisme non-\u00e9quilibr\u00e9.<\/p>\n<p>Si le bilinguisme simultan\u00e9 \u00e9merge le plus souvent d\u2019un choix ou d&rsquo;un contexte familial, le bilinguisme s\u00e9quentiel ou successif est, quant \u00e0 lui, souvent le fruit d\u2019une acquisition scolaire des langues ou d&rsquo;une immigration. Dans ce cas, la personne engag\u00e9e dans l\u2019apprentissage d\u2019une seconde langue a d\u00e9j\u00e0, selon son \u00e2ge, partiellement ou totalement acquis une premi\u00e8re langue. Selon l\u2019\u00e2ge d\u2019introduction de L<sub>2<\/sub>, on parlera de\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li><strong>bilinguisme s\u00e9quentiel pr\u00e9coce <\/strong>ou bilinguisme successif pr\u00e9coce. Il d\u00e9signe habituellement le cas o\u00f9 de jeunes enfants (entre 3 et 5-6 ans) toujours dans un processus d\u2019acquisition de leur langue maternelle sont expos\u00e9s \u00e0 une seconde langue. Une partie du d\u00e9veloppement langagier sera donc par d\u00e9finition bilingue\u00a0;<\/li>\n<li><strong>bilinguisme s\u00e9quentiel semi-pr\u00e9coce<\/strong>. Il d\u00e9signe le cas o\u00f9 l\u2019introduction d\u2019une L<sub>2<\/sub> dans l\u2019environnement de l\u2019enfant se fait en au-del\u00e0 de l\u2019\u00e2ge de six ans\u00a0; \u00e2ge auquel la langue maternelle de l\u2019enfant est globalement acquise, et ce m\u00eame si la syntaxe \u00e9labor\u00e9e et le vocabulaire doivent encore s\u2019\u00e9toffer\u00a0;<\/li>\n<li><strong>bilinguisme s\u00e9quentiel tardif<\/strong> ou bilinguisme tardif. Il d\u00e9signe le cas o\u00f9 l\u2019introduction d\u2019une L<sub>2<\/sub> se fait apr\u00e8s la ma\u00eetrise de la langue maternelle soit, dans la majorit\u00e9 des cas, \u00e0 l\u2019adolescence et \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Cette premi\u00e8re distinction est principalement centr\u00e9e sur <strong>l\u2019\u00e2ge d\u2019exposition<\/strong> \u00e0 une langue seconde et nous offre une premi\u00e8re facette de la notion de bilinguismes.<\/p>\n<p>Si l\u2019\u00e2ge d\u2019apprentissage de L<sub>2<\/sub> a son importance, une question se pose alors\u00a0: les bilingues simultan\u00e9s sont-ils les seuls \u00e0 pouvoir \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme de \u00ab\u00a0vrais bilingues\u00a0\u00bb\u00a0?\u00a0 M\u00eame si les estimations de Pearson et Fern\u00e1ndez (1994) sont un peu dat\u00e9es, elles sugg\u00e8rent que la majorit\u00e9 des enfants bilingues, soit 80%, sont des bilingues dits s\u00e9quentiels. Si en 30 ans le rapport entre bilingues simultan\u00e9s et bilingues s\u00e9quentiels a sans doute \u00e9volu\u00e9 (malheureusement, il est difficile d\u2019avoir des statistiques r\u00e9centes en la mati\u00e8re), nous pouvons supposer que le nombre de bilingues s\u00e9quentiels reste sup\u00e9rieur \u00e0 celui des bilingues simultan\u00e9s. Ce fait ne peut nous conduire qu\u2019\u00e0 une seule conclusion logique \u2026 il n\u2019est pas n\u00e9cessaire d\u2019\u00eatre bilingue simultan\u00e9 pour \u00eatre un \u00ab\u00a0vrai bilingue\u00a0\u00bb\u00a0!<\/p>\n<figure id=\"attachment_56\" aria-describedby=\"caption-attachment-56\" style=\"width: 1323px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/05\/fig3.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-56 size-full\" src=\"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/05\/fig3-e1662040863747.png\" alt=\"\" width=\"1323\" height=\"911\" srcset=\"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/05\/fig3-e1662040863747.png 1323w, https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/05\/fig3-e1662040863747-300x207.png 300w, https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/05\/fig3-e1662040863747-1024x705.png 1024w, https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/05\/fig3-e1662040863747-768x529.png 768w, https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/05\/fig3-e1662040863747-65x45.png 65w, https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/05\/fig3-e1662040863747-225x155.png 225w, https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/05\/fig3-e1662040863747-350x241.png 350w\" sizes=\"(max-width: 1323px) 100vw, 1323px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-56\" class=\"wp-caption-text\">Figure 3\u00a0: Les diff\u00e9rents types de bilinguismes en fonction de l\u2019\u00e2ge d\u2019introduction de L<sub>2<\/sub> dans l\u2019environnement de l\u2019enfant.<\/figcaption><\/figure>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-129-1\">For a vast majority of bilinguals, \u2018bilingue competence\u2019 is not measurable in terms of monolingual standards. <a href=\"#return-footnote-129-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-129-2\">Bilingualism starts at the point where a speaker can first produce complete meaningful utterances in the other language. <a href=\"#return-footnote-129-2\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 2\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-129-3\">C\u2019est-\u00e0-dire des positions th\u00e9oriques dans lesquelles les crit\u00e8res pour \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme bilingue sont tr\u00e8s peu nombreux et exigeants. <a href=\"#return-footnote-129-3\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 3\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-129-4\">Acquisition bilingue du langage. <a href=\"#return-footnote-129-4\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 4\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":12,"menu_order":1,"template":"","meta":{"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":[],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[],"license":[],"class_list":["post-129","chapter","type-chapter","status-publish","hentry"],"part":3,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/129"}],"collection":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-json\/wp\/v2\/users\/12"}],"version-history":[{"count":22,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/129\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":699,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/129\/revisions\/699"}],"part":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/3"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/129\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=129"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=129"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=129"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=129"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}