{"id":147,"date":"2022-06-15T13:39:00","date_gmt":"2022-06-15T11:39:00","guid":{"rendered":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/?post_type=chapter&#038;p=147"},"modified":"2023-01-18T16:17:01","modified_gmt":"2023-01-18T15:17:01","slug":"la-quantite-et-la-qualite-des-interactions-langagieres","status":"publish","type":"chapter","link":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/chapter\/la-quantite-et-la-qualite-des-interactions-langagieres\/","title":{"raw":"2.1. La quantit\u00e9 et la qualit\u00e9 des interactions langagi\u00e8res","rendered":"2.1. La quantit\u00e9 et la qualit\u00e9 des interactions langagi\u00e8res"},"content":{"raw":"S\u2019interroger sur l\u2019importance de la quantit\u00e9 et de la qualit\u00e9 de l\u2019exposition et des stimulations langagi\u00e8res dans le cadre du bilinguisme pr\u00e9coce, c\u2019est se poser la question de savoir ou plut\u00f4t de comprendre pourquoi des diff\u00e9rences dans le niveau de ma\u00eetrise de certains aspects de la langue sont observ\u00e9es entre enfants bilingues et monolingues sans que cela ne rel\u00e8ve d\u2019un retard de d\u00e9veloppement ou d\u2019une surcharge cognitive induite par le bilinguisme.\r\n<h1>La notion de quantit\u00e9<\/h1>\r\n\u00ab\u00a0Combien de temps dois-je parler quotidiennement \u00e0 mon enfant en L<sub>A<\/sub> et L<sub>B<\/sub> pour qu\u2019il les ma\u00eetrise\u00a0?\u00a0\u00bb est une question qui revient de mani\u00e8re r\u00e9currente lorsque des parents interpellent les professionnels du langage au sujet de l\u2019\u00e9ducation bilingue de leur enfant. Si la question est simple, la r\u00e9ponse ne l\u2019est pas n\u00e9cessairement tant la notion de quantit\u00e9 est complexe et influenc\u00e9e par diff\u00e9rentes variables.\r\n\r\nLa quantit\u00e9 globale d\u2019exposition \u00e0 la langue semble jouer un r\u00f4le bien plus important dans le d\u00e9veloppement bilingue de l\u2019enfant qu\u2019elle n\u2019en joue dans le d\u00e9veloppement monolingue (Montrul, 2008). Elle est cependant difficile \u00e0 estimer avec pr\u00e9cision. Dans les \u00e9tudes scientifiques, on rel\u00e8ve principalement deux types de mesures de la quantit\u00e9\u00a0: (1) les mesures directes r\u00e9sultant d\u2019analyses d\u2019enregistrements ou d\u2019observations men\u00e9es par les chercheurs et (2) les mesures indirectes issues de comptes rendus ou de questionnaires parentaux (portant notamment sur les pratiques \u00e0 la maison). Chacun de ces deux types de mesure est insatisfaisant et ne donne qu\u2019une vue partielle de la r\u00e9alit\u00e9\u00a0: les mesures directes sont souvent faites dans un contexte particulier (jeux, interactions pendant le repas, etc.) et sur une courte p\u00e9riode\u00a0; quant aux mesures indirectes, elles peuvent \u00eatre empreintes d\u2019une certaine subjectivit\u00e9. Les deux sont donc n\u00e9cessaires pour approcher au plus pr\u00e8s la r\u00e9alit\u00e9 des interactions langagi\u00e8res quotidiennes dans une famille. Comme le mentionnaient d\u00e9j\u00e0 Comblain et Rondal dans leur ouvrage \u00ab Apprendre les langues, o\u00f9, quand, comment ? \u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0<em>la r\u00e9flexion sur l\u2019importance de la quantit\u00e9 d\u2019input langagier dans la ma\u00eetrise de la langue vient de l\u2019observation des diff\u00e9rences de ma\u00eetrise de certains aspects d\u2019une langue ou d\u2019aspects communs \u00e0 plusieurs langues d\u2019un groupe d\u2019individus \u00e0 un autre sans que cela ne puisse \u00eatre expliqu\u00e9 par des variables cognitives ou linguistiques<\/em>\u00a0\u00bb (Comblain &amp; Rondal, 2001, p. 74). En d\u2019autres termes, \u00e0 \u00e2ge \u00e9gal, un jeune enfant \u00e9lev\u00e9 de mani\u00e8re bilingue a des comp\u00e9tences lexicales et grammaticales diff\u00e9rentes en L<sub>A<\/sub> et en L<sub>B<\/sub> d\u2019un enfant monolingue natif de ces langues sans que cela ne rel\u00e8ve de la pathologie, mais plut\u00f4t de la quantit\u00e9 d\u2019exposition qu\u2019il re\u00e7oit dans chacune de ces langues.\r\n\r\nDans les situations de bilinguisme simultan\u00e9, la quantit\u00e9 relative d\u2019exposition dans chacune des langues peut permettre de comprendre pourquoi l\u2019enfant a une ma\u00eetrise in\u00e9gale des deux langues auxquelles il est expos\u00e9 (De Houwer, 2021). Ces diff\u00e9rences se marquent de mani\u00e8re assez claire au niveau de la taille du vocabulaire tant r\u00e9ceptif que productif (Unsworth, 2016).\r\n\r\nDans une \u00e9tude de 2013, Unsworth analyse le d\u00e9veloppement langagier de 136 enfants et adolescents \u00e9voluant dans des milieux sociolinguistiques comparables aux Pays-Bas. Ils \u00e9taient expos\u00e9s depuis la naissance \u00e0 l\u2019anglais \u00e0 la maison et au n\u00e9erlandais (langue dominante de la communaut\u00e9) en dehors du domicile et \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Unsworth rel\u00e8ve une grande variabilit\u00e9 dans le pourcentage d\u2019heures hebdomadaires consacr\u00e9es au n\u00e9erlandais (entre 8\u00a0% et 93\u00a0%). On s\u2019en doutera, ce pourcentage est notamment influenc\u00e9 par l\u2019\u00e2ge de l\u2019enfant et son niveau de scolarit\u00e9\u00a0; les jeunes enfants gard\u00e9s \u00e0 la maison \u00e9tant davantage expos\u00e9s \u00e0 l\u2019anglais que les adolescents scolaris\u00e9s dans une \u00e9cole n\u00e9erlandophone et pratiquant des activit\u00e9s extra-scolaires dans cette langue. Pour Unsworth, une telle variation dans le pourcentage d\u2019exposition \u00e0 chacune des langues, en plus d\u2019expliquer les diff\u00e9rences entre enfants bilingues et monolingues dans la vitesse d\u2019acquisition du langage, serait \u00e9galement un facteur explicatif des diff\u00e9rences observ\u00e9es entre enfants bilingues. De Houwer (2007, 2009), analysant les interactions langagi\u00e8res dans des 1.899 familles belges (enfants \u00e2g\u00e9s de six \u00e0 dix ans) vivant dans la r\u00e9gion n\u00e9erlandophone du pays, avait d\u00e9j\u00e0 soulign\u00e9 l\u2019importance des pratiques langagi\u00e8res des parents et de la quantit\u00e9 d\u2019exposition \u00e0 chacune des langues. Dans les familles dont les parents sont tous deux locuteurs d\u2019une langue minoritaire (autre que le n\u00e9erlandais, langue dominante), elle constate que lorsque les deux parents parlent cette langue \u00e0 la maison, 97\u00a0% des enfants de l\u2019\u00e9chantillon parlent les deux langues (la langue familiale et la langue dominante de la communaut\u00e9). Lorsque l\u2019un des parents parle les deux langues \u00e0 la maison et l\u2019autre uniquement la langue minoritaire, le pourcentage d\u2019enfants parlant les deux langues diminue l\u00e9g\u00e8rement \u00e0 93\u00a0%. Ce pourcentage chute \u00e0 73\u00a0% lorsqu\u2019un des parents utilise uniquement la langue majoritaire \u00e0 la maison et l\u2019autre la langue minoritaire. Enfin, lorsqu\u2019un des parents opte pour l\u2019utilisation des deux langues \u00e0 la maison et le second pour la langue majoritaire, seuls 34\u00a0% des enfants choisissent d\u2019utiliser eux-m\u00eames les deux langues. Le Tableau 2 r\u00e9sume les r\u00e9sultats de De Houwer (2007, 2009).\r\n\r\n&nbsp;\r\n\r\n[caption id=\"attachment_356\" align=\"aligncenter\" width=\"1314\"]<img class=\"wp-image-356 size-full\" src=\"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/06\/tab2.png\" alt=\"\" width=\"1314\" height=\"642\" \/> <em>Tableau 2\u00a0: Efficacit\u00e9 de l'\u00e9ducation bilingue en fonction de la quantit\u00e9 d'exposition \u00e0 la langue dominante et \u00e0 la langue minoritaire au travers des interactions parents-enfants d'apr\u00e8s De Houwer (2007, 2009).\u200b<\/em>[\/caption]\r\n\r\nComme le souligne Carroll (2017), il est logique de penser que le pourcentage d\u2019exposition \u00e0 chacune des langues et, principalement, \u00e0 la langue minoritaire va jouer sur le devenir bilingue de l\u2019enfant, mais comme elle le sugg\u00e8re \u00e9galement, nous ne pouvons pas exclure que le choix de l\u2019enfant de s\u2019exprimer dans une ou deux langues r\u00e9sulte \u00e9galement de sa perception de l\u2019importance relative que les parents accordent \u00e0 chacune de ces langues\u00a0; importance se refl\u00e9tant dans leurs pratiques langagi\u00e8res.\r\n\r\nLes \u00e9tudes les plus r\u00e9centes sur la question de la quantit\u00e9 vont plus loin que la seule consid\u00e9ration de l\u2019exposition en liant cette derni\u00e8re \u00e0 la quantit\u00e9 de productions (<em>output<\/em>) de l\u2019enfant. Selon Bohman et collaborateurs (2010), quantit\u00e9s d\u2019expositions et de productions sont de puissants pr\u00e9dicteurs des capacit\u00e9s langagi\u00e8res ult\u00e9rieures du jeune enfant et influencent diff\u00e9remment les domaines langagiers. La quantit\u00e9 d\u2019exposition est importante pour \u00e9tablir les connaissances langagi\u00e8res initiales et semble \u00eatre un bon pr\u00e9dicteur au d\u00e9but de l\u2019apprentissage du langage. Elle permet \u00e0 l\u2019enfant de d\u00e9velopper les connaissances lexicales et s\u00e9mantiques de base. Quant \u00e0 la quantit\u00e9 de productions de l\u2019enfant, elle est importante pour d\u00e9velopper et augmenter ces connaissances initiales. Concr\u00e8tement, l\u2019enfant entend et emmagasine des mots de vocabulaire et des connaissances sur leur signification (par exemple\u00a0: ce qui fait qu\u2019une pomme est une pomme et qu\u2019il peut g\u00e9n\u00e9raliser le mot \u2018pomme\u2019 \u00e0 d\u2019autres exemplaires). Il va ensuite produire ces mots en pr\u00e9sence d\u2019un adulte afin de demander quelque chose, d\u2019attirer l\u2019attention, etc. L\u2019adulte va r\u00e9agir aux productions de l\u2019enfant en les compl\u00e9tant, les modulant et les pr\u00e9cisant augmentant ainsi les connaissances initiales de l\u2019enfant et son lexique de base. L\u2019influence de la quantit\u00e9 d\u2019expositions et de productions ne se limite cependant pas aux aspects lexicaux et s\u00e9mantiques du langage. Leur action combin\u00e9e va \u00e9galement influencer le d\u00e9veloppement de la morphosyntaxe, c\u2019est-\u00e0-dire de la capacit\u00e9 \u00e0 combiner les mots en phrases afin d\u2019exprimer des significations complexes, qui \u00e9merge vers 18-24 mois (voir Chapitre 3). En effet, pour d\u00e9velopper une syntaxe de plus en plus \u00e9labor\u00e9e, il ne suffit pas d\u2019y \u00eatre simplement expos\u00e9, m\u00eame intens\u00e9ment, mais il faut \u00e9galement la pratiquer de mani\u00e8re r\u00e9guli\u00e8re et fr\u00e9quente afin d\u2019obtenir des retours (directs ou indirects) sur sa justesse.\r\n\r\n<strong>Exemple<\/strong>\u00a0: lors d'une promenade, un enfant d\u00e9signant des chevaux dans une prairie dit \"Ils sont beaux les chevals\". Le parent, plut\u00f4t que de faire une correction directe, reformulera \u00ab\u00a0oui, ils sont tr\u00e8s beaux les chevaux\u00a0\u00bb.\r\n\r\nLa plupart des \u00e9tudes portant sur le r\u00f4le de l\u2019<em>input<\/em> parental dans le d\u00e9veloppement langagier bilingue de l\u2019enfant indiquent donc qu\u2019une exposition importante favorise une acquisition rapide du langage. Comme nous le verrons dans la section suivante lorsque nous aborderons la notion de qualit\u00e9, l\u2019impact de la quantit\u00e9 d\u2019exposition est modul\u00e9 par la qualit\u00e9 m\u00eame des interlocuteurs de l\u2019enfant ainsi que par leur comp\u00e9tence dans les langues-cibles (Unsworth, 2016).\r\n<h1>La notion de qualit\u00e9<\/h1>\r\nSi la quantit\u00e9 globale d\u2019exposition langagi\u00e8re dans chacune des langues est variable d\u2019un enfant bilingue \u00e0 l\u2019autre, la qualit\u00e9 l\u2019est tout autant (Paradis, 2011). Plusieurs facteurs peuvent contribuer \u00e0 cette variabilit\u00e9. On rel\u00e8vera notamment\u00a0:\r\n<ul>\r\n \t<li>\u00a0la richesse de l\u2019<em>input<\/em> langagier lui-m\u00eame, d\u00e9finie notamment par le nombre de sources (Jia &amp; Fuse, 2007)\u00a0;<\/li>\r\n \t<li>\u00a0la vari\u00e9t\u00e9 des interlocuteurs (Place &amp; Hoff, 2011)\u00a0;<\/li>\r\n \t<li>\u00a0le type d\u2019activit\u00e9s dans lesquelles la langue est utilis\u00e9e (Scheele <em>et al.<\/em>, 2010)\u00a0;<\/li>\r\n \t<li>\u00a0la vari\u00e9t\u00e9 de langue parl\u00e9e (Larra\u00f1aga &amp; Guijarro-Fuentes, 2012)\u00a0;<\/li>\r\n \t<li>\u00a0le fait que les interlocuteurs soient natifs ou non de la langue (Place &amp; Hoff, 2011).<\/li>\r\n<\/ul>\r\nOutre le contenu et la richesse des interactions que nous aborderons plus loin dans ce chapitre, la qualit\u00e9 m\u00eame des interactions (entendons des rapports interpersonnels) entre les parents et l\u2019enfant joue \u00e9galement un r\u00f4le essentiel dans le d\u00e9veloppement langagier de l\u2019enfant bilingue. La fluctuation d\u2019une famille \u00e0 l\u2019autre dans la qualit\u00e9 de l\u2019interaction peut en partie expliquer comment dans une configuration bilingue identique, un enfant deviendra un bilingue comp\u00e9tent et l\u2019autre pas. Kielh\u00f6fer et Jonkeit (1983) ont \u00e9tudi\u00e9 ce ph\u00e9nom\u00e8ne dans des configurations \u00ab\u00a0un parent \u2013 une langue\u00a0\u00bb (voir plus loin dans ce chapitre) et constat\u00e9 que le d\u00e9veloppement du langage de l\u2019enfant bilingue est influenc\u00e9 par le lien \u00e9motionnel qui l\u2019unit \u00e0 chacun de ses parents. En d\u2019autres termes, l\u2019enfant d\u00e9veloppera plus rapidement et plus facilement la langue parl\u00e9e par le parent avec lequel le lien \u00e9motionnel est le plus fort ou de meilleure qualit\u00e9.\r\n\r\nDans la m\u00eame optique, D\u00f6pke (1992) a observ\u00e9 le d\u00e9veloppement linguistique de six enfants \u00e9lev\u00e9s dans un milieu bilingue \u2018anglais-allemand\u2019 en fonction de la qualit\u00e9 des interactions entretenues avec chacun des parents (toute autre variable comme l\u2019\u00e2ge et milieu socio-\u00e9conomique \u00e9tant \u00e9gale). Au terme de six mois d\u2019observations, D\u00f6pke rel\u00e8ve des progr\u00e8s in\u00e9gaux chez les enfants dans l\u2019acquisition de l\u2019allemand. Deux d\u2019entre eux ont progress\u00e9 de mani\u00e8re significative en compr\u00e9hension et production, trois n\u2019ont effectu\u00e9 aucun progr\u00e8s et m\u00eame manifest\u00e9 leur d\u00e9sir de ne plus parler cette langue et le dernier bien qu\u2019ayant progress\u00e9 en langue allemande souhaitait \u00e9galement ne plus la parler. S\u2019interrogeant sur les raisons qui ont pouss\u00e9 ces enfants \u00e0 r\u00e9agir de fa\u00e7on si diff\u00e9rente face \u00e0 l\u2019allemand, D\u00f6pke analyse les styles interactionnels des parents, la r\u00e9partition des langues et des r\u00f4les dans la dynamique familiale. Il note ainsi que dans les six cas, la m\u00e8re parle l\u2019anglais \u00e0 la maison (langue dominante de la communaut\u00e9) et le p\u00e8re l\u2019allemand\u00a0; la diff\u00e9rence entre ces familles r\u00e9sidant seulement dans le style interactionnel du p\u00e8re\u00a0: dans le cas des enfants ayant progress\u00e9 ce dernier parlait plus aux enfants que la m\u00e8re en se centrant davantage sur ces derniers lors des interactions\u00a0; dans les autres cas, les interactions avec le p\u00e8re \u00e9taient moins nombreuses et\/ou beaucoup plus formelles. Ces r\u00e9sultats mettent en \u00e9vidence l\u2019impact non n\u00e9gligeable que peuvent avoir les parents et la qualit\u00e9 relationnelle sur le degr\u00e9 de bilinguisme de l\u2019enfant et notamment sur l\u2019apprentissage de la langue minoritaire. Ils nous montrent \u00e9galement que la pr\u00e9sence de plusieurs langues dans l\u2019environnement de l\u2019enfant ne suffit pas au bilinguisme (on verra la notion de paradoxe bilingue abord\u00e9e dans le Chapitre 1). La ma\u00eetrise de plusieurs langues d\u00e9pend d\u2019un investissement consid\u00e9rable en temps et en \u00e9nergie afin de fournir \u00e0 l\u2019enfant des conditions d\u2019apprentissage id\u00e9ales et optimales (Comblain &amp; Rondal, 2001).","rendered":"<p>S\u2019interroger sur l\u2019importance de la quantit\u00e9 et de la qualit\u00e9 de l\u2019exposition et des stimulations langagi\u00e8res dans le cadre du bilinguisme pr\u00e9coce, c\u2019est se poser la question de savoir ou plut\u00f4t de comprendre pourquoi des diff\u00e9rences dans le niveau de ma\u00eetrise de certains aspects de la langue sont observ\u00e9es entre enfants bilingues et monolingues sans que cela ne rel\u00e8ve d\u2019un retard de d\u00e9veloppement ou d\u2019une surcharge cognitive induite par le bilinguisme.<\/p>\n<h1>La notion de quantit\u00e9<\/h1>\n<p>\u00ab\u00a0Combien de temps dois-je parler quotidiennement \u00e0 mon enfant en L<sub>A<\/sub> et L<sub>B<\/sub> pour qu\u2019il les ma\u00eetrise\u00a0?\u00a0\u00bb est une question qui revient de mani\u00e8re r\u00e9currente lorsque des parents interpellent les professionnels du langage au sujet de l\u2019\u00e9ducation bilingue de leur enfant. Si la question est simple, la r\u00e9ponse ne l\u2019est pas n\u00e9cessairement tant la notion de quantit\u00e9 est complexe et influenc\u00e9e par diff\u00e9rentes variables.<\/p>\n<p>La quantit\u00e9 globale d\u2019exposition \u00e0 la langue semble jouer un r\u00f4le bien plus important dans le d\u00e9veloppement bilingue de l\u2019enfant qu\u2019elle n\u2019en joue dans le d\u00e9veloppement monolingue (Montrul, 2008). Elle est cependant difficile \u00e0 estimer avec pr\u00e9cision. Dans les \u00e9tudes scientifiques, on rel\u00e8ve principalement deux types de mesures de la quantit\u00e9\u00a0: (1) les mesures directes r\u00e9sultant d\u2019analyses d\u2019enregistrements ou d\u2019observations men\u00e9es par les chercheurs et (2) les mesures indirectes issues de comptes rendus ou de questionnaires parentaux (portant notamment sur les pratiques \u00e0 la maison). Chacun de ces deux types de mesure est insatisfaisant et ne donne qu\u2019une vue partielle de la r\u00e9alit\u00e9\u00a0: les mesures directes sont souvent faites dans un contexte particulier (jeux, interactions pendant le repas, etc.) et sur une courte p\u00e9riode\u00a0; quant aux mesures indirectes, elles peuvent \u00eatre empreintes d\u2019une certaine subjectivit\u00e9. Les deux sont donc n\u00e9cessaires pour approcher au plus pr\u00e8s la r\u00e9alit\u00e9 des interactions langagi\u00e8res quotidiennes dans une famille. Comme le mentionnaient d\u00e9j\u00e0 Comblain et Rondal dans leur ouvrage \u00ab Apprendre les langues, o\u00f9, quand, comment ? \u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0<em>la r\u00e9flexion sur l\u2019importance de la quantit\u00e9 d\u2019input langagier dans la ma\u00eetrise de la langue vient de l\u2019observation des diff\u00e9rences de ma\u00eetrise de certains aspects d\u2019une langue ou d\u2019aspects communs \u00e0 plusieurs langues d\u2019un groupe d\u2019individus \u00e0 un autre sans que cela ne puisse \u00eatre expliqu\u00e9 par des variables cognitives ou linguistiques<\/em>\u00a0\u00bb (Comblain &amp; Rondal, 2001, p. 74). En d\u2019autres termes, \u00e0 \u00e2ge \u00e9gal, un jeune enfant \u00e9lev\u00e9 de mani\u00e8re bilingue a des comp\u00e9tences lexicales et grammaticales diff\u00e9rentes en L<sub>A<\/sub> et en L<sub>B<\/sub> d\u2019un enfant monolingue natif de ces langues sans que cela ne rel\u00e8ve de la pathologie, mais plut\u00f4t de la quantit\u00e9 d\u2019exposition qu\u2019il re\u00e7oit dans chacune de ces langues.<\/p>\n<p>Dans les situations de bilinguisme simultan\u00e9, la quantit\u00e9 relative d\u2019exposition dans chacune des langues peut permettre de comprendre pourquoi l\u2019enfant a une ma\u00eetrise in\u00e9gale des deux langues auxquelles il est expos\u00e9 (De Houwer, 2021). Ces diff\u00e9rences se marquent de mani\u00e8re assez claire au niveau de la taille du vocabulaire tant r\u00e9ceptif que productif (Unsworth, 2016).<\/p>\n<p>Dans une \u00e9tude de 2013, Unsworth analyse le d\u00e9veloppement langagier de 136 enfants et adolescents \u00e9voluant dans des milieux sociolinguistiques comparables aux Pays-Bas. Ils \u00e9taient expos\u00e9s depuis la naissance \u00e0 l\u2019anglais \u00e0 la maison et au n\u00e9erlandais (langue dominante de la communaut\u00e9) en dehors du domicile et \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Unsworth rel\u00e8ve une grande variabilit\u00e9 dans le pourcentage d\u2019heures hebdomadaires consacr\u00e9es au n\u00e9erlandais (entre 8\u00a0% et 93\u00a0%). On s\u2019en doutera, ce pourcentage est notamment influenc\u00e9 par l\u2019\u00e2ge de l\u2019enfant et son niveau de scolarit\u00e9\u00a0; les jeunes enfants gard\u00e9s \u00e0 la maison \u00e9tant davantage expos\u00e9s \u00e0 l\u2019anglais que les adolescents scolaris\u00e9s dans une \u00e9cole n\u00e9erlandophone et pratiquant des activit\u00e9s extra-scolaires dans cette langue. Pour Unsworth, une telle variation dans le pourcentage d\u2019exposition \u00e0 chacune des langues, en plus d\u2019expliquer les diff\u00e9rences entre enfants bilingues et monolingues dans la vitesse d\u2019acquisition du langage, serait \u00e9galement un facteur explicatif des diff\u00e9rences observ\u00e9es entre enfants bilingues. De Houwer (2007, 2009), analysant les interactions langagi\u00e8res dans des 1.899 familles belges (enfants \u00e2g\u00e9s de six \u00e0 dix ans) vivant dans la r\u00e9gion n\u00e9erlandophone du pays, avait d\u00e9j\u00e0 soulign\u00e9 l\u2019importance des pratiques langagi\u00e8res des parents et de la quantit\u00e9 d\u2019exposition \u00e0 chacune des langues. Dans les familles dont les parents sont tous deux locuteurs d\u2019une langue minoritaire (autre que le n\u00e9erlandais, langue dominante), elle constate que lorsque les deux parents parlent cette langue \u00e0 la maison, 97\u00a0% des enfants de l\u2019\u00e9chantillon parlent les deux langues (la langue familiale et la langue dominante de la communaut\u00e9). Lorsque l\u2019un des parents parle les deux langues \u00e0 la maison et l\u2019autre uniquement la langue minoritaire, le pourcentage d\u2019enfants parlant les deux langues diminue l\u00e9g\u00e8rement \u00e0 93\u00a0%. Ce pourcentage chute \u00e0 73\u00a0% lorsqu\u2019un des parents utilise uniquement la langue majoritaire \u00e0 la maison et l\u2019autre la langue minoritaire. Enfin, lorsqu\u2019un des parents opte pour l\u2019utilisation des deux langues \u00e0 la maison et le second pour la langue majoritaire, seuls 34\u00a0% des enfants choisissent d\u2019utiliser eux-m\u00eames les deux langues. Le Tableau 2 r\u00e9sume les r\u00e9sultats de De Houwer (2007, 2009).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<figure id=\"attachment_356\" aria-describedby=\"caption-attachment-356\" style=\"width: 1314px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-356 size-full\" src=\"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/06\/tab2.png\" alt=\"\" width=\"1314\" height=\"642\" srcset=\"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/06\/tab2.png 1314w, https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/06\/tab2-300x147.png 300w, https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/06\/tab2-1024x500.png 1024w, https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/06\/tab2-768x375.png 768w, https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/06\/tab2-65x32.png 65w, https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/06\/tab2-225x110.png 225w, https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/06\/tab2-350x171.png 350w\" sizes=\"(max-width: 1314px) 100vw, 1314px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-356\" class=\"wp-caption-text\"><em>Tableau 2\u00a0: Efficacit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9ducation bilingue en fonction de la quantit\u00e9 d&rsquo;exposition \u00e0 la langue dominante et \u00e0 la langue minoritaire au travers des interactions parents-enfants d&rsquo;apr\u00e8s De Houwer (2007, 2009).\u200b<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<p>Comme le souligne Carroll (2017), il est logique de penser que le pourcentage d\u2019exposition \u00e0 chacune des langues et, principalement, \u00e0 la langue minoritaire va jouer sur le devenir bilingue de l\u2019enfant, mais comme elle le sugg\u00e8re \u00e9galement, nous ne pouvons pas exclure que le choix de l\u2019enfant de s\u2019exprimer dans une ou deux langues r\u00e9sulte \u00e9galement de sa perception de l\u2019importance relative que les parents accordent \u00e0 chacune de ces langues\u00a0; importance se refl\u00e9tant dans leurs pratiques langagi\u00e8res.<\/p>\n<p>Les \u00e9tudes les plus r\u00e9centes sur la question de la quantit\u00e9 vont plus loin que la seule consid\u00e9ration de l\u2019exposition en liant cette derni\u00e8re \u00e0 la quantit\u00e9 de productions (<em>output<\/em>) de l\u2019enfant. Selon Bohman et collaborateurs (2010), quantit\u00e9s d\u2019expositions et de productions sont de puissants pr\u00e9dicteurs des capacit\u00e9s langagi\u00e8res ult\u00e9rieures du jeune enfant et influencent diff\u00e9remment les domaines langagiers. La quantit\u00e9 d\u2019exposition est importante pour \u00e9tablir les connaissances langagi\u00e8res initiales et semble \u00eatre un bon pr\u00e9dicteur au d\u00e9but de l\u2019apprentissage du langage. Elle permet \u00e0 l\u2019enfant de d\u00e9velopper les connaissances lexicales et s\u00e9mantiques de base. Quant \u00e0 la quantit\u00e9 de productions de l\u2019enfant, elle est importante pour d\u00e9velopper et augmenter ces connaissances initiales. Concr\u00e8tement, l\u2019enfant entend et emmagasine des mots de vocabulaire et des connaissances sur leur signification (par exemple\u00a0: ce qui fait qu\u2019une pomme est une pomme et qu\u2019il peut g\u00e9n\u00e9raliser le mot \u2018pomme\u2019 \u00e0 d\u2019autres exemplaires). Il va ensuite produire ces mots en pr\u00e9sence d\u2019un adulte afin de demander quelque chose, d\u2019attirer l\u2019attention, etc. L\u2019adulte va r\u00e9agir aux productions de l\u2019enfant en les compl\u00e9tant, les modulant et les pr\u00e9cisant augmentant ainsi les connaissances initiales de l\u2019enfant et son lexique de base. L\u2019influence de la quantit\u00e9 d\u2019expositions et de productions ne se limite cependant pas aux aspects lexicaux et s\u00e9mantiques du langage. Leur action combin\u00e9e va \u00e9galement influencer le d\u00e9veloppement de la morphosyntaxe, c\u2019est-\u00e0-dire de la capacit\u00e9 \u00e0 combiner les mots en phrases afin d\u2019exprimer des significations complexes, qui \u00e9merge vers 18-24 mois (voir Chapitre 3). En effet, pour d\u00e9velopper une syntaxe de plus en plus \u00e9labor\u00e9e, il ne suffit pas d\u2019y \u00eatre simplement expos\u00e9, m\u00eame intens\u00e9ment, mais il faut \u00e9galement la pratiquer de mani\u00e8re r\u00e9guli\u00e8re et fr\u00e9quente afin d\u2019obtenir des retours (directs ou indirects) sur sa justesse.<\/p>\n<p><strong>Exemple<\/strong>\u00a0: lors d&rsquo;une promenade, un enfant d\u00e9signant des chevaux dans une prairie dit \u00ab\u00a0Ils sont beaux les chevals\u00a0\u00bb. Le parent, plut\u00f4t que de faire une correction directe, reformulera \u00ab\u00a0oui, ils sont tr\u00e8s beaux les chevaux\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>La plupart des \u00e9tudes portant sur le r\u00f4le de l\u2019<em>input<\/em> parental dans le d\u00e9veloppement langagier bilingue de l\u2019enfant indiquent donc qu\u2019une exposition importante favorise une acquisition rapide du langage. Comme nous le verrons dans la section suivante lorsque nous aborderons la notion de qualit\u00e9, l\u2019impact de la quantit\u00e9 d\u2019exposition est modul\u00e9 par la qualit\u00e9 m\u00eame des interlocuteurs de l\u2019enfant ainsi que par leur comp\u00e9tence dans les langues-cibles (Unsworth, 2016).<\/p>\n<h1>La notion de qualit\u00e9<\/h1>\n<p>Si la quantit\u00e9 globale d\u2019exposition langagi\u00e8re dans chacune des langues est variable d\u2019un enfant bilingue \u00e0 l\u2019autre, la qualit\u00e9 l\u2019est tout autant (Paradis, 2011). Plusieurs facteurs peuvent contribuer \u00e0 cette variabilit\u00e9. On rel\u00e8vera notamment\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>\u00a0la richesse de l\u2019<em>input<\/em> langagier lui-m\u00eame, d\u00e9finie notamment par le nombre de sources (Jia &amp; Fuse, 2007)\u00a0;<\/li>\n<li>\u00a0la vari\u00e9t\u00e9 des interlocuteurs (Place &amp; Hoff, 2011)\u00a0;<\/li>\n<li>\u00a0le type d\u2019activit\u00e9s dans lesquelles la langue est utilis\u00e9e (Scheele <em>et al.<\/em>, 2010)\u00a0;<\/li>\n<li>\u00a0la vari\u00e9t\u00e9 de langue parl\u00e9e (Larra\u00f1aga &amp; Guijarro-Fuentes, 2012)\u00a0;<\/li>\n<li>\u00a0le fait que les interlocuteurs soient natifs ou non de la langue (Place &amp; Hoff, 2011).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Outre le contenu et la richesse des interactions que nous aborderons plus loin dans ce chapitre, la qualit\u00e9 m\u00eame des interactions (entendons des rapports interpersonnels) entre les parents et l\u2019enfant joue \u00e9galement un r\u00f4le essentiel dans le d\u00e9veloppement langagier de l\u2019enfant bilingue. La fluctuation d\u2019une famille \u00e0 l\u2019autre dans la qualit\u00e9 de l\u2019interaction peut en partie expliquer comment dans une configuration bilingue identique, un enfant deviendra un bilingue comp\u00e9tent et l\u2019autre pas. Kielh\u00f6fer et Jonkeit (1983) ont \u00e9tudi\u00e9 ce ph\u00e9nom\u00e8ne dans des configurations \u00ab\u00a0un parent \u2013 une langue\u00a0\u00bb (voir plus loin dans ce chapitre) et constat\u00e9 que le d\u00e9veloppement du langage de l\u2019enfant bilingue est influenc\u00e9 par le lien \u00e9motionnel qui l\u2019unit \u00e0 chacun de ses parents. En d\u2019autres termes, l\u2019enfant d\u00e9veloppera plus rapidement et plus facilement la langue parl\u00e9e par le parent avec lequel le lien \u00e9motionnel est le plus fort ou de meilleure qualit\u00e9.<\/p>\n<p>Dans la m\u00eame optique, D\u00f6pke (1992) a observ\u00e9 le d\u00e9veloppement linguistique de six enfants \u00e9lev\u00e9s dans un milieu bilingue \u2018anglais-allemand\u2019 en fonction de la qualit\u00e9 des interactions entretenues avec chacun des parents (toute autre variable comme l\u2019\u00e2ge et milieu socio-\u00e9conomique \u00e9tant \u00e9gale). Au terme de six mois d\u2019observations, D\u00f6pke rel\u00e8ve des progr\u00e8s in\u00e9gaux chez les enfants dans l\u2019acquisition de l\u2019allemand. Deux d\u2019entre eux ont progress\u00e9 de mani\u00e8re significative en compr\u00e9hension et production, trois n\u2019ont effectu\u00e9 aucun progr\u00e8s et m\u00eame manifest\u00e9 leur d\u00e9sir de ne plus parler cette langue et le dernier bien qu\u2019ayant progress\u00e9 en langue allemande souhaitait \u00e9galement ne plus la parler. S\u2019interrogeant sur les raisons qui ont pouss\u00e9 ces enfants \u00e0 r\u00e9agir de fa\u00e7on si diff\u00e9rente face \u00e0 l\u2019allemand, D\u00f6pke analyse les styles interactionnels des parents, la r\u00e9partition des langues et des r\u00f4les dans la dynamique familiale. Il note ainsi que dans les six cas, la m\u00e8re parle l\u2019anglais \u00e0 la maison (langue dominante de la communaut\u00e9) et le p\u00e8re l\u2019allemand\u00a0; la diff\u00e9rence entre ces familles r\u00e9sidant seulement dans le style interactionnel du p\u00e8re\u00a0: dans le cas des enfants ayant progress\u00e9 ce dernier parlait plus aux enfants que la m\u00e8re en se centrant davantage sur ces derniers lors des interactions\u00a0; dans les autres cas, les interactions avec le p\u00e8re \u00e9taient moins nombreuses et\/ou beaucoup plus formelles. Ces r\u00e9sultats mettent en \u00e9vidence l\u2019impact non n\u00e9gligeable que peuvent avoir les parents et la qualit\u00e9 relationnelle sur le degr\u00e9 de bilinguisme de l\u2019enfant et notamment sur l\u2019apprentissage de la langue minoritaire. Ils nous montrent \u00e9galement que la pr\u00e9sence de plusieurs langues dans l\u2019environnement de l\u2019enfant ne suffit pas au bilinguisme (on verra la notion de paradoxe bilingue abord\u00e9e dans le Chapitre 1). La ma\u00eetrise de plusieurs langues d\u00e9pend d\u2019un investissement consid\u00e9rable en temps et en \u00e9nergie afin de fournir \u00e0 l\u2019enfant des conditions d\u2019apprentissage id\u00e9ales et optimales (Comblain &amp; Rondal, 2001).<\/p>\n","protected":false},"author":12,"menu_order":1,"template":"","meta":{"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":[],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[],"license":[],"class_list":["post-147","chapter","type-chapter","status-publish","hentry"],"part":145,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/147"}],"collection":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-json\/wp\/v2\/users\/12"}],"version-history":[{"count":30,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/147\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":880,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/147\/revisions\/880"}],"part":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/145"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/147\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=147"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=147"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=147"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=147"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}