{"id":205,"date":"2022-06-16T10:36:10","date_gmt":"2022-06-16T08:36:10","guid":{"rendered":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/?post_type=chapter&#038;p=205"},"modified":"2023-01-25T11:19:45","modified_gmt":"2023-01-25T10:19:45","slug":"bilinguisme-precoce-et-troubles-du-langage-oral-un-lien-de-cause-a-effet","status":"publish","type":"chapter","link":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/chapter\/bilinguisme-precoce-et-troubles-du-langage-oral-un-lien-de-cause-a-effet\/","title":{"raw":"3.6. Bilinguisme pr\u00e9coce et troubles du langage oral : un lien de cause&nbsp;\u00e0&nbsp;effet ?","rendered":"3.6. Bilinguisme pr\u00e9coce et troubles du langage oral : un lien de cause&nbsp;\u00e0&nbsp;effet ?"},"content":{"raw":"Comme nous venons de l'aborder, il n\u2019est pas rare que l\u2019enfant passe d\u2019une langue \u00e0 l\u2019autre au sein d\u2019une m\u00eame interaction. Ces comportements de m\u00e9lange et d\u2019alternance des langues, bien que la plupart du temps tout \u00e0 fait normaux, inqui\u00e8tent certains parents qui y voient le signe d\u2019un trouble dans l\u2019acquisition du langage.\r\n\r\nCette pr\u00e9occupation renvoie \u00e0 une probl\u00e9matique encore (trop) peu trait\u00e9e dans la litt\u00e9rature scientifique\u00a0: celle de la diff\u00e9renciation entre ce qui rel\u00e8ve du \u00ab\u00a0pathologique\u00a0\u00bb et du \u00ab\u00a0normal\u00a0\u00bb dans le d\u00e9veloppement bilingue.\r\n\r\nIl est vrai que si l\u2019alternance des langues est bien souvent une strat\u00e9gie utilis\u00e9e par les bilingues dans des situations sp\u00e9cifiques et avec un objectif particulier, elle pourrait, dans d\u2019autres cas, r\u00e9v\u00e9ler la pr\u00e9sence d\u2019une difficult\u00e9 langagi\u00e8re chez l\u2019enfant.\r\n\r\nDe la m\u00eame fa\u00e7on, si le m\u00e9lange des langues n\u2019est pas rare dans le d\u00e9veloppement langagier de l\u2019enfant bilingue et peut \u00eatre attribu\u00e9 \u00e0 plusieurs facteurs (par exemple\u00a0: les pratiques familiales en mati\u00e8re d\u2019\u00e9ducation bilingue, l\u2019\u00e9quilibre entre les langues dans et en dehors de la maison, la qualit\u00e9 et\u00a0 la quantit\u00e9 d\u2019exposition dans chacune des langues ou encore le fait que les parents acceptent ou non l\u2019alternance et le m\u00e9lange des langues dans les interactions quotidiennes), il peut aussi alerter sur un potentiel trouble de l\u2019acquisition du langage oral.\r\n\r\nM\u00eame s\u2019il ne faut pas \u00eatre alarmiste, mais plut\u00f4t consid\u00e9rer les particularit\u00e9s du d\u00e9veloppement langagier bilingue par rapport au d\u00e9veloppement monolingue, un optimisme b\u00e9at n\u2019est toutefois pas de mise. S\u2019il est\u00a0 maintenant acquis qu\u2019une \u00e9ducation bilingue <span style=\"text-decoration: underline;\">n\u2019est pas la cause<\/span> d\u2019un trouble du d\u00e9veloppement de la parole, du langage, ou des apprentissages (Wei <em>et al.<\/em>, 1997) il n\u2019en immunise pas pour autant. Tout comme un enfant monolingue, un enfant bilingue peut pr\u00e9senter un trouble d\u00e9veloppemental du langage oral, peut b\u00e9gayer, peut \u00eatre dyslexique ou encore dysorthographique. Distinguer ce qui rel\u00e8ve du d\u00e9veloppement normal et de la pathologie est d\u2019autant plus important que les troubles du langage oral et du langage \u00e9crit sont deux des causes majeures menant \u00e0 l\u2019\u00e9chec scolaire (Dockrell <em>et al.<\/em>, 2011). Mais pourquoi cette distinction est-elle si difficile \u00e0 \u00e9tablir dans le cadre d\u2019une \u00e9ducation bilingue\u00a0? Outre le fait que peu de personnes (m\u00eame parmi les professionnels du langage et de l\u2019\u00e9ducation) sont vraiment au fait des caract\u00e9ristiques d\u00e9veloppementales des enfants bilingues pr\u00e9coces, on constate un biais important dans l\u2019\u00e9valuation de leurs comp\u00e9tences langagi\u00e8res qui ne porte souvent que sur une seule langue et dans bien des cas, la langue non dominante.\r\n\r\nD\u00e8s lors, en mati\u00e8re de bilinguisme pr\u00e9coce, on ne doit pas se poser la question de savoir si ce dernier est la cause d\u2019un trouble de la parole, du langage oral ou des apprentissages, mais plut\u00f4t celle de comment \u00e9valuer l\u2019enfant dans sa sp\u00e9cificit\u00e9 bilingue, comment le prendre en charge et, le cas \u00e9ch\u00e9ant, quelles strat\u00e9gies compensatoires mettre en place.\r\n<h1>Bilinguisme pr\u00e9coce, difficult\u00e9s de langage et trouble d\u00e9veloppemental du langage<\/h1>\r\nParmi les maux attribu\u00e9s au bilinguisme, on retrouve donc de mani\u00e8re persistante les difficult\u00e9s de langage et le trouble d\u00e9veloppemental du langage. Avant d\u2019aller plus loin dans cette section et d\u2019envisager le rapport potentiel avec le bilinguisme, il est int\u00e9ressant de rappeler ce que recouvrent ces concepts.\r\n<h2>D\u00e9finir les concepts<\/h2>\r\n<strong>Les difficult\u00e9s de langage<\/strong> (anciennement appel\u00e9es \u00ab retard simple de langage \u00bb) sont caract\u00e9ristiques d\u2019une situation dans laquelle l\u2019enfant se d\u00e9veloppe linguistiquement avec un certain d\u00e9calage par rapport \u00e0 la norme tout en suivant le profil d\u00e9veloppemental g\u00e9n\u00e9ral. Cette terminologie est souvent utilis\u00e9e lorsque les capacit\u00e9s langagi\u00e8res d\u2019un enfant sont faibles, mais que les caract\u00e9ristiques propres \u00e0 l\u2019enfant (par exemple\u00a0: le contexte environnemental) ne permettent pas de penser que les probl\u00e8mes vont persister dans le temps (Breault <em>et al.<\/em>, 2019). Les difficult\u00e9s de langage sont tr\u00e8s fr\u00e9quentes chez le jeune enfant avec une pr\u00e9valence estim\u00e9e entre 3\u00a0% et 7\u00a0% selon l\u2019\u00e2ge de r\u00e9f\u00e9rence et la d\u00e9finition qui en est donn\u00e9e (Bishop <em>et al.<\/em>, 2017).\r\n\r\nDans le projet international CATALISE[footnote]Le projet CATALISE (Bishop <em>et al.<\/em>, 2016, 2017) a pour objectif de faire \u00e9merger un consensus dans la terminologie r\u00e9f\u00e9rant aux troubles du langage oral. Il est multidisciplinaire et international. Il se base sur les r\u00e9ponses de 59 professionnels anglophones de l\u2019enfance et de la petite enfance \u00e0 un\u00a0 questionnaire relatif \u00e0 la terminologie, aux facteurs de risques, aux causes et aux cons\u00e9quences des troubles du langage. Pour plus de d\u00e9tails sur le projet, on se r\u00e9f\u00e8rera notamment \u00e0 la synth\u00e8se faite par (Maillart, 2018).[\/footnote](Bishop <em>et al.<\/em>, 2016, 2017) visant \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer un arbre d\u00e9cisionnel qui permettrait aux professionnels du langage d\u2019identifier et de diff\u00e9rencier les troubles du langage en utilisant une terminologie unifi\u00e9e, Bishop et collaborateurs reprennent, \u00e2ge par \u00e2ge \u00e0 partir de 2-3 ans, la liste des indicateurs de risques de trouble ou de difficult\u00e9s de d\u00e9veloppement du langage oral. Nous allons bri\u00e8vement les r\u00e9sumer dans le Tableau 9.\r\n\r\n<strong>Le trouble du langage li\u00e9 \u00e0 une condition biom\u00e9dicale <\/strong>fait plus particuli\u00e8rement r\u00e9f\u00e9rence aux difficult\u00e9s langagi\u00e8res observ\u00e9es dans le cadre des d\u00e9ficiences intellectuelles (qu\u2019elles soient d\u2019origine g\u00e9n\u00e9tique ou non), des troubles neurod\u00e9veloppementaux tels que les troubles du spectre de l\u2019autisme ou encore chez les enfants pr\u00e9sentant des troubles neurosensoriels (notamment dans le cadre de d\u00e9ficiences auditives et\/ou visuelles). Nous n\u2019entrerons pas dans le d\u00e9tail des profils langagiers observ\u00e9s dans ces diff\u00e9rentes pathologies. Le lecteur int\u00e9ress\u00e9 peut cependant se r\u00e9f\u00e9rer au manuel \u00ab\u00a0Troubles du langage. Bases th\u00e9oriques, diagnostic et r\u00e9\u00e9ducation\u00a0\u00bb (Rondal &amp; Seron, 2000) ou au tout r\u00e9cent \u00ab\u00a0Trait\u00e9 de neuropsychologie de l\u2019enfant\u00a0\u00bb (Majerus <em>et al.<\/em>, 2020), tous deux d\u00e9crivant en d\u00e9tail ces pathologies et les troubles langagiers qui y sont associ\u00e9s.\r\n\r\n&nbsp;\r\n\r\n[caption id=\"attachment_383\" align=\"aligncenter\" width=\"2730\"]<a href=\"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/06\/tab9.png\"><img class=\"wp-image-383 size-full\" src=\"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/06\/tab9.png\" alt=\"\" width=\"2730\" height=\"1946\" \/><\/a> <em>Tableau 9\u00a0: Indicateurs de persistance des difficult\u00e9s de langage oral selon l'\u00e2ge de l'enfant, d\u2019apr\u00e8s Bishop et al. (2017).<\/em>[\/caption]\r\n\r\n<strong>Le trouble d\u00e9veloppemental du langage<\/strong> (TDL, anciennement appel\u00e9 \u00ab\u00a0dysphasie\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0retard primaire de langage\u00a0\u00bb) est caract\u00e9ris\u00e9 par un d\u00e9ficit important et persistant impactant le fonctionnement langagier et social quotidien de l\u2019enfant. Il peut toucher les diff\u00e9rentes composantes langagi\u00e8res avec des degr\u00e9s d\u2019atteintes diff\u00e9rents selon les composantes (Leonard, 1998). On rel\u00e8ve une grande h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 de profils parmi les enfants pr\u00e9sentant un TDL, cependant un d\u00e9ficit marqu\u00e9 dans la composante morphosyntaxique du langage est g\u00e9n\u00e9ralement consid\u00e9r\u00e9 comme symptomatique du trouble (Rice &amp; Wexler, 1996). En plus des d\u00e9ficits langagiers, le TDL est marqu\u00e9 par des alt\u00e9rations de la m\u00e9moire auditive, de la m\u00e9moire de travail et des fonctions ex\u00e9cutives[footnote]Les fonctions ex\u00e9cutives correspondent aux capacit\u00e9s n\u00e9cessaires \u00e0 une personne pour s\u2019adapter \u00e0 une situation nouvelle pour laquelle aucune solution toute faite n\u2019existe dans son r\u00e9pertoire d\u2019actions. L\u2019adaptation \u00e0 une nouvelle situation implique la mobilisation des capacit\u00e9s attentionnelle, d\u2019inhibition des stimulations non pertinentes dans la t\u00e2che en cours (les distracteurs) ou encore la m\u00e9moire.[\/footnote] (Bishop &amp; Norbury, 2005).\r\n\r\nLe TDL n\u2019est pas li\u00e9 \u00e0 une cause unique connue. Comme nous le rappelle d\u2019ailleurs Breault et collaborateurs (2019), ses causes\u00a0 ne sont pas claires. Une h\u00e9ritabilit\u00e9 familiale est avanc\u00e9e notamment gr\u00e2ce \u00e0 des \u00e9tudes men\u00e9es sur des jumeaux (Bishop, 2006) ou dans des familles comportant une histoire de troubles du langage (Snowling &amp; Melby-Lerv\u00e5g, 2016). Certains auteurs avancent \u00e9galement une composante neurologique au TDL notamment une modification de taille de certaines r\u00e9gions du cerveau ou encore des variations subtiles dans la quantit\u00e9 de mati\u00e8re grise[footnote]Le terme \u00ab\u00a0mati\u00e8re grise\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0substance grise\u00a0\u00bb est utilis\u00e9 pour faire r\u00e9f\u00e9rence aux r\u00e9gions du cerveau contenant les corps cellulaires des neurones. Le terme \u00ab\u00a0mati\u00e8re blanche\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0substance blanche\u00a0\u00bb fait lui r\u00e9f\u00e9rence aux r\u00e9gions c\u00e9r\u00e9brales contenant les axones (prolongement des corps cellulaires) en raison de l\u2019allure blanche de la gaine de protection qui les entoure.[\/footnote]par rapport \u00e0 des enfants non atteints (Regroupement Langage Qu\u00e9bec, 2020). Le diagnostic du TDL se fait d\u00e8s lors par exclusion\u00a0; les enfants suspects de TDL ne devant pas pr\u00e9senter de d\u00e9ficience intellectuelle, de d\u00e9ficience sensorielle (telles une surdit\u00e9 et\/ou une c\u00e9cit\u00e9), de l\u00e9sion c\u00e9r\u00e9brale acquise ou encore un trouble neurod\u00e9veloppemental du type trouble du spectre de l\u2019autisme.\r\n<h2>D\u00e9gager le vrai du faux<\/h2>\r\n<div>\r\n<h5>Question 18\u00a0: le bilinguisme peut-il \u00eatre la cause de troubles du langage et de la communication ?<\/h5>\r\n<\/div>\r\nSur la base d'un arbre d\u00e9cisionnel reprenant diff\u00e9rentes conditions biologiques ou environnementales auxquelles l'enfant peut \u00eatre soumis, Bishop et collaborateurs proposent de d\u00e9terminer ce qui est susceptible de conduire \u00e0 un trouble du langage.\r\n\r\nComme on peut le constater, \u00e0 aucun moment le fait d\u2019acqu\u00e9rir pr\u00e9cocement une seconde langue n\u2019est consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00e9l\u00e9ment pouvant mener \u00e0 un diagnostic de trouble du langage oral en g\u00e9n\u00e9ral ou de TDL en particulier. D'ailleurs, dans le document d\u2019accompagnement du projet CATALISE \u00e9tablissant les bases de la r\u00e9flexion terminologique, Bishop et collaborateurs (2017) \u00e9crivent\u00a0 que\u00a0: \u00ab\u00a0<em>certains enfants peuvent avoir des besoins linguistiques en classe parce que leur langue maternelle n'est pas la langue utilis\u00e9e en classe et qu'ils ont \u00e9t\u00e9 insuffisamment expos\u00e9s \u00e0 la langue d'enseignement pour la ma\u00eetriser parfaitement.<\/em> <em>Cela ne doit cependant pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un trouble du langage, sauf s'il est prouv\u00e9 que l'enfant a \u00e9galement des difficult\u00e9s dans la langue parl\u00e9e \u00e0 la maison<\/em> \u00bb[footnote]\u201c<em>Some children may have language needs in the classroom because their first or home language is not the language used in the classroom, and they have had insufficient exposure to the language of instruction to be fully fluent in English. This should not be regarded as language disorder, unless there is evidence that the child also has difficulties in the home language<\/em>.\u201d[\/footnote](annexe 2, page 4). Ils ajoutent que de nombreux membres du panel d\u2019experts \u00e9taient d\u00e9sorient\u00e9s par cette affirmation distinguant la connaissance de la langue d'autres aspects du langage et visant \u00e0 transmettre l'id\u00e9e qu'un enfant peut obtenir un score faible \u00e0 un test de connaissance de la langue sans que cela n\u2019implique n\u00e9cessairement la pr\u00e9sence d\u2019un trouble du langage.\r\n\r\n&nbsp;\r\n\r\n&nbsp;\r\n\r\n[caption id=\"attachment_117\" align=\"aligncenter\" width=\"1263\"]<a href=\"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/06\/fig16.png\"><img class=\"wp-image-117 size-full\" src=\"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/06\/fig16-e1663575410552.png\" alt=\"\" width=\"1263\" height=\"1004\" \/><\/a> Figure 16\u00a0: Arbre d\u00e9cisionnel illustrant le processus diagnostique d'un trouble du langage oral (d'apr\u00e8s Bishop et al., 2017).[\/caption]\r\n\r\nAujourd\u2019hui, aucun scientifique ne tient plus de discours liant de mani\u00e8re causale bilinguisme et troubles du langage et de la communication. Cette id\u00e9e, en r\u00e9alit\u00e9 assez ancienne, fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 \u00ab l\u2019hypoth\u00e8se de capacit\u00e9 limit\u00e9e \u00bb[footnote]limited capacity hypothesis.[\/footnote] notamment soutenue par Macnamara (1966). Il propose, de mani\u00e8re tr\u00e8s imag\u00e9e, de comparer l\u2019acquisition du langage de l\u2019enfant bilingue \u00e0 une balance <em>vintage<\/em> dont chacun des deux plateaux repr\u00e9senterait une langue. Selon son raisonnement, plus la comp\u00e9tence d\u2019un enfant augmente dans une langue et plus la comp\u00e9tence dans l\u2019autre langue diminue, \u00e0 la mani\u00e8re des vieilles balances sauf que dans l\u2019exemple de Macnamara, aucun point d\u2019\u00e9quilibre n\u2019est envisag\u00e9. Les recherches actuelles mettent plut\u00f4t en \u00e9vidence que l\u2019enfant poss\u00e8de les ressources biologiques et neuronales n\u00e9cessaires pour apprendre deux langues simultan\u00e9ment sans que celles-ci ne soient mises en concurrence. De la m\u00e9taphore de la balance de Macnamara, on passe donc \u00e0 celle de l\u2019ordinateur de Paradis et collaborateurs (2021), ordinateur dont les capacit\u00e9s de traitement sont \u00e0 ce point flexibles et puissantes qu\u2019elles permettent d\u2019effectuer diff\u00e9rentes op\u00e9rations simultan\u00e9ment. Par ailleurs, comme le soulignent Berken et collaborateurs (2017), les tout jeunes enfants (\u00e2g\u00e9s entre z\u00e9ro et cinq ans), non seulement apprennent le langage simplement par l\u2019exposition et l\u2019interaction avec des interlocuteurs linguistiquement plus aguerris, mais la plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale dont ils b\u00e9n\u00e9ficient encore \u00e0 cet \u00e2ge les placent dans des conditions neurocognitives optimales pour l\u2019apprentissage du langage.\r\n\r\nUne question se pose alors\u00a0: pourquoi l\u2019id\u00e9e qu\u2019apprendre deux langues simultan\u00e9ment encombre le cerveau de l\u2019enfant reste-t-elle si r\u00e9pandue dans le grand public\u00a0? Une des r\u00e9ponses les plus probables r\u00e9side sans doute dans le r\u00e9flexe que nous avons (parents, enseignants, professionnels et m\u00eame parfois scientifiques) \u00e0 comparer le d\u00e9veloppement langagier de l\u2019enfant bilingue simultan\u00e9 \u00e0 celui d\u2019un enfant monolingue. Or, comme nous l\u2019avons vu tout au long de ce chapitre, comparaison n\u2019est pas raison. En effet, comparer le d\u00e9veloppement bilingue et le d\u00e9veloppement monolingue conduit in\u00e9vitablement \u00e0 mettre en \u00e9vidence des diff\u00e9rences qui, si on ne les replace pas dans leur contexte, peuvent facilement \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9es comme des d\u00e9ficits. Si les trajectoires et les \u00e9tapes d\u00e9veloppementales sont, comme nous l\u2019avons vu, globalement identiques, des diff\u00e9rences qualitatives ou de calendrier d\u00e9veloppemental ne sont pas rares. Le d\u00e9veloppement langagier des enfants bilingues doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 celui d\u2019autres enfants bilingues confront\u00e9s au m\u00eame type d\u2019\u00e9ducation plut\u00f4t qu\u2019en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 celui d\u2019un enfant monolingue.\r\n<div>\r\n<h5>Question 19\u00a0: un trouble du langage et de la communication est-il une contre-indication \u00e0 une \u00e9ducation bilingue ?<\/h5>\r\n<\/div>\r\nLes \u00e9tudes sur le TDL dans le cadre du bilinguisme, bien que peu nombreuses, indiquent majoritairement une absence de lien entre trouble du langage et bilinguisme. Les \u00e9tudes de \u00a0Paradis et collaborateurs (cf. notamment 2003,\u00a02010,\u00a02013) font r\u00e9f\u00e9rence en la mati\u00e8re. Men\u00e9es dans la r\u00e9gion de Montr\u00e9al, elles portent sur des enfants \u00e9lev\u00e9s dans un contexte bilingue 'fran\u00e7ais-anglais'\u00a0; deux langues largement parl\u00e9es et valoris\u00e9es dans la communaut\u00e9 de vie. On se trouve donc objectivement dans une situation de bilinguisme additif (voir Chapitre 1). Ces \u00e9tudes portent principalement sur la morphosyntaxe et plus particuli\u00e8rement sur les marqueurs cliniques du TDL dans chacune des langues, c\u2019est-\u00e0-dire sur les structures morphosyntaxiques particuli\u00e8rement difficiles \u00e0 acqu\u00e9rir pour les enfants TDL (par exemple\u00a0: les flexions temporelles verbales) et pour lesquelles le retard d\u2019acquisition est plus marqu\u00e9 que pour d\u2019autres structures morphosyntaxiques. Dans un article de revue de la litt\u00e9rature publi\u00e9 sur le sujet, Paradis et collaborateurs (2021) r\u00e9sument les principales observations faites\u00a0:\r\n<ul>\r\n \t<li>les enfants TDL bilingues ont le m\u00eame niveau langagier dans chacune des langues que des enfants TDL monolingues natifs de ces langues\u00a0;<\/li>\r\n \t<li>le profil langagier des enfants TDL bilingues et monolingues est identique\u00a0; leurs performances dans les diff\u00e9rentes langues \u00e9tant largement inf\u00e9rieures pour les marqueurs cliniques du TDL que pour les autres structures morphosyntaxiques\u00a0;<\/li>\r\n \t<li>les difficult\u00e9s rencontr\u00e9es par les enfants TDL bilingues sont sp\u00e9cifiques \u00e0 la langue. En d\u2019autres termes, les marqueurs cliniques du TDL ne se transf\u00e8rent pas d\u2019une langue \u00e0 l\u2019autre.<\/li>\r\n<\/ul>\r\nGuti\u00e9rrez-Clellen et Simon-Cereijido (2007, 2010) font les m\u00eames constats avec des enfants TDL bilingues 'espagnol-anglais'. Ces \u00e9tudes sugg\u00e8rent que les enfants TDL bilingues ne pr\u00e9sentent pas de d\u00e9ficits plus importants que leurs pairs monolingues, mais au contraire qu\u2019ils pr\u00e9sentent le m\u00eame profil et la m\u00eame ampleur de d\u00e9ficit langagier. Paradis et collaborateurs (2003) sugg\u00e8rent m\u00eame que le TDL ne constitue pas un obstacle \u00e0 l\u2019apprentissage de deux langues.\r\n\r\nPlus r\u00e9cemment, Erdos et collaborateurs (2014) partant du principe que le bilinguisme ne constitue pas une cause de TDL se sont interrog\u00e9s sur ce qui constituait un risque de TDL chez les enfants bilingues et sur les facteurs qui permettaient de d\u00e9pister pr\u00e9cocement les enfants \u00e0 risque. Quatre-vingt-six enfants de langue maternelle anglaise de la r\u00e9gion de Montr\u00e9al ont particip\u00e9 \u00e0 cette \u00e9tude. Une partie des enfants \u00e9tait monolingue anglophone, l\u2019autre bilingue 'anglais-fran\u00e7ais' (l\u2019anglais \u00e9tant la langue parl\u00e9e \u00e0 la maison). Entre le d\u00e9but de la derni\u00e8re ann\u00e9e de maternelle et la fin de la premi\u00e8re ann\u00e9e de scolarit\u00e9 primaire, les enfants ont \u00e9t\u00e9 soumis \u00e0 une s\u00e9rie d\u2019\u00e9preuves langagi\u00e8res \u00e9valuant l\u2019\u00e9tendue du vocabulaire r\u00e9ceptif dans les deux langues et les comp\u00e9tences grammaticales en anglais. Sans entrer dans les d\u00e9tails m\u00e9thodologiques de l\u2019\u00e9tude, les r\u00e9sultats montrent clairement que la pr\u00e9sence de difficult\u00e9s langagi\u00e8res persistantes en L<sub>1<\/sub> est un excellent pr\u00e9dicteur de difficult\u00e9s en L<sub>2<\/sub>. En d\u2019autres termes, les enfants diagnostiqu\u00e9s \u00ab\u00a0\u00e0 risque\u00a0\u00bb dans leur langue maternelle le sont \u00e9galement dans leur L<sub>2<\/sub>.\r\n<div>\r\n<h5>Question 20\u00a0: supprimer une langue\u2026 la bonne strat\u00e9gie ?<\/h5>\r\n<\/div>\r\nPour les parents, les th\u00e9rapeutes du langage ou encore les enseignants, une question cruciale se pose lorsque l\u2019enfant bilingue pr\u00e9sente un trouble du langage oral\u00a0: Faut-il sacrifier une langue\u00a0? Et, dans l\u2019affirmative, cette d\u00e9marche aura-t-elle un impact positif sur le d\u00e9veloppement du langage de l\u2019enfant\u00a0? Cette d\u00e9cision est d\u2019autant plus difficile \u00e0 prendre qu\u2019elle aura, selon la langue sacrifi\u00e9e, un impact sur la dynamique et les \u00e9changes familiaux.\r\n\r\nDans beaucoup de cas de bilinguisme familial o\u00f9 la langue parl\u00e9e \u00e0 la maison (minoritaire) n\u2019est pas la langue de la communaut\u00e9 (dominante), les professionnels du langage ou les enseignants, m\u00eame s\u2019ils acceptent et admettent le fait que le bilinguisme n\u2019est pas une cause av\u00e9r\u00e9e de trouble du langage oral, conseillent aux parents d\u2019abandonner la langue familiale \u00e0 la maison au profit de la langue dominante. Ce conseil qui se veut pragmatique (\u00ab on va tout miser sur la langue parl\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9cole \u00bb) trouve son origine dans l\u2019id\u00e9e tr\u00e8s r\u00e9pandue que le bilinguisme provoque chez les enfants en difficult\u00e9 une surcharge cognitive et langagi\u00e8re qui accentue leurs difficult\u00e9s. Comme nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 vu quand nous avons abord\u00e9 la question de la surcharge cognitive potentielle chez un enfant bilingue tout-venant (c\u2019est-\u00e0-dire sans trouble du langage), le jeune enfant poss\u00e8de les ressources biologiques et neuronales n\u00e9cessaires pour apprendre deux langues simultan\u00e9ment sans que celles-ci ne doivent \u00eatre mises en concurrence. Mais qu\u2019en est-il de l\u2019enfant avec un trouble du langage ? La question se pose l\u00e9gitimement. Elle nous renvoie \u00e0 une question tout aussi d\u00e9battue que celle de \u00ab l\u2019hypoth\u00e8se de capacit\u00e9 limit\u00e9e \u00bb, \u00e0 savoir \u00ab l\u2019hypoth\u00e8se des effets cumulatifs (CEH) \u00bb[footnote]Cumulative effects hypothesis ou CEH.[\/footnote] (on verra Paradis, 2010 pour une revue compl\u00e8te de la litt\u00e9rature \u00e0 ce sujet). Outre l\u2019id\u00e9e selon laquelle, l\u2019apprentissage simultan\u00e9 de deux langues est propice \u00e0 l\u2019encombrement cognitif, la CEH pr\u00e9dit que les enfants bilingues pr\u00e9sentant un trouble du langage oral et\/ou de la communication vont \u00eatre doublement d\u00e9savantag\u00e9s par rapport \u00e0 leurs pairs monolingues qui, eux, ne doivent g\u00e9rer qu\u2019une seule langue. Par ailleurs, comme nous l\u2019avons \u00e9voqu\u00e9 dans la d\u00e9finition des concepts ci-dessus, les enfants avec un TDL, outre des troubles du langage oral, peuvent \u00e9galement pr\u00e9senter des d\u00e9ficits perceptuels et cognitifs (d\u00e9ficit mn\u00e9sique, attentionnel, etc.) qui, selon les pr\u00e9dictions de la CEH, vont davantage entraver le traitement des stimulations langagi\u00e8res et la construction de repr\u00e9sentations linguistiques chez l\u2019enfant bilingue TDL que chez l\u2019enfant monolingue TDL. Il y a peu de donn\u00e9es empiriques en faveur de cette hypoth\u00e8se (Paradis <em>et al.<\/em>, 2021). Comme nous l\u2019avons bri\u00e8vement expos\u00e9 dans la section pr\u00e9c\u00e9dente, les r\u00e9sultats des recherches actuelles tendent plut\u00f4t \u00e0 montrer que les enfants TDL peuvent devenir bilingues sans co\u00fbt additionnel et que le bilinguisme n\u2019aggrave ni les d\u00e9ficits langagiers ni les difficult\u00e9s perceptuelles et cognitives potentiellement associ\u00e9es (on verra notamment Guti\u00e9rrez-Clellen et Simon-Cerijido, 2007, 2010\u00a0; Paradis <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2013\u00a0; Erdos <em>et al.<\/em>, 2014).\r\n\r\nRevenant \u00e0 notre question de d\u00e9part de savoir s\u2019il est opportun ou non de supprimer une langue de l\u2019environnement de l\u2019enfant, que r\u00e9pondre\u00a0? Comme le soulignent Paradis et collaborateurs (2021), cette d\u00e9cision assez radicale a un caract\u00e8re irr\u00e9vocable sous-jacent et peut avoir un co\u00fbt \u00e9motionnel, familial, ethnique ou encore scolaire important pour l\u2019enfant. On comprendra ais\u00e9ment que, dans le cas d\u2019une famille dont la langue de communication n\u2019est pas celle de la communaut\u00e9 (typiquement le cas d\u2019une famille migrante), abandonner la langue d\u2019origine ne soit pas toujours possible et que si ce l\u2019est, cela perturbe une dynamique familiale bas\u00e9e sur la transmission d\u2019une langue et d\u2019une culture d\u2019origine. Cette d\u00e9cision ne doit donc pas \u00eatre prise \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re. Elle doit \u00eatre r\u00e9fl\u00e9chie et argument\u00e9e, mais en aucun cas elle ne doit constituer le \u00ab\u00a0ma\u00eetre choix \u00e9ducatif\u00a0\u00bb. Comme on l\u2019aura compris, la d\u00e9cision n\u2019est pas simple et doit \u00eatre prise au cas par cas.\r\n\r\n<em>Cas 1\u00a0:\u00a0L<sub>1<\/sub> est une langue minoritaire<\/em>\r\n\r\nDans ce cas particulier, on se trouve dans une situation commun\u00e9ment appel\u00e9e \u00ab\u00a0bilinguisme non-\u00e9lectif\u00a0\u00bb (par opposition au bilinguisme \u00e9lectif que nous d\u00e9crirons dans le point suivant). Autrement dit, l\u2019enfant est expos\u00e9 \u00e0 une L<sub>2<\/sub> non pas par choix \u00e9ducatif des parents, mais par une n\u00e9cessit\u00e9 impos\u00e9e par les circonstances de vie (par exemple\u00a0: dans le cas d\u2019enfants issus de l\u2019immigration parlant une langue familiale minoritaire \u00e0 la maison, mais dont toutes les autres activit\u00e9s se d\u00e9roulent dans la langue dominante de la soci\u00e9t\u00e9). Dans ce cas particulier, il est tr\u00e8s fr\u00e9quent de recommander aux parents d\u2019\u00e9viter autant que possible d\u2019utiliser la langue minoritaire \u00e0 la maison pour se concentrer sur la langue dominante. Paradis et collaborateurs (2021) attirent l\u2019attention sur le danger de cette pratique pour le d\u00e9veloppement de la langue minoritaire. Ils justifient le <strong>maintien de L<sub>1<\/sub><\/strong>, m\u00eame dans les cas de troubles du langage et de la communication, par la n\u00e9cessit\u00e9 pour l\u2019enfant de garder un lien avec la langue d\u2019origine par laquelle passent la majorit\u00e9 des interactions familiales propices au bien-\u00eatre socio-\u00e9motionnel de l\u2019enfant. Par ailleurs, certains parents ne sont pas suffisamment comp\u00e9tents en L<sub>2<\/sub> pour continuer \u00e0 assurer dans cette langue une relation sociale ainsi qu\u2019un contact riche et de qualit\u00e9. Enfin, demander \u00e0 une famille d\u2019imposer un \u00ab\u00a0monolinguisme individuel\u00a0\u00bb (c\u2019est-\u00e0-dire centr\u00e9 sur un seul de ses membres) est relativement stigmatisant, et de nature \u00e0 accentuer le sentiment de particularit\u00e9, de difficult\u00e9 ou de diff\u00e9rence de l\u2019enfant.\r\n\r\n<em>Cas 2\u00a0:\u00a0L<sub>1<\/sub> est une langue majoritaire<\/em>\r\n\r\nLe cas d\u2019enfants dont L<sub>1<\/sub> est la langue majoritaire de la communaut\u00e9, ce qui est typiquement le cas en Belgique francophone des enfants fr\u00e9quentant un enseignement par immersion, fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ce qu\u2019on appelle le bilinguisme \u00e9lectif caract\u00e9ristique de situations o\u00f9 les parents posent le choix d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 de scolariser leur enfant dans une langue minoritaire[footnote]Nous soulignons le fait que, dans ce cas, L2 est une langue minoritaire dans la communaut\u00e9 par le fait qu\u2019elle n\u2019est pas pratiqu\u00e9e de mani\u00e8re r\u00e9guli\u00e8re par la communaut\u00e9. Ce qui fait la diff\u00e9rence avec le bilinguisme non-\u00e9lectif pr\u00e9sent\u00e9 ci-dessus, c\u2019est que dans le cas d\u2019un bilinguisme \u00e9lectif, la langue de scolarisation (L2) est d\u2019embl\u00e9e une langue consid\u00e9r\u00e9e comme prestigieuse et utile par les parents et la communaut\u00e9 \u00e0 laquelle ils appartiennent.[\/footnote]. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, dans ce type de cas, les parents et les professionnels envisagent rarement de supprimer L<sub>2<\/sub> de l\u2019environnement de l\u2019enfant (Marinova-Todd <em>et al.<\/em>, 2016\u00a0;\u00a0 de\u00a0Valenzuela <em>et al.<\/em>, 2016). Cette situation contraste bien \u00e9videmment avec celle d\u00e9crite dans le point pr\u00e9c\u00e9dent o\u00f9 la suppression\u2026 de L<sub>1<\/sub> est quasiment toujours envisag\u00e9e par les professionnels comme si une hi\u00e9rarchie \u00e9tait implicitement faite entre ces deux situations et les langues concern\u00e9es. Pourtant, Paradis et collaborateurs (2021) appellent \u00e0 une r\u00e9flexion circonstanci\u00e9e et un examen individuel de chaque cas avant toute recommandation. Non pas que les enfants pr\u00e9sentant un trouble du langage et de la communication fr\u00e9quentant une classe immersive sont plus ou moins aptes que leurs homologues natifs d\u2019une langue minoritaire \u00e0 g\u00e9rer deux langues, mais plut\u00f4t que la n\u00e9cessit\u00e9 de maintenir un bilinguisme est sans doute moins cruciale. Ils engagent donc les parents \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 leurs motivations en se posant une s\u00e9rie de questions leur permettant, en collaboration avec les professionnels, de prendre la meilleure d\u00e9cision. Questions qu\u2019on pourrait, d\u2019ailleurs, se poser dans tout cas d\u2019\u00e9ducation bilingue (on verra Paradis <em>et al.<\/em>, 2016 p.\u00a0315-316)\u00a0:\r\n\r\n&nbsp;\r\n<div class=\"textbox\">\r\n<ol>\r\n \t<li>Dans quelle mesure devenir bilingue par le biais de l\u2019immersion est-il essentiel sur un plan personnel pour votre enfant\u00a0?\r\n<ul>\r\n \t<li>Est-ce pertinent pour acqu\u00e9rir une langue d\u2019origine\u00a0?<\/li>\r\n \t<li>Est-ce pertinent pour communiquer avec la famille proche et\/ou \u00e9largie ?<\/li>\r\n<\/ul>\r\n<\/li>\r\n \t<li>Dans quelle mesure devenir bilingue au sein d\u2019une large communaut\u00e9 est-il essentiel pour votre enfant\u00a0?\r\n<ul>\r\n \t<li>Le bilinguisme est-il requis au sein de la communaut\u00e9 d\u2019un point de vue social, \u00e9ducationnel ou au niveau d\u2019un emploi futur\u00a0?<\/li>\r\n<\/ul>\r\n<\/li>\r\n \t<li>La fratrie de l\u2019enfant fr\u00e9quente-t-elle un enseignement immersif\u00a0?\r\n<ul>\r\n \t<li>Quelles sont les cons\u00e9quences logistiques si l\u2019enfant ne fr\u00e9quente pas cette \u00e9cole en particulier ou ce programme\u00a0?<\/li>\r\n<\/ul>\r\n<\/li>\r\n \t<li>Dans le cas o\u00f9 l\u2019enfant fr\u00e9quente effectivement un enseignement immersif est-il positif, enthousiaste et motiv\u00e9 par l\u2019apprentissage d\u2019une L<sub>2 <\/sub>?\r\n<ul>\r\n \t<li>Se sent-il \u00e0 l\u2019aise dans l\u2019enseignement immersif\u00a0?<\/li>\r\n<\/ul>\r\n<\/li>\r\n \t<li>Quel investissement en temps, notamment, les parents peuvent-ils consacrer au soutien de leur enfant ?\r\n<ul>\r\n \t<li>Du temps suppl\u00e9mentaire peut-il \u00eatre d\u00e9gag\u00e9 pour des prises en charge sp\u00e9cifiques (notamment logop\u00e9diques)\u00a0?<\/li>\r\n \t<li>Les parents ont-ils une certaine comp\u00e9tence dans la langue d\u2019enseignement\u00a0?<\/li>\r\n<\/ul>\r\n<\/li>\r\n \t<li>L\u2019enfant peut-il b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une aide ou d\u2019un soutien sp\u00e9cialis\u00e9 au sein de l\u2019\u00e9cole afin de l\u2019aider \u00e0 surmonter ses difficult\u00e9s\u00a0?\r\n<ul>\r\n \t<li>Les aides sont-elles uniquement destin\u00e9es au soutien de L<sub>1<\/sub> ou sp\u00e9cifiques au programme immersif\u00a0?<\/li>\r\n \t<li>Les enseignants du programme immersif sont-ils inform\u00e9s, compr\u00e9hensifs et soutenants face au probl\u00e8me de l\u2019enfant ?<\/li>\r\n<\/ul>\r\n<\/li>\r\n \t<li>Quel est le degr\u00e9 de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 des troubles du langage et de la communication de l\u2019enfant ?<\/li>\r\n \t<li>Pr\u00e9sente-t-il des troubles associ\u00e9s (par exemple\u00a0: trouble de l\u2019attention et de l\u2019hyperactivit\u00e9) ?<\/li>\r\n<\/ol>\r\n<\/div>\r\n&nbsp;\r\n\r\nLes r\u00e9ponses \u00e0 toutes ces questions et les r\u00e9flexions qu\u2019elles suscitent permettent de prendre des d\u00e9cisions motiv\u00e9es au cas par cas et d\u2019envisager l\u2019ampleur et la nature de l\u2019aide \u00e0 apporter \u00e0 l\u2019enfant.\r\n<h2>Que conclure ?<\/h2>\r\nLa pr\u00e9sence d\u2019un trouble du langage et de la communication chez un enfant ne repr\u00e9sente pas un obstacle \u00e0 une \u00e9ducation bilingue. La confrontation de l\u2019enfant \u00e0 deux langues ne repr\u00e9sente ni une surcharge cognitive ni un facteur d\u2019aggravation des sympt\u00f4mes linguistiques et non linguistiques.\r\n\r\nLe bilinguisme ne modifie pas le profil langagier g\u00e9n\u00e9ralement observ\u00e9 dans le cadre d\u2019un trouble du langage et de la communication. Les forces et les faiblesses sont identiques chez les enfants monolingues et bilingues. D\u2019ailleurs, il est g\u00e9n\u00e9ralement admis que les enfants bilingues pr\u00e9sentant des troubles du langage oral ont des difficult\u00e9s dans les deux langues. La pr\u00e9sence d\u2019un trouble d\u00e9veloppemental du langage en L<sub>1<\/sub> est souvent un bon pr\u00e9dicteur d\u2019un risque similaire en L<sub>2<\/sub>.\u00a0 Cependant, dans la mesure du possible, il est toujours souhaitable que l\u2019\u00e9valuation des difficult\u00e9s langagi\u00e8res puisse se faire dans les deux langues, et ce afin de pouvoir d\u00e9terminer avec certitude qu\u2019elles sont symptomatiques d\u2019un trouble du langage sous-jacent et non le r\u00e9sultat d\u2019un abandon de L<sub>1<\/sub> (principalement dans le cas d\u2019un bilinguisme soustractif, cf. Chapitre\u00a01) ou d\u2019une acquisition incompl\u00e8te de L<sub>2<\/sub>.\r\n\r\nLa question qui se pose ici n'est donc pas celle de la comp\u00e9tence de l'enfant, mais bien celle de la capacit\u00e9 de notre syst\u00e8me \u00e9ducatif et de notre soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 mettre en place les soutiens n\u00e9cessaires pour permettre aux enfants en difficult\u00e9 d'\u00e9voluer dans un milieu naturellement bilingue.\r\n<h1>Bilinguisme pr\u00e9coce et b\u00e9gaiement<\/h1>\r\nUn autre mythe tenace en mati\u00e8re de trouble du langage oral et de bilinguisme est celui de la propension du bilingue \u00e0 b\u00e9gayer plus souvent que le monolingue\u00a0; la justification \u00e9tant, dans l'imaginaire commun, que la pratique de deux langues serait potentiellement g\u00e9n\u00e9ratrice d'un stress qui favoriserait l'apparition du b\u00e9gaiement.\r\n<h2>D\u00e9finir les concepts<\/h2>\r\nLe b\u00e9gaiement est un trouble du rythme et de la fluence de la parole. Il appara\u00eet g\u00e9n\u00e9ralement entre deux et quatre ans (Yairi &amp; Ambrose, 2005, 2013). Dans la majorit\u00e9 des cas, il est temporaire et caract\u00e9ristique d\u2019une phase de d\u00e9veloppement du langage oral au cours de laquelle l\u2019enfant cherche ses mots, h\u00e9site ou encore achoppe sur certains d\u2019entre eux.\r\n\r\nOn\u00a0 rel\u00e8ve plusieurs types de b\u00e9gaiements caract\u00e9ris\u00e9s par des sympt\u00f4mes diff\u00e9rents (Van Borsel, 1999)\u00a0:\r\n<ul>\r\n \t<li>le b\u00e9gaiement tonique qui se manifeste par une impossibilit\u00e9 d\u2019\u00e9mettre certaines syllabes d\u2019un mot (la premi\u00e8re en g\u00e9n\u00e9ral), une forte tension musculaire au niveau des organes de la phonation ainsi que par une forte expulsion d\u2019air afin de terminer le mot probl\u00e9matique (par exemple\u00a0: p-----orte)\u00a0;<\/li>\r\n \t<li>le b\u00e9gaiement clonique qui se manifeste par une r\u00e9p\u00e9tition de sons (par exemple\u00a0: p-p-porte), de mots (par exemple\u00a0: je-je-je veux jouer) ou de groupes de mots\u00a0;<\/li>\r\n \t<li>le b\u00e9gaiement tonico-clonique qui se manifeste \u00e0 la fois par des blocages et des r\u00e9p\u00e9titions incontr\u00f4lables.<\/li>\r\n<\/ul>\r\nLe b\u00e9gaiement peut \u00e9galement se manifester dans la production de phrases par l\u2019ajout d\u2019interjections (par exemple\u00a0: bin, heu, je veux heu courir vite).\r\n\r\nLe b\u00e9gaiement est un trouble plurifactoriel (Reilly <em>et al.<\/em>, 2013), d\u00e8s lors tout comme on parle de bilinguisme<strong>s<\/strong>, on parlera plut\u00f4t de b\u00e9gaiement<strong>s<\/strong>. Ses manifestations sont diverses et sa r\u00e9alit\u00e9 complexe. Rapidement et sans nous \u00e9tendre sur cette question qui n\u2019est pas notre propos, nous soulignerons les origines neurologiques et g\u00e9n\u00e9tiques probables du b\u00e9gaiement. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, le cerveau des personnes b\u00e8gues pr\u00e9sente des anomalies structurelles et fonctionnelles se manifestant notamment par une activit\u00e9 anormalement \u00e9lev\u00e9e de l\u2019h\u00e9misph\u00e8re c\u00e9r\u00e9bral droit lors de la production de la parole b\u00e8gue (Pi\u00e9rart, 2013).\r\n<h2>D\u00e9gager le vrai du faux<\/h2>\r\nL'id\u00e9e re\u00e7ue et persistante selon laquelle le bilinguisme est source de b\u00e9gaiement trouve sans doute son origine dans l\u2019article d\u2019Edward Travis et collaborateurs (1937), \"<em>The relation of bilingualism to stuttering\u00a0: a survey in the East Chicago, Indiana, Schools\"<\/em>. Sur un \u00e9chantillon de 4.827 participants \u00e2g\u00e9s de quatre \u00e0 dix-sept ans, Travis y rapportait une pr\u00e9valence de b\u00e9gaiement de 1,8\u00a0% chez les monolingues et de 2,8\u00a0% chez les bilingues. Cette \u00e9tude, bien que tr\u00e8s ancienne, a eu, et a toujours, un impact important sur le lien fait entre bilinguisme et b\u00e9gaiement. Dans un article r\u00e9cent, Gahl (2020) s\u2019emploie \u00e0 analyser la publication de Travis et plus particuli\u00e8rement la qualit\u00e9 de la m\u00e9thodologie utilis\u00e9e. Nous allons bri\u00e8vement r\u00e9sumer les conclusions de Gahl afin que le lecteur puisse se faire une id\u00e9e pr\u00e9cise des raisons qui poussent actuellement les chercheurs et les professionnels du bilinguisme \u00e0 remettre en question les conclusions de Travis\u00a0:\r\n<ul>\r\n \t<li>les crit\u00e8res de s\u00e9lection des participants (crit\u00e8res d\u2019inclusion et d\u2019exclusion de l\u2019\u00e9tude) n\u2019\u00e9taient pas clairs. Certains participants bilingues ont, par exemple, \u00e9t\u00e9 retir\u00e9s de l\u2019\u00e9chantillon sans qu\u2019aucune raison m\u00e9thodologique ne soit fournie\u00a0;<\/li>\r\n \t<li>l\u2019objet de l\u2019\u00e9tude n\u2019\u00e9tait pas uniquement focalis\u00e9 sur le b\u00e9gaiement, mais reprenait \u00e9galement une \u00e9valuation de l\u2019accent \u00e9tranger, des substitutions de phon\u00e8mes, ou encore de la pr\u00e9sence d\u2019un trouble aphasique. Cette diversit\u00e9 d\u2019objets d\u2019\u00e9tude induit une dispersion dans les observations qui ne se centrent donc pas uniquement sur les sympt\u00f4mes du b\u00e9gaiement, mais plut\u00f4t sur une gamme beaucoup plus vaste de sympt\u00f4mes dont certains ne rel\u00e8vent pas du b\u00e9gaiement\u00a0;<\/li>\r\n \t<li>le diagnostic pr\u00e9cis des troubles de la parole et du langage \u00e9tudi\u00e9s (dont le b\u00e9gaiement) n\u2019\u00e9tait pas pos\u00e9 par un professionnel de la question\u00a0; ce qui a sans doute conduit \u00e0 des diagnostics erron\u00e9s\u00a0;<\/li>\r\n \t<li>les questionnaires portant sur les pratiques linguistiques \u00e0 la maison propos\u00e9s aux participants ne contenaient aucune question sur, d\u2019une part, l\u2019\u00e2ge d\u2019introduction d\u2019une L<sub>B<\/sub> dans l\u2019environnement de la personne et, d\u2019autre part, sur le temps d\u2019exposition quotidien \u00e0 chacune des langues.<\/li>\r\n<\/ul>\r\nD\u00e8s lors, avancer sur ces bases, comme le font Travis et collaborateurs, que le bilinguisme pr\u00e9coce est un facteur de risque non n\u00e9gligeable de b\u00e9gaiement est sans aucun doute tr\u00e8s abusif. Par ailleurs, les pourcentages avanc\u00e9s (2,8\u00a0% de bilingues b\u00e8gues contre 1,8\u00a0% de monolingues) seraient-ils m\u00eame corrects, ce qui est remis en cause par une s\u00e9rie \u00a0d\u2019auteurs (Gahl, 2010, mais \u00e9galement, Bijleveld &amp; Estienne, 2014\u00a0; Szmalec, 2013 ou encore Bloodstein &amp; Bernstein-Ratner, 2008), ils occultent les 97,2\u00a0% d\u2019enfants bilingues de l\u2019\u00e9tude qui eux\u2026 ne sont pas b\u00e8gues !\r\n\r\nOn pourrait donc penser que l\u2019\u00e9tude de Travis et collaborateurs \u00e9tant ancienne et scientifiquement discutable, d\u2019autres \u00e9tudes m\u00e9thodologiquement plus robustes ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9es confirmant ou infirmant les r\u00e9sultats et les conclusions de Travis. On sera surpris de constater qu\u2019il n\u2019en est rien et que les \u00e9tudes sur le b\u00e9gaiement dans le cadre d\u2019une \u00e9ducation bilingue sont peu nombreuses dans la litt\u00e9rature scientifique. Choo et Smith (2020) ont fait l\u2019exercice de r\u00e9pertorier les recherches pertinentes publi\u00e9es en la mati\u00e8re dans des revues scientifiques depuis l\u2019article <em>princeps<\/em> de Travis et collaborateurs. Au terme d\u2019une recherche \u00e0 partir de mots cl\u00e9s dans les bases de donn\u00e9es bibliographiques classiques[footnote]PubMed, PubMed Central, Medline, Scopus, Science Direct, Google Scholar et ERIC.[\/footnote], \u00e9taient \u00e9ligibles\u00a0: (1) les articles empiriques (2) revus par les pairs portant (3) sur les enfants b\u00e8gues et (4) les personnes b\u00e8gues bilingues. \u00c9taient exclus du recensement\u00a0: les articles (1) non \u00e9crits en langue anglaise, (2) portant sur des adultes uniquement et (3) sur des personnes monolingues uniquement. Au total, seulement 50 articles r\u00e9pondaient \u00e0 l\u2019ensemble des crit\u00e8res.\r\n\r\nChoo &amp; Smith (2020) ont analys\u00e9 en profondeur ces publications et en ont d\u00e9gag\u00e9 les constats principaux\u00a0:\r\n<ul>\r\n \t<li>la d\u00e9finition du bilinguisme est variable d\u2019une \u00e9tude \u00e0 l\u2019autre (selon l\u2019\u00e2ge d\u2019exposition, le nombre d\u2019ann\u00e9es d\u2019exposition ou encore le type d\u2019\u00e9ducation bilingue). Ce point renvoie au Chapitre 1 de cet ouvrage soulignant l\u2019absence de d\u00e9finition unique du bilinguisme. Mais au-del\u00e0 d\u2019un aspect purement terminologique, cette disparit\u00e9 dans les d\u00e9finitions r\u00e9v\u00e8le \u00e9galement la disparit\u00e9 dans les crit\u00e8res de recrutement d\u2019une \u00e9tude \u00e0 l\u2019autre rendant les comparaisons difficiles\u00a0;<\/li>\r\n \t<li>la variabilit\u00e9 de la pr\u00e9valence du b\u00e9gaiement chez les bilingues d\u2019une \u00e9tude \u00e0 l\u2019autre et du rapport entre le b\u00e9gaiement monolingue et le b\u00e9gaiement bilingue. On notera, par exemple, que Travis et collaborateurs (1937) avancent une pr\u00e9valence de b\u00e9gaiement 1,3 \u00e0 3,1 fois sup\u00e9rieure chez les bilingues que chez les monolingues alors que McLeod et collaborateurs (2014) rapportent une pr\u00e9valence identique dans les deux groupes (soit entre 4,7\u00a0% et 4,9\u00a0%)\u00a0;<\/li>\r\n \t<li>comme chez les enfants monolingues, le b\u00e9gaiement appara\u00eet entre trois et cinq ans\u00a0; vers 4,3 ans en moyenne pour Lincoln et collaborateurs (1996) voire un peu plus tard que chez les monolingues vers 4,10 ans pour Howell et collaborateurs (2009). Par ailleurs, chez les bilingues comme chez les monolingues, le trouble est plus fr\u00e9quent chez les gar\u00e7ons que chez les filles\u00a0;<\/li>\r\n \t<li>la majorit\u00e9 des enfants bilingues b\u00e8gues (entre 70 et 90\u00a0% selon les \u00e9tudes) ont une histoire familiale de b\u00e9gaiement\u00a0;<\/li>\r\n \t<li>m\u00eame s\u2019il arrive qu\u2019un enfant bilingue b\u00e8gue ne b\u00e9gaie que dans une langue, les r\u00e9sultats des \u00e9tudes recens\u00e9es par Choo et Smith (2020) mettent en \u00e9vidence que, dans la majorit\u00e9 des cas, les enfants b\u00e9gaient dans les deux langues\u00a0;<\/li>\r\n \t<li>lorsqu\u2019un enfant bilingue b\u00e9gaie, il ne le fait habituellement pas de la m\u00eame mani\u00e8re dans les deux langues. Carias et Ingram (2006) rel\u00e8vent davantage d\u2019insertions d\u2019interjections et de prolongations de sons ou de syllabes dans la langue consid\u00e9r\u00e9e comme la plus faible ou la langue non dominante alors que le b\u00e9gaiement dans la langue dominante est caract\u00e9ris\u00e9 par des r\u00e9p\u00e9titions de sons, de mots ou de groupes de mots.<\/li>\r\n<\/ul>\r\nLes conclusions des \u00e9tudes recens\u00e9es par Choo et Smith (2020) sont plus partag\u00e9es en ce qui concerne la fr\u00e9quence du b\u00e9gaiement dans chacune des langues en fonction de la dominance ainsi que sur la r\u00e9cup\u00e9ration apr\u00e8s l\u2019\u00e2ge de cinq ans.\r\n\r\nSur le premier point, il semble que le b\u00e9gaiement soit plus fr\u00e9quent dans la langue dominante que dans la langue non dominante. Dans le cas d\u2019un bilinguisme \u00e9quilibr\u00e9, les choses ne sont pas claires, certains auteurs rapportent une fr\u00e9quence de b\u00e9gaiement \u00e9quivalente dans les deux langues, alors que d'autres avancent que, dans 94\u00a0% des cas, les bilingues \u00e9quilibr\u00e9s b\u00e9gaient davantage dans une langue que dans l\u2019autre (voir Choo &amp; Smith, 2020 pour une revue \u00e0 ce sujet).\r\n\r\nAu niveau de la persistance du b\u00e9gaiement au-del\u00e0 de l\u2019enfance ou de la potentielle r\u00e9cup\u00e9ration, les auteurs sont \u00e9galement partag\u00e9s. Howell et collaborateurs (2009) rapportent que seulement 25\u00a0% des enfants bilingues simultan\u00e9s pr\u00e9sentant un b\u00e9gaiement durant l\u2019enfance r\u00e9cup\u00e8rent contre 55\u00a0% d\u2019enfants monolingues et bilingues tardifs confondus. Ces r\u00e9sultats contrastent fortement avec ceux de Mohammadi et collaborateurs (2016) qui rapportent un taux de r\u00e9cup\u00e9ration de 22,7\u00a0% chez les bilingues tardifs (introduction d\u2019une L<sub>2<\/sub> apr\u00e8s six ans dans l\u2019\u00e9tude) et de 25\u00a0% chez les bilingues simultan\u00e9s.\u00a0 Ces variations importantes sont une fois de plus attribu\u00e9es aux particularit\u00e9s m\u00e9thodologiques des \u00e9tudes (on se souviendra des d\u00e9fauts m\u00e9thodologiques mis en \u00e9vidence dans l\u2019\u00e9tude de Travis et collaborateurs qui ont amen\u00e9 Gahl \u00e0 remettre en cause la validit\u00e9 des r\u00e9sultats avanc\u00e9s par ces auteurs). Ainsi, l\u2019\u00e9tude d\u2019Howell et collaborateurs (2009), outre le fait qu\u2019elle est principalement bas\u00e9e sur une enqu\u00eate men\u00e9e via internet, se caract\u00e9rise par une grande h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des participants. Dans une analyse d\u00e9taill\u00e9e de l\u2019article d\u2019Howell et collaborateurs, Bijleveld et Estienne (2014) soulignent que le groupe initial de 794 participants peut \u00eatre subdivis\u00e9 en trois groupes bien distincts\u00a0: (1) des enfants monolingues anglophones, (2) des enfants migrants ayant appris l\u2019anglais L<sub>2<\/sub> vers l\u2019\u00e2ge de 4-5 ans \u00e0 l\u2019\u00e9cole et (3) des enfants ayant appris l\u2019anglais et une autre langue dans leur famille. Outre cette h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 non contr\u00f4l\u00e9e de bilinguismes, l\u2019\u00e2ge des participants varie de la petite enfance \u00e0 80 ans. Il est donc n\u00e9cessaire de remettre ces r\u00e9sultats en perspective et de les relativiser\u00a0; ne serait-ce que parce qu\u2019\u00e0 80 ans on ne se situe plus dans une \u00e9valuation directe du bilinguisme pr\u00e9coce et que le profil langagier des personnes a pu \u00eatre modul\u00e9 par toute une s\u00e9rie de facteurs, autres que le bilinguisme, pouvant expliquer la persistance d\u2019un b\u00e9gaiement.\r\n<h2>Que conclure ?<\/h2>\r\nTout d\u2019abord, les \u00e9tudes sur le b\u00e9gaiement dans le cadre du bilinguisme pr\u00e9coce sont peu nombreuses et de qualit\u00e9 m\u00e9thodologique variable. Dans ces conditions, il est difficile de porter des conclusions d\u00e9finitives et d\u2019\u00e9tablir avec certitude un lien causal robuste entre le bilinguisme pr\u00e9coce et le b\u00e9gaiement. Par ailleurs, comme le soulignent Bijleveld et Estienne (2014), ce lien est d\u2019autant plus difficile \u00e0 \u00e9tablir qu\u2019on ne peut \u00eatre s\u00fbr que le b\u00e9gaiement ne se serait pas produit si l\u2019enfant avait \u00e9t\u00e9 monolingue. Cette affirmation peut para\u00eetre triviale, mais si on se r\u00e9f\u00e8re aux causes du b\u00e9gaiement \u00e9voqu\u00e9es pr\u00e9c\u00e9demment dans ce chapitre (cf. origines neurologique et g\u00e9n\u00e9tique), le lecteur admettra qu\u2019elles puissent \u00eatre communes \u00e0 l\u2019enfant monolingue et \u00e0 l\u2019enfant bilingue.\r\n\r\nChaque enfant \u00e9tant par ailleurs unique, qu\u2019il soit bilingue ou monolingue, il est important de recontextualiser par le biais d\u2019une anamn\u00e8se solide l\u2019apparition du b\u00e9gaiement. Celui-ci \u00e9tant multifactoriel, il est n\u00e9cessaire de replacer l\u2019enfant dans un contexte g\u00e9n\u00e9ral avant de poser toute conclusion sur l\u2019origine de son b\u00e9gaiement.\r\n\r\nEnfin, comme le soulignent Bijleveld et Estienne (2014)\u00a0: \u00ab\u00a0<em>\u00c9vitons les amalgames. Aucune \u00e9tude scientifique ne permet jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent d\u2019infirmer ou de confirmer une relation de cause \u00e0 effet entre le fait d\u2019apprendre plusieurs langues et de se mettre \u00e0 b\u00e9gayer. Quoiqu\u2019il en soit, le b\u00e9gaiement ne devrait jamais emp\u00eacher un enfant \u00e0 continuer \u00e0 s\u2019exprimer en plusieurs langues. Le b\u00e9gaiement est un trouble de la parole et non de la langue<\/em> \u00bb (p. 210).","rendered":"<p>Comme nous venons de l&rsquo;aborder, il n\u2019est pas rare que l\u2019enfant passe d\u2019une langue \u00e0 l\u2019autre au sein d\u2019une m\u00eame interaction. Ces comportements de m\u00e9lange et d\u2019alternance des langues, bien que la plupart du temps tout \u00e0 fait normaux, inqui\u00e8tent certains parents qui y voient le signe d\u2019un trouble dans l\u2019acquisition du langage.<\/p>\n<p>Cette pr\u00e9occupation renvoie \u00e0 une probl\u00e9matique encore (trop) peu trait\u00e9e dans la litt\u00e9rature scientifique\u00a0: celle de la diff\u00e9renciation entre ce qui rel\u00e8ve du \u00ab\u00a0pathologique\u00a0\u00bb et du \u00ab\u00a0normal\u00a0\u00bb dans le d\u00e9veloppement bilingue.<\/p>\n<p>Il est vrai que si l\u2019alternance des langues est bien souvent une strat\u00e9gie utilis\u00e9e par les bilingues dans des situations sp\u00e9cifiques et avec un objectif particulier, elle pourrait, dans d\u2019autres cas, r\u00e9v\u00e9ler la pr\u00e9sence d\u2019une difficult\u00e9 langagi\u00e8re chez l\u2019enfant.<\/p>\n<p>De la m\u00eame fa\u00e7on, si le m\u00e9lange des langues n\u2019est pas rare dans le d\u00e9veloppement langagier de l\u2019enfant bilingue et peut \u00eatre attribu\u00e9 \u00e0 plusieurs facteurs (par exemple\u00a0: les pratiques familiales en mati\u00e8re d\u2019\u00e9ducation bilingue, l\u2019\u00e9quilibre entre les langues dans et en dehors de la maison, la qualit\u00e9 et\u00a0 la quantit\u00e9 d\u2019exposition dans chacune des langues ou encore le fait que les parents acceptent ou non l\u2019alternance et le m\u00e9lange des langues dans les interactions quotidiennes), il peut aussi alerter sur un potentiel trouble de l\u2019acquisition du langage oral.<\/p>\n<p>M\u00eame s\u2019il ne faut pas \u00eatre alarmiste, mais plut\u00f4t consid\u00e9rer les particularit\u00e9s du d\u00e9veloppement langagier bilingue par rapport au d\u00e9veloppement monolingue, un optimisme b\u00e9at n\u2019est toutefois pas de mise. S\u2019il est\u00a0 maintenant acquis qu\u2019une \u00e9ducation bilingue <span style=\"text-decoration: underline;\">n\u2019est pas la cause<\/span> d\u2019un trouble du d\u00e9veloppement de la parole, du langage, ou des apprentissages (Wei <em>et al.<\/em>, 1997) il n\u2019en immunise pas pour autant. Tout comme un enfant monolingue, un enfant bilingue peut pr\u00e9senter un trouble d\u00e9veloppemental du langage oral, peut b\u00e9gayer, peut \u00eatre dyslexique ou encore dysorthographique. Distinguer ce qui rel\u00e8ve du d\u00e9veloppement normal et de la pathologie est d\u2019autant plus important que les troubles du langage oral et du langage \u00e9crit sont deux des causes majeures menant \u00e0 l\u2019\u00e9chec scolaire (Dockrell <em>et al.<\/em>, 2011). Mais pourquoi cette distinction est-elle si difficile \u00e0 \u00e9tablir dans le cadre d\u2019une \u00e9ducation bilingue\u00a0? Outre le fait que peu de personnes (m\u00eame parmi les professionnels du langage et de l\u2019\u00e9ducation) sont vraiment au fait des caract\u00e9ristiques d\u00e9veloppementales des enfants bilingues pr\u00e9coces, on constate un biais important dans l\u2019\u00e9valuation de leurs comp\u00e9tences langagi\u00e8res qui ne porte souvent que sur une seule langue et dans bien des cas, la langue non dominante.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, en mati\u00e8re de bilinguisme pr\u00e9coce, on ne doit pas se poser la question de savoir si ce dernier est la cause d\u2019un trouble de la parole, du langage oral ou des apprentissages, mais plut\u00f4t celle de comment \u00e9valuer l\u2019enfant dans sa sp\u00e9cificit\u00e9 bilingue, comment le prendre en charge et, le cas \u00e9ch\u00e9ant, quelles strat\u00e9gies compensatoires mettre en place.<\/p>\n<h1>Bilinguisme pr\u00e9coce, difficult\u00e9s de langage et trouble d\u00e9veloppemental du langage<\/h1>\n<p>Parmi les maux attribu\u00e9s au bilinguisme, on retrouve donc de mani\u00e8re persistante les difficult\u00e9s de langage et le trouble d\u00e9veloppemental du langage. Avant d\u2019aller plus loin dans cette section et d\u2019envisager le rapport potentiel avec le bilinguisme, il est int\u00e9ressant de rappeler ce que recouvrent ces concepts.<\/p>\n<h2>D\u00e9finir les concepts<\/h2>\n<p><strong>Les difficult\u00e9s de langage<\/strong> (anciennement appel\u00e9es \u00ab retard simple de langage \u00bb) sont caract\u00e9ristiques d\u2019une situation dans laquelle l\u2019enfant se d\u00e9veloppe linguistiquement avec un certain d\u00e9calage par rapport \u00e0 la norme tout en suivant le profil d\u00e9veloppemental g\u00e9n\u00e9ral. Cette terminologie est souvent utilis\u00e9e lorsque les capacit\u00e9s langagi\u00e8res d\u2019un enfant sont faibles, mais que les caract\u00e9ristiques propres \u00e0 l\u2019enfant (par exemple\u00a0: le contexte environnemental) ne permettent pas de penser que les probl\u00e8mes vont persister dans le temps (Breault <em>et al.<\/em>, 2019). Les difficult\u00e9s de langage sont tr\u00e8s fr\u00e9quentes chez le jeune enfant avec une pr\u00e9valence estim\u00e9e entre 3\u00a0% et 7\u00a0% selon l\u2019\u00e2ge de r\u00e9f\u00e9rence et la d\u00e9finition qui en est donn\u00e9e (Bishop <em>et al.<\/em>, 2017).<\/p>\n<p>Dans le projet international CATALISE<a class=\"footnote\" title=\"Le projet CATALISE (Bishop et al., 2016, 2017) a pour objectif de faire \u00e9merger un consensus dans la terminologie r\u00e9f\u00e9rant aux troubles du langage oral. Il est multidisciplinaire et international. Il se base sur les r\u00e9ponses de 59 professionnels anglophones de l\u2019enfance et de la petite enfance \u00e0 un\u00a0 questionnaire relatif \u00e0 la terminologie, aux facteurs de risques, aux causes et aux cons\u00e9quences des troubles du langage. Pour plus de d\u00e9tails sur le projet, on se r\u00e9f\u00e8rera notamment \u00e0 la synth\u00e8se faite par (Maillart, 2018).\" id=\"return-footnote-205-1\" href=\"#footnote-205-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a>(Bishop <em>et al.<\/em>, 2016, 2017) visant \u00e0 g\u00e9n\u00e9rer un arbre d\u00e9cisionnel qui permettrait aux professionnels du langage d\u2019identifier et de diff\u00e9rencier les troubles du langage en utilisant une terminologie unifi\u00e9e, Bishop et collaborateurs reprennent, \u00e2ge par \u00e2ge \u00e0 partir de 2-3 ans, la liste des indicateurs de risques de trouble ou de difficult\u00e9s de d\u00e9veloppement du langage oral. Nous allons bri\u00e8vement les r\u00e9sumer dans le Tableau 9.<\/p>\n<p><strong>Le trouble du langage li\u00e9 \u00e0 une condition biom\u00e9dicale <\/strong>fait plus particuli\u00e8rement r\u00e9f\u00e9rence aux difficult\u00e9s langagi\u00e8res observ\u00e9es dans le cadre des d\u00e9ficiences intellectuelles (qu\u2019elles soient d\u2019origine g\u00e9n\u00e9tique ou non), des troubles neurod\u00e9veloppementaux tels que les troubles du spectre de l\u2019autisme ou encore chez les enfants pr\u00e9sentant des troubles neurosensoriels (notamment dans le cadre de d\u00e9ficiences auditives et\/ou visuelles). Nous n\u2019entrerons pas dans le d\u00e9tail des profils langagiers observ\u00e9s dans ces diff\u00e9rentes pathologies. Le lecteur int\u00e9ress\u00e9 peut cependant se r\u00e9f\u00e9rer au manuel \u00ab\u00a0Troubles du langage. Bases th\u00e9oriques, diagnostic et r\u00e9\u00e9ducation\u00a0\u00bb (Rondal &amp; Seron, 2000) ou au tout r\u00e9cent \u00ab\u00a0Trait\u00e9 de neuropsychologie de l\u2019enfant\u00a0\u00bb (Majerus <em>et al.<\/em>, 2020), tous deux d\u00e9crivant en d\u00e9tail ces pathologies et les troubles langagiers qui y sont associ\u00e9s.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<figure id=\"attachment_383\" aria-describedby=\"caption-attachment-383\" style=\"width: 2730px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/06\/tab9.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-383 size-full\" src=\"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/06\/tab9.png\" alt=\"\" width=\"2730\" height=\"1946\" srcset=\"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/06\/tab9.png 2730w, https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/06\/tab9-300x214.png 300w, https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/06\/tab9-1024x730.png 1024w, https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/06\/tab9-768x547.png 768w, https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/06\/tab9-1536x1095.png 1536w, https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/06\/tab9-2048x1460.png 2048w, https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/06\/tab9-65x46.png 65w, https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/06\/tab9-225x160.png 225w, https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/06\/tab9-350x249.png 350w\" sizes=\"(max-width: 2730px) 100vw, 2730px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-383\" class=\"wp-caption-text\"><em>Tableau 9\u00a0: Indicateurs de persistance des difficult\u00e9s de langage oral selon l&rsquo;\u00e2ge de l&rsquo;enfant, d\u2019apr\u00e8s Bishop et al. (2017).<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>Le trouble d\u00e9veloppemental du langage<\/strong> (TDL, anciennement appel\u00e9 \u00ab\u00a0dysphasie\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0retard primaire de langage\u00a0\u00bb) est caract\u00e9ris\u00e9 par un d\u00e9ficit important et persistant impactant le fonctionnement langagier et social quotidien de l\u2019enfant. Il peut toucher les diff\u00e9rentes composantes langagi\u00e8res avec des degr\u00e9s d\u2019atteintes diff\u00e9rents selon les composantes (Leonard, 1998). On rel\u00e8ve une grande h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 de profils parmi les enfants pr\u00e9sentant un TDL, cependant un d\u00e9ficit marqu\u00e9 dans la composante morphosyntaxique du langage est g\u00e9n\u00e9ralement consid\u00e9r\u00e9 comme symptomatique du trouble (Rice &amp; Wexler, 1996). En plus des d\u00e9ficits langagiers, le TDL est marqu\u00e9 par des alt\u00e9rations de la m\u00e9moire auditive, de la m\u00e9moire de travail et des fonctions ex\u00e9cutives<a class=\"footnote\" title=\"Les fonctions ex\u00e9cutives correspondent aux capacit\u00e9s n\u00e9cessaires \u00e0 une personne pour s\u2019adapter \u00e0 une situation nouvelle pour laquelle aucune solution toute faite n\u2019existe dans son r\u00e9pertoire d\u2019actions. L\u2019adaptation \u00e0 une nouvelle situation implique la mobilisation des capacit\u00e9s attentionnelle, d\u2019inhibition des stimulations non pertinentes dans la t\u00e2che en cours (les distracteurs) ou encore la m\u00e9moire.\" id=\"return-footnote-205-2\" href=\"#footnote-205-2\" aria-label=\"Footnote 2\"><sup class=\"footnote\">[2]<\/sup><\/a> (Bishop &amp; Norbury, 2005).<\/p>\n<p>Le TDL n\u2019est pas li\u00e9 \u00e0 une cause unique connue. Comme nous le rappelle d\u2019ailleurs Breault et collaborateurs (2019), ses causes\u00a0 ne sont pas claires. Une h\u00e9ritabilit\u00e9 familiale est avanc\u00e9e notamment gr\u00e2ce \u00e0 des \u00e9tudes men\u00e9es sur des jumeaux (Bishop, 2006) ou dans des familles comportant une histoire de troubles du langage (Snowling &amp; Melby-Lerv\u00e5g, 2016). Certains auteurs avancent \u00e9galement une composante neurologique au TDL notamment une modification de taille de certaines r\u00e9gions du cerveau ou encore des variations subtiles dans la quantit\u00e9 de mati\u00e8re grise<a class=\"footnote\" title=\"Le terme \u00ab\u00a0mati\u00e8re grise\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0substance grise\u00a0\u00bb est utilis\u00e9 pour faire r\u00e9f\u00e9rence aux r\u00e9gions du cerveau contenant les corps cellulaires des neurones. Le terme \u00ab\u00a0mati\u00e8re blanche\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0substance blanche\u00a0\u00bb fait lui r\u00e9f\u00e9rence aux r\u00e9gions c\u00e9r\u00e9brales contenant les axones (prolongement des corps cellulaires) en raison de l\u2019allure blanche de la gaine de protection qui les entoure.\" id=\"return-footnote-205-3\" href=\"#footnote-205-3\" aria-label=\"Footnote 3\"><sup class=\"footnote\">[3]<\/sup><\/a>par rapport \u00e0 des enfants non atteints (Regroupement Langage Qu\u00e9bec, 2020). Le diagnostic du TDL se fait d\u00e8s lors par exclusion\u00a0; les enfants suspects de TDL ne devant pas pr\u00e9senter de d\u00e9ficience intellectuelle, de d\u00e9ficience sensorielle (telles une surdit\u00e9 et\/ou une c\u00e9cit\u00e9), de l\u00e9sion c\u00e9r\u00e9brale acquise ou encore un trouble neurod\u00e9veloppemental du type trouble du spectre de l\u2019autisme.<\/p>\n<h2>D\u00e9gager le vrai du faux<\/h2>\n<div>\n<h5>Question 18\u00a0: le bilinguisme peut-il \u00eatre la cause de troubles du langage et de la communication ?<\/h5>\n<\/div>\n<p>Sur la base d&rsquo;un arbre d\u00e9cisionnel reprenant diff\u00e9rentes conditions biologiques ou environnementales auxquelles l&rsquo;enfant peut \u00eatre soumis, Bishop et collaborateurs proposent de d\u00e9terminer ce qui est susceptible de conduire \u00e0 un trouble du langage.<\/p>\n<p>Comme on peut le constater, \u00e0 aucun moment le fait d\u2019acqu\u00e9rir pr\u00e9cocement une seconde langue n\u2019est consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00e9l\u00e9ment pouvant mener \u00e0 un diagnostic de trouble du langage oral en g\u00e9n\u00e9ral ou de TDL en particulier. D&rsquo;ailleurs, dans le document d\u2019accompagnement du projet CATALISE \u00e9tablissant les bases de la r\u00e9flexion terminologique, Bishop et collaborateurs (2017) \u00e9crivent\u00a0 que\u00a0: \u00ab\u00a0<em>certains enfants peuvent avoir des besoins linguistiques en classe parce que leur langue maternelle n&rsquo;est pas la langue utilis\u00e9e en classe et qu&rsquo;ils ont \u00e9t\u00e9 insuffisamment expos\u00e9s \u00e0 la langue d&rsquo;enseignement pour la ma\u00eetriser parfaitement.<\/em> <em>Cela ne doit cependant pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un trouble du langage, sauf s&rsquo;il est prouv\u00e9 que l&rsquo;enfant a \u00e9galement des difficult\u00e9s dans la langue parl\u00e9e \u00e0 la maison<\/em> \u00bb<a class=\"footnote\" title=\"\u201cSome children may have language needs in the classroom because their first or home language is not the language used in the classroom, and they have had insufficient exposure to the language of instruction to be fully fluent in English. This should not be regarded as language disorder, unless there is evidence that the child also has difficulties in the home language.\u201d\" id=\"return-footnote-205-4\" href=\"#footnote-205-4\" aria-label=\"Footnote 4\"><sup class=\"footnote\">[4]<\/sup><\/a>(annexe 2, page 4). Ils ajoutent que de nombreux membres du panel d\u2019experts \u00e9taient d\u00e9sorient\u00e9s par cette affirmation distinguant la connaissance de la langue d&rsquo;autres aspects du langage et visant \u00e0 transmettre l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;un enfant peut obtenir un score faible \u00e0 un test de connaissance de la langue sans que cela n\u2019implique n\u00e9cessairement la pr\u00e9sence d\u2019un trouble du langage.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<figure id=\"attachment_117\" aria-describedby=\"caption-attachment-117\" style=\"width: 1263px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/06\/fig16.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-117 size-full\" src=\"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/06\/fig16-e1663575410552.png\" alt=\"\" width=\"1263\" height=\"1004\" srcset=\"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/06\/fig16-e1663575410552.png 1263w, https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/06\/fig16-e1663575410552-300x238.png 300w, https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/06\/fig16-e1663575410552-1024x814.png 1024w, https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/06\/fig16-e1663575410552-768x611.png 768w, https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/06\/fig16-e1663575410552-65x52.png 65w, https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/06\/fig16-e1663575410552-225x179.png 225w, https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-content\/uploads\/sites\/16\/2022\/06\/fig16-e1663575410552-350x278.png 350w\" sizes=\"(max-width: 1263px) 100vw, 1263px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-117\" class=\"wp-caption-text\">Figure 16\u00a0: Arbre d\u00e9cisionnel illustrant le processus diagnostique d&rsquo;un trouble du langage oral (d&rsquo;apr\u00e8s Bishop et al., 2017).<\/figcaption><\/figure>\n<p>Aujourd\u2019hui, aucun scientifique ne tient plus de discours liant de mani\u00e8re causale bilinguisme et troubles du langage et de la communication. Cette id\u00e9e, en r\u00e9alit\u00e9 assez ancienne, fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 \u00ab l\u2019hypoth\u00e8se de capacit\u00e9 limit\u00e9e \u00bb<a class=\"footnote\" title=\"limited capacity hypothesis.\" id=\"return-footnote-205-5\" href=\"#footnote-205-5\" aria-label=\"Footnote 5\"><sup class=\"footnote\">[5]<\/sup><\/a> notamment soutenue par Macnamara (1966). Il propose, de mani\u00e8re tr\u00e8s imag\u00e9e, de comparer l\u2019acquisition du langage de l\u2019enfant bilingue \u00e0 une balance <em>vintage<\/em> dont chacun des deux plateaux repr\u00e9senterait une langue. Selon son raisonnement, plus la comp\u00e9tence d\u2019un enfant augmente dans une langue et plus la comp\u00e9tence dans l\u2019autre langue diminue, \u00e0 la mani\u00e8re des vieilles balances sauf que dans l\u2019exemple de Macnamara, aucun point d\u2019\u00e9quilibre n\u2019est envisag\u00e9. Les recherches actuelles mettent plut\u00f4t en \u00e9vidence que l\u2019enfant poss\u00e8de les ressources biologiques et neuronales n\u00e9cessaires pour apprendre deux langues simultan\u00e9ment sans que celles-ci ne soient mises en concurrence. De la m\u00e9taphore de la balance de Macnamara, on passe donc \u00e0 celle de l\u2019ordinateur de Paradis et collaborateurs (2021), ordinateur dont les capacit\u00e9s de traitement sont \u00e0 ce point flexibles et puissantes qu\u2019elles permettent d\u2019effectuer diff\u00e9rentes op\u00e9rations simultan\u00e9ment. Par ailleurs, comme le soulignent Berken et collaborateurs (2017), les tout jeunes enfants (\u00e2g\u00e9s entre z\u00e9ro et cinq ans), non seulement apprennent le langage simplement par l\u2019exposition et l\u2019interaction avec des interlocuteurs linguistiquement plus aguerris, mais la plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale dont ils b\u00e9n\u00e9ficient encore \u00e0 cet \u00e2ge les placent dans des conditions neurocognitives optimales pour l\u2019apprentissage du langage.<\/p>\n<p>Une question se pose alors\u00a0: pourquoi l\u2019id\u00e9e qu\u2019apprendre deux langues simultan\u00e9ment encombre le cerveau de l\u2019enfant reste-t-elle si r\u00e9pandue dans le grand public\u00a0? Une des r\u00e9ponses les plus probables r\u00e9side sans doute dans le r\u00e9flexe que nous avons (parents, enseignants, professionnels et m\u00eame parfois scientifiques) \u00e0 comparer le d\u00e9veloppement langagier de l\u2019enfant bilingue simultan\u00e9 \u00e0 celui d\u2019un enfant monolingue. Or, comme nous l\u2019avons vu tout au long de ce chapitre, comparaison n\u2019est pas raison. En effet, comparer le d\u00e9veloppement bilingue et le d\u00e9veloppement monolingue conduit in\u00e9vitablement \u00e0 mettre en \u00e9vidence des diff\u00e9rences qui, si on ne les replace pas dans leur contexte, peuvent facilement \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9es comme des d\u00e9ficits. Si les trajectoires et les \u00e9tapes d\u00e9veloppementales sont, comme nous l\u2019avons vu, globalement identiques, des diff\u00e9rences qualitatives ou de calendrier d\u00e9veloppemental ne sont pas rares. Le d\u00e9veloppement langagier des enfants bilingues doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 celui d\u2019autres enfants bilingues confront\u00e9s au m\u00eame type d\u2019\u00e9ducation plut\u00f4t qu\u2019en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 celui d\u2019un enfant monolingue.<\/p>\n<div>\n<h5>Question 19\u00a0: un trouble du langage et de la communication est-il une contre-indication \u00e0 une \u00e9ducation bilingue ?<\/h5>\n<\/div>\n<p>Les \u00e9tudes sur le TDL dans le cadre du bilinguisme, bien que peu nombreuses, indiquent majoritairement une absence de lien entre trouble du langage et bilinguisme. Les \u00e9tudes de \u00a0Paradis et collaborateurs (cf. notamment 2003,\u00a02010,\u00a02013) font r\u00e9f\u00e9rence en la mati\u00e8re. Men\u00e9es dans la r\u00e9gion de Montr\u00e9al, elles portent sur des enfants \u00e9lev\u00e9s dans un contexte bilingue &lsquo;fran\u00e7ais-anglais&rsquo;\u00a0; deux langues largement parl\u00e9es et valoris\u00e9es dans la communaut\u00e9 de vie. On se trouve donc objectivement dans une situation de bilinguisme additif (voir Chapitre 1). Ces \u00e9tudes portent principalement sur la morphosyntaxe et plus particuli\u00e8rement sur les marqueurs cliniques du TDL dans chacune des langues, c\u2019est-\u00e0-dire sur les structures morphosyntaxiques particuli\u00e8rement difficiles \u00e0 acqu\u00e9rir pour les enfants TDL (par exemple\u00a0: les flexions temporelles verbales) et pour lesquelles le retard d\u2019acquisition est plus marqu\u00e9 que pour d\u2019autres structures morphosyntaxiques. Dans un article de revue de la litt\u00e9rature publi\u00e9 sur le sujet, Paradis et collaborateurs (2021) r\u00e9sument les principales observations faites\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>les enfants TDL bilingues ont le m\u00eame niveau langagier dans chacune des langues que des enfants TDL monolingues natifs de ces langues\u00a0;<\/li>\n<li>le profil langagier des enfants TDL bilingues et monolingues est identique\u00a0; leurs performances dans les diff\u00e9rentes langues \u00e9tant largement inf\u00e9rieures pour les marqueurs cliniques du TDL que pour les autres structures morphosyntaxiques\u00a0;<\/li>\n<li>les difficult\u00e9s rencontr\u00e9es par les enfants TDL bilingues sont sp\u00e9cifiques \u00e0 la langue. En d\u2019autres termes, les marqueurs cliniques du TDL ne se transf\u00e8rent pas d\u2019une langue \u00e0 l\u2019autre.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Guti\u00e9rrez-Clellen et Simon-Cereijido (2007, 2010) font les m\u00eames constats avec des enfants TDL bilingues &lsquo;espagnol-anglais&rsquo;. Ces \u00e9tudes sugg\u00e8rent que les enfants TDL bilingues ne pr\u00e9sentent pas de d\u00e9ficits plus importants que leurs pairs monolingues, mais au contraire qu\u2019ils pr\u00e9sentent le m\u00eame profil et la m\u00eame ampleur de d\u00e9ficit langagier. Paradis et collaborateurs (2003) sugg\u00e8rent m\u00eame que le TDL ne constitue pas un obstacle \u00e0 l\u2019apprentissage de deux langues.<\/p>\n<p>Plus r\u00e9cemment, Erdos et collaborateurs (2014) partant du principe que le bilinguisme ne constitue pas une cause de TDL se sont interrog\u00e9s sur ce qui constituait un risque de TDL chez les enfants bilingues et sur les facteurs qui permettaient de d\u00e9pister pr\u00e9cocement les enfants \u00e0 risque. Quatre-vingt-six enfants de langue maternelle anglaise de la r\u00e9gion de Montr\u00e9al ont particip\u00e9 \u00e0 cette \u00e9tude. Une partie des enfants \u00e9tait monolingue anglophone, l\u2019autre bilingue &lsquo;anglais-fran\u00e7ais&rsquo; (l\u2019anglais \u00e9tant la langue parl\u00e9e \u00e0 la maison). Entre le d\u00e9but de la derni\u00e8re ann\u00e9e de maternelle et la fin de la premi\u00e8re ann\u00e9e de scolarit\u00e9 primaire, les enfants ont \u00e9t\u00e9 soumis \u00e0 une s\u00e9rie d\u2019\u00e9preuves langagi\u00e8res \u00e9valuant l\u2019\u00e9tendue du vocabulaire r\u00e9ceptif dans les deux langues et les comp\u00e9tences grammaticales en anglais. Sans entrer dans les d\u00e9tails m\u00e9thodologiques de l\u2019\u00e9tude, les r\u00e9sultats montrent clairement que la pr\u00e9sence de difficult\u00e9s langagi\u00e8res persistantes en L<sub>1<\/sub> est un excellent pr\u00e9dicteur de difficult\u00e9s en L<sub>2<\/sub>. En d\u2019autres termes, les enfants diagnostiqu\u00e9s \u00ab\u00a0\u00e0 risque\u00a0\u00bb dans leur langue maternelle le sont \u00e9galement dans leur L<sub>2<\/sub>.<\/p>\n<div>\n<h5>Question 20\u00a0: supprimer une langue\u2026 la bonne strat\u00e9gie ?<\/h5>\n<\/div>\n<p>Pour les parents, les th\u00e9rapeutes du langage ou encore les enseignants, une question cruciale se pose lorsque l\u2019enfant bilingue pr\u00e9sente un trouble du langage oral\u00a0: Faut-il sacrifier une langue\u00a0? Et, dans l\u2019affirmative, cette d\u00e9marche aura-t-elle un impact positif sur le d\u00e9veloppement du langage de l\u2019enfant\u00a0? Cette d\u00e9cision est d\u2019autant plus difficile \u00e0 prendre qu\u2019elle aura, selon la langue sacrifi\u00e9e, un impact sur la dynamique et les \u00e9changes familiaux.<\/p>\n<p>Dans beaucoup de cas de bilinguisme familial o\u00f9 la langue parl\u00e9e \u00e0 la maison (minoritaire) n\u2019est pas la langue de la communaut\u00e9 (dominante), les professionnels du langage ou les enseignants, m\u00eame s\u2019ils acceptent et admettent le fait que le bilinguisme n\u2019est pas une cause av\u00e9r\u00e9e de trouble du langage oral, conseillent aux parents d\u2019abandonner la langue familiale \u00e0 la maison au profit de la langue dominante. Ce conseil qui se veut pragmatique (\u00ab on va tout miser sur la langue parl\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9cole \u00bb) trouve son origine dans l\u2019id\u00e9e tr\u00e8s r\u00e9pandue que le bilinguisme provoque chez les enfants en difficult\u00e9 une surcharge cognitive et langagi\u00e8re qui accentue leurs difficult\u00e9s. Comme nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 vu quand nous avons abord\u00e9 la question de la surcharge cognitive potentielle chez un enfant bilingue tout-venant (c\u2019est-\u00e0-dire sans trouble du langage), le jeune enfant poss\u00e8de les ressources biologiques et neuronales n\u00e9cessaires pour apprendre deux langues simultan\u00e9ment sans que celles-ci ne doivent \u00eatre mises en concurrence. Mais qu\u2019en est-il de l\u2019enfant avec un trouble du langage ? La question se pose l\u00e9gitimement. Elle nous renvoie \u00e0 une question tout aussi d\u00e9battue que celle de \u00ab l\u2019hypoth\u00e8se de capacit\u00e9 limit\u00e9e \u00bb, \u00e0 savoir \u00ab l\u2019hypoth\u00e8se des effets cumulatifs (CEH) \u00bb<a class=\"footnote\" title=\"Cumulative effects hypothesis ou CEH.\" id=\"return-footnote-205-6\" href=\"#footnote-205-6\" aria-label=\"Footnote 6\"><sup class=\"footnote\">[6]<\/sup><\/a> (on verra Paradis, 2010 pour une revue compl\u00e8te de la litt\u00e9rature \u00e0 ce sujet). Outre l\u2019id\u00e9e selon laquelle, l\u2019apprentissage simultan\u00e9 de deux langues est propice \u00e0 l\u2019encombrement cognitif, la CEH pr\u00e9dit que les enfants bilingues pr\u00e9sentant un trouble du langage oral et\/ou de la communication vont \u00eatre doublement d\u00e9savantag\u00e9s par rapport \u00e0 leurs pairs monolingues qui, eux, ne doivent g\u00e9rer qu\u2019une seule langue. Par ailleurs, comme nous l\u2019avons \u00e9voqu\u00e9 dans la d\u00e9finition des concepts ci-dessus, les enfants avec un TDL, outre des troubles du langage oral, peuvent \u00e9galement pr\u00e9senter des d\u00e9ficits perceptuels et cognitifs (d\u00e9ficit mn\u00e9sique, attentionnel, etc.) qui, selon les pr\u00e9dictions de la CEH, vont davantage entraver le traitement des stimulations langagi\u00e8res et la construction de repr\u00e9sentations linguistiques chez l\u2019enfant bilingue TDL que chez l\u2019enfant monolingue TDL. Il y a peu de donn\u00e9es empiriques en faveur de cette hypoth\u00e8se (Paradis <em>et al.<\/em>, 2021). Comme nous l\u2019avons bri\u00e8vement expos\u00e9 dans la section pr\u00e9c\u00e9dente, les r\u00e9sultats des recherches actuelles tendent plut\u00f4t \u00e0 montrer que les enfants TDL peuvent devenir bilingues sans co\u00fbt additionnel et que le bilinguisme n\u2019aggrave ni les d\u00e9ficits langagiers ni les difficult\u00e9s perceptuelles et cognitives potentiellement associ\u00e9es (on verra notamment Guti\u00e9rrez-Clellen et Simon-Cerijido, 2007, 2010\u00a0; Paradis <em>et<\/em> <em>al.<\/em>, 2013\u00a0; Erdos <em>et al.<\/em>, 2014).<\/p>\n<p>Revenant \u00e0 notre question de d\u00e9part de savoir s\u2019il est opportun ou non de supprimer une langue de l\u2019environnement de l\u2019enfant, que r\u00e9pondre\u00a0? Comme le soulignent Paradis et collaborateurs (2021), cette d\u00e9cision assez radicale a un caract\u00e8re irr\u00e9vocable sous-jacent et peut avoir un co\u00fbt \u00e9motionnel, familial, ethnique ou encore scolaire important pour l\u2019enfant. On comprendra ais\u00e9ment que, dans le cas d\u2019une famille dont la langue de communication n\u2019est pas celle de la communaut\u00e9 (typiquement le cas d\u2019une famille migrante), abandonner la langue d\u2019origine ne soit pas toujours possible et que si ce l\u2019est, cela perturbe une dynamique familiale bas\u00e9e sur la transmission d\u2019une langue et d\u2019une culture d\u2019origine. Cette d\u00e9cision ne doit donc pas \u00eatre prise \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re. Elle doit \u00eatre r\u00e9fl\u00e9chie et argument\u00e9e, mais en aucun cas elle ne doit constituer le \u00ab\u00a0ma\u00eetre choix \u00e9ducatif\u00a0\u00bb. Comme on l\u2019aura compris, la d\u00e9cision n\u2019est pas simple et doit \u00eatre prise au cas par cas.<\/p>\n<p><em>Cas 1\u00a0:\u00a0L<sub>1<\/sub> est une langue minoritaire<\/em><\/p>\n<p>Dans ce cas particulier, on se trouve dans une situation commun\u00e9ment appel\u00e9e \u00ab\u00a0bilinguisme non-\u00e9lectif\u00a0\u00bb (par opposition au bilinguisme \u00e9lectif que nous d\u00e9crirons dans le point suivant). Autrement dit, l\u2019enfant est expos\u00e9 \u00e0 une L<sub>2<\/sub> non pas par choix \u00e9ducatif des parents, mais par une n\u00e9cessit\u00e9 impos\u00e9e par les circonstances de vie (par exemple\u00a0: dans le cas d\u2019enfants issus de l\u2019immigration parlant une langue familiale minoritaire \u00e0 la maison, mais dont toutes les autres activit\u00e9s se d\u00e9roulent dans la langue dominante de la soci\u00e9t\u00e9). Dans ce cas particulier, il est tr\u00e8s fr\u00e9quent de recommander aux parents d\u2019\u00e9viter autant que possible d\u2019utiliser la langue minoritaire \u00e0 la maison pour se concentrer sur la langue dominante. Paradis et collaborateurs (2021) attirent l\u2019attention sur le danger de cette pratique pour le d\u00e9veloppement de la langue minoritaire. Ils justifient le <strong>maintien de L<sub>1<\/sub><\/strong>, m\u00eame dans les cas de troubles du langage et de la communication, par la n\u00e9cessit\u00e9 pour l\u2019enfant de garder un lien avec la langue d\u2019origine par laquelle passent la majorit\u00e9 des interactions familiales propices au bien-\u00eatre socio-\u00e9motionnel de l\u2019enfant. Par ailleurs, certains parents ne sont pas suffisamment comp\u00e9tents en L<sub>2<\/sub> pour continuer \u00e0 assurer dans cette langue une relation sociale ainsi qu\u2019un contact riche et de qualit\u00e9. Enfin, demander \u00e0 une famille d\u2019imposer un \u00ab\u00a0monolinguisme individuel\u00a0\u00bb (c\u2019est-\u00e0-dire centr\u00e9 sur un seul de ses membres) est relativement stigmatisant, et de nature \u00e0 accentuer le sentiment de particularit\u00e9, de difficult\u00e9 ou de diff\u00e9rence de l\u2019enfant.<\/p>\n<p><em>Cas 2\u00a0:\u00a0L<sub>1<\/sub> est une langue majoritaire<\/em><\/p>\n<p>Le cas d\u2019enfants dont L<sub>1<\/sub> est la langue majoritaire de la communaut\u00e9, ce qui est typiquement le cas en Belgique francophone des enfants fr\u00e9quentant un enseignement par immersion, fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ce qu\u2019on appelle le bilinguisme \u00e9lectif caract\u00e9ristique de situations o\u00f9 les parents posent le choix d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 de scolariser leur enfant dans une langue minoritaire<a class=\"footnote\" title=\"Nous soulignons le fait que, dans ce cas, L2 est une langue minoritaire dans la communaut\u00e9 par le fait qu\u2019elle n\u2019est pas pratiqu\u00e9e de mani\u00e8re r\u00e9guli\u00e8re par la communaut\u00e9. Ce qui fait la diff\u00e9rence avec le bilinguisme non-\u00e9lectif pr\u00e9sent\u00e9 ci-dessus, c\u2019est que dans le cas d\u2019un bilinguisme \u00e9lectif, la langue de scolarisation (L2) est d\u2019embl\u00e9e une langue consid\u00e9r\u00e9e comme prestigieuse et utile par les parents et la communaut\u00e9 \u00e0 laquelle ils appartiennent.\" id=\"return-footnote-205-7\" href=\"#footnote-205-7\" aria-label=\"Footnote 7\"><sup class=\"footnote\">[7]<\/sup><\/a>. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, dans ce type de cas, les parents et les professionnels envisagent rarement de supprimer L<sub>2<\/sub> de l\u2019environnement de l\u2019enfant (Marinova-Todd <em>et al.<\/em>, 2016\u00a0;\u00a0 de\u00a0Valenzuela <em>et al.<\/em>, 2016). Cette situation contraste bien \u00e9videmment avec celle d\u00e9crite dans le point pr\u00e9c\u00e9dent o\u00f9 la suppression\u2026 de L<sub>1<\/sub> est quasiment toujours envisag\u00e9e par les professionnels comme si une hi\u00e9rarchie \u00e9tait implicitement faite entre ces deux situations et les langues concern\u00e9es. Pourtant, Paradis et collaborateurs (2021) appellent \u00e0 une r\u00e9flexion circonstanci\u00e9e et un examen individuel de chaque cas avant toute recommandation. Non pas que les enfants pr\u00e9sentant un trouble du langage et de la communication fr\u00e9quentant une classe immersive sont plus ou moins aptes que leurs homologues natifs d\u2019une langue minoritaire \u00e0 g\u00e9rer deux langues, mais plut\u00f4t que la n\u00e9cessit\u00e9 de maintenir un bilinguisme est sans doute moins cruciale. Ils engagent donc les parents \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 leurs motivations en se posant une s\u00e9rie de questions leur permettant, en collaboration avec les professionnels, de prendre la meilleure d\u00e9cision. Questions qu\u2019on pourrait, d\u2019ailleurs, se poser dans tout cas d\u2019\u00e9ducation bilingue (on verra Paradis <em>et al.<\/em>, 2016 p.\u00a0315-316)\u00a0:<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div class=\"textbox\">\n<ol>\n<li>Dans quelle mesure devenir bilingue par le biais de l\u2019immersion est-il essentiel sur un plan personnel pour votre enfant\u00a0?\n<ul>\n<li>Est-ce pertinent pour acqu\u00e9rir une langue d\u2019origine\u00a0?<\/li>\n<li>Est-ce pertinent pour communiquer avec la famille proche et\/ou \u00e9largie ?<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li>Dans quelle mesure devenir bilingue au sein d\u2019une large communaut\u00e9 est-il essentiel pour votre enfant\u00a0?\n<ul>\n<li>Le bilinguisme est-il requis au sein de la communaut\u00e9 d\u2019un point de vue social, \u00e9ducationnel ou au niveau d\u2019un emploi futur\u00a0?<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li>La fratrie de l\u2019enfant fr\u00e9quente-t-elle un enseignement immersif\u00a0?\n<ul>\n<li>Quelles sont les cons\u00e9quences logistiques si l\u2019enfant ne fr\u00e9quente pas cette \u00e9cole en particulier ou ce programme\u00a0?<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li>Dans le cas o\u00f9 l\u2019enfant fr\u00e9quente effectivement un enseignement immersif est-il positif, enthousiaste et motiv\u00e9 par l\u2019apprentissage d\u2019une L<sub>2 <\/sub>?\n<ul>\n<li>Se sent-il \u00e0 l\u2019aise dans l\u2019enseignement immersif\u00a0?<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li>Quel investissement en temps, notamment, les parents peuvent-ils consacrer au soutien de leur enfant ?\n<ul>\n<li>Du temps suppl\u00e9mentaire peut-il \u00eatre d\u00e9gag\u00e9 pour des prises en charge sp\u00e9cifiques (notamment logop\u00e9diques)\u00a0?<\/li>\n<li>Les parents ont-ils une certaine comp\u00e9tence dans la langue d\u2019enseignement\u00a0?<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li>L\u2019enfant peut-il b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une aide ou d\u2019un soutien sp\u00e9cialis\u00e9 au sein de l\u2019\u00e9cole afin de l\u2019aider \u00e0 surmonter ses difficult\u00e9s\u00a0?\n<ul>\n<li>Les aides sont-elles uniquement destin\u00e9es au soutien de L<sub>1<\/sub> ou sp\u00e9cifiques au programme immersif\u00a0?<\/li>\n<li>Les enseignants du programme immersif sont-ils inform\u00e9s, compr\u00e9hensifs et soutenants face au probl\u00e8me de l\u2019enfant ?<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li>Quel est le degr\u00e9 de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 des troubles du langage et de la communication de l\u2019enfant ?<\/li>\n<li>Pr\u00e9sente-t-il des troubles associ\u00e9s (par exemple\u00a0: trouble de l\u2019attention et de l\u2019hyperactivit\u00e9) ?<\/li>\n<\/ol>\n<\/div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Les r\u00e9ponses \u00e0 toutes ces questions et les r\u00e9flexions qu\u2019elles suscitent permettent de prendre des d\u00e9cisions motiv\u00e9es au cas par cas et d\u2019envisager l\u2019ampleur et la nature de l\u2019aide \u00e0 apporter \u00e0 l\u2019enfant.<\/p>\n<h2>Que conclure ?<\/h2>\n<p>La pr\u00e9sence d\u2019un trouble du langage et de la communication chez un enfant ne repr\u00e9sente pas un obstacle \u00e0 une \u00e9ducation bilingue. La confrontation de l\u2019enfant \u00e0 deux langues ne repr\u00e9sente ni une surcharge cognitive ni un facteur d\u2019aggravation des sympt\u00f4mes linguistiques et non linguistiques.<\/p>\n<p>Le bilinguisme ne modifie pas le profil langagier g\u00e9n\u00e9ralement observ\u00e9 dans le cadre d\u2019un trouble du langage et de la communication. Les forces et les faiblesses sont identiques chez les enfants monolingues et bilingues. D\u2019ailleurs, il est g\u00e9n\u00e9ralement admis que les enfants bilingues pr\u00e9sentant des troubles du langage oral ont des difficult\u00e9s dans les deux langues. La pr\u00e9sence d\u2019un trouble d\u00e9veloppemental du langage en L<sub>1<\/sub> est souvent un bon pr\u00e9dicteur d\u2019un risque similaire en L<sub>2<\/sub>.\u00a0 Cependant, dans la mesure du possible, il est toujours souhaitable que l\u2019\u00e9valuation des difficult\u00e9s langagi\u00e8res puisse se faire dans les deux langues, et ce afin de pouvoir d\u00e9terminer avec certitude qu\u2019elles sont symptomatiques d\u2019un trouble du langage sous-jacent et non le r\u00e9sultat d\u2019un abandon de L<sub>1<\/sub> (principalement dans le cas d\u2019un bilinguisme soustractif, cf. Chapitre\u00a01) ou d\u2019une acquisition incompl\u00e8te de L<sub>2<\/sub>.<\/p>\n<p>La question qui se pose ici n&rsquo;est donc pas celle de la comp\u00e9tence de l&rsquo;enfant, mais bien celle de la capacit\u00e9 de notre syst\u00e8me \u00e9ducatif et de notre soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 mettre en place les soutiens n\u00e9cessaires pour permettre aux enfants en difficult\u00e9 d&rsquo;\u00e9voluer dans un milieu naturellement bilingue.<\/p>\n<h1>Bilinguisme pr\u00e9coce et b\u00e9gaiement<\/h1>\n<p>Un autre mythe tenace en mati\u00e8re de trouble du langage oral et de bilinguisme est celui de la propension du bilingue \u00e0 b\u00e9gayer plus souvent que le monolingue\u00a0; la justification \u00e9tant, dans l&rsquo;imaginaire commun, que la pratique de deux langues serait potentiellement g\u00e9n\u00e9ratrice d&rsquo;un stress qui favoriserait l&rsquo;apparition du b\u00e9gaiement.<\/p>\n<h2>D\u00e9finir les concepts<\/h2>\n<p>Le b\u00e9gaiement est un trouble du rythme et de la fluence de la parole. Il appara\u00eet g\u00e9n\u00e9ralement entre deux et quatre ans (Yairi &amp; Ambrose, 2005, 2013). Dans la majorit\u00e9 des cas, il est temporaire et caract\u00e9ristique d\u2019une phase de d\u00e9veloppement du langage oral au cours de laquelle l\u2019enfant cherche ses mots, h\u00e9site ou encore achoppe sur certains d\u2019entre eux.<\/p>\n<p>On\u00a0 rel\u00e8ve plusieurs types de b\u00e9gaiements caract\u00e9ris\u00e9s par des sympt\u00f4mes diff\u00e9rents (Van Borsel, 1999)\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>le b\u00e9gaiement tonique qui se manifeste par une impossibilit\u00e9 d\u2019\u00e9mettre certaines syllabes d\u2019un mot (la premi\u00e8re en g\u00e9n\u00e9ral), une forte tension musculaire au niveau des organes de la phonation ainsi que par une forte expulsion d\u2019air afin de terminer le mot probl\u00e9matique (par exemple\u00a0: p&#8212;&#8211;orte)\u00a0;<\/li>\n<li>le b\u00e9gaiement clonique qui se manifeste par une r\u00e9p\u00e9tition de sons (par exemple\u00a0: p-p-porte), de mots (par exemple\u00a0: je-je-je veux jouer) ou de groupes de mots\u00a0;<\/li>\n<li>le b\u00e9gaiement tonico-clonique qui se manifeste \u00e0 la fois par des blocages et des r\u00e9p\u00e9titions incontr\u00f4lables.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Le b\u00e9gaiement peut \u00e9galement se manifester dans la production de phrases par l\u2019ajout d\u2019interjections (par exemple\u00a0: bin, heu, je veux heu courir vite).<\/p>\n<p>Le b\u00e9gaiement est un trouble plurifactoriel (Reilly <em>et al.<\/em>, 2013), d\u00e8s lors tout comme on parle de bilinguisme<strong>s<\/strong>, on parlera plut\u00f4t de b\u00e9gaiement<strong>s<\/strong>. Ses manifestations sont diverses et sa r\u00e9alit\u00e9 complexe. Rapidement et sans nous \u00e9tendre sur cette question qui n\u2019est pas notre propos, nous soulignerons les origines neurologiques et g\u00e9n\u00e9tiques probables du b\u00e9gaiement. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, le cerveau des personnes b\u00e8gues pr\u00e9sente des anomalies structurelles et fonctionnelles se manifestant notamment par une activit\u00e9 anormalement \u00e9lev\u00e9e de l\u2019h\u00e9misph\u00e8re c\u00e9r\u00e9bral droit lors de la production de la parole b\u00e8gue (Pi\u00e9rart, 2013).<\/p>\n<h2>D\u00e9gager le vrai du faux<\/h2>\n<p>L&rsquo;id\u00e9e re\u00e7ue et persistante selon laquelle le bilinguisme est source de b\u00e9gaiement trouve sans doute son origine dans l\u2019article d\u2019Edward Travis et collaborateurs (1937), \u00ab\u00a0<em>The relation of bilingualism to stuttering\u00a0: a survey in the East Chicago, Indiana, Schools\u00a0\u00bb<\/em>. Sur un \u00e9chantillon de 4.827 participants \u00e2g\u00e9s de quatre \u00e0 dix-sept ans, Travis y rapportait une pr\u00e9valence de b\u00e9gaiement de 1,8\u00a0% chez les monolingues et de 2,8\u00a0% chez les bilingues. Cette \u00e9tude, bien que tr\u00e8s ancienne, a eu, et a toujours, un impact important sur le lien fait entre bilinguisme et b\u00e9gaiement. Dans un article r\u00e9cent, Gahl (2020) s\u2019emploie \u00e0 analyser la publication de Travis et plus particuli\u00e8rement la qualit\u00e9 de la m\u00e9thodologie utilis\u00e9e. Nous allons bri\u00e8vement r\u00e9sumer les conclusions de Gahl afin que le lecteur puisse se faire une id\u00e9e pr\u00e9cise des raisons qui poussent actuellement les chercheurs et les professionnels du bilinguisme \u00e0 remettre en question les conclusions de Travis\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>les crit\u00e8res de s\u00e9lection des participants (crit\u00e8res d\u2019inclusion et d\u2019exclusion de l\u2019\u00e9tude) n\u2019\u00e9taient pas clairs. Certains participants bilingues ont, par exemple, \u00e9t\u00e9 retir\u00e9s de l\u2019\u00e9chantillon sans qu\u2019aucune raison m\u00e9thodologique ne soit fournie\u00a0;<\/li>\n<li>l\u2019objet de l\u2019\u00e9tude n\u2019\u00e9tait pas uniquement focalis\u00e9 sur le b\u00e9gaiement, mais reprenait \u00e9galement une \u00e9valuation de l\u2019accent \u00e9tranger, des substitutions de phon\u00e8mes, ou encore de la pr\u00e9sence d\u2019un trouble aphasique. Cette diversit\u00e9 d\u2019objets d\u2019\u00e9tude induit une dispersion dans les observations qui ne se centrent donc pas uniquement sur les sympt\u00f4mes du b\u00e9gaiement, mais plut\u00f4t sur une gamme beaucoup plus vaste de sympt\u00f4mes dont certains ne rel\u00e8vent pas du b\u00e9gaiement\u00a0;<\/li>\n<li>le diagnostic pr\u00e9cis des troubles de la parole et du langage \u00e9tudi\u00e9s (dont le b\u00e9gaiement) n\u2019\u00e9tait pas pos\u00e9 par un professionnel de la question\u00a0; ce qui a sans doute conduit \u00e0 des diagnostics erron\u00e9s\u00a0;<\/li>\n<li>les questionnaires portant sur les pratiques linguistiques \u00e0 la maison propos\u00e9s aux participants ne contenaient aucune question sur, d\u2019une part, l\u2019\u00e2ge d\u2019introduction d\u2019une L<sub>B<\/sub> dans l\u2019environnement de la personne et, d\u2019autre part, sur le temps d\u2019exposition quotidien \u00e0 chacune des langues.<\/li>\n<\/ul>\n<p>D\u00e8s lors, avancer sur ces bases, comme le font Travis et collaborateurs, que le bilinguisme pr\u00e9coce est un facteur de risque non n\u00e9gligeable de b\u00e9gaiement est sans aucun doute tr\u00e8s abusif. Par ailleurs, les pourcentages avanc\u00e9s (2,8\u00a0% de bilingues b\u00e8gues contre 1,8\u00a0% de monolingues) seraient-ils m\u00eame corrects, ce qui est remis en cause par une s\u00e9rie \u00a0d\u2019auteurs (Gahl, 2010, mais \u00e9galement, Bijleveld &amp; Estienne, 2014\u00a0; Szmalec, 2013 ou encore Bloodstein &amp; Bernstein-Ratner, 2008), ils occultent les 97,2\u00a0% d\u2019enfants bilingues de l\u2019\u00e9tude qui eux\u2026 ne sont pas b\u00e8gues !<\/p>\n<p>On pourrait donc penser que l\u2019\u00e9tude de Travis et collaborateurs \u00e9tant ancienne et scientifiquement discutable, d\u2019autres \u00e9tudes m\u00e9thodologiquement plus robustes ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9es confirmant ou infirmant les r\u00e9sultats et les conclusions de Travis. On sera surpris de constater qu\u2019il n\u2019en est rien et que les \u00e9tudes sur le b\u00e9gaiement dans le cadre d\u2019une \u00e9ducation bilingue sont peu nombreuses dans la litt\u00e9rature scientifique. Choo et Smith (2020) ont fait l\u2019exercice de r\u00e9pertorier les recherches pertinentes publi\u00e9es en la mati\u00e8re dans des revues scientifiques depuis l\u2019article <em>princeps<\/em> de Travis et collaborateurs. Au terme d\u2019une recherche \u00e0 partir de mots cl\u00e9s dans les bases de donn\u00e9es bibliographiques classiques<a class=\"footnote\" title=\"PubMed, PubMed Central, Medline, Scopus, Science Direct, Google Scholar et ERIC.\" id=\"return-footnote-205-8\" href=\"#footnote-205-8\" aria-label=\"Footnote 8\"><sup class=\"footnote\">[8]<\/sup><\/a>, \u00e9taient \u00e9ligibles\u00a0: (1) les articles empiriques (2) revus par les pairs portant (3) sur les enfants b\u00e8gues et (4) les personnes b\u00e8gues bilingues. \u00c9taient exclus du recensement\u00a0: les articles (1) non \u00e9crits en langue anglaise, (2) portant sur des adultes uniquement et (3) sur des personnes monolingues uniquement. Au total, seulement 50 articles r\u00e9pondaient \u00e0 l\u2019ensemble des crit\u00e8res.<\/p>\n<p>Choo &amp; Smith (2020) ont analys\u00e9 en profondeur ces publications et en ont d\u00e9gag\u00e9 les constats principaux\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>la d\u00e9finition du bilinguisme est variable d\u2019une \u00e9tude \u00e0 l\u2019autre (selon l\u2019\u00e2ge d\u2019exposition, le nombre d\u2019ann\u00e9es d\u2019exposition ou encore le type d\u2019\u00e9ducation bilingue). Ce point renvoie au Chapitre 1 de cet ouvrage soulignant l\u2019absence de d\u00e9finition unique du bilinguisme. Mais au-del\u00e0 d\u2019un aspect purement terminologique, cette disparit\u00e9 dans les d\u00e9finitions r\u00e9v\u00e8le \u00e9galement la disparit\u00e9 dans les crit\u00e8res de recrutement d\u2019une \u00e9tude \u00e0 l\u2019autre rendant les comparaisons difficiles\u00a0;<\/li>\n<li>la variabilit\u00e9 de la pr\u00e9valence du b\u00e9gaiement chez les bilingues d\u2019une \u00e9tude \u00e0 l\u2019autre et du rapport entre le b\u00e9gaiement monolingue et le b\u00e9gaiement bilingue. On notera, par exemple, que Travis et collaborateurs (1937) avancent une pr\u00e9valence de b\u00e9gaiement 1,3 \u00e0 3,1 fois sup\u00e9rieure chez les bilingues que chez les monolingues alors que McLeod et collaborateurs (2014) rapportent une pr\u00e9valence identique dans les deux groupes (soit entre 4,7\u00a0% et 4,9\u00a0%)\u00a0;<\/li>\n<li>comme chez les enfants monolingues, le b\u00e9gaiement appara\u00eet entre trois et cinq ans\u00a0; vers 4,3 ans en moyenne pour Lincoln et collaborateurs (1996) voire un peu plus tard que chez les monolingues vers 4,10 ans pour Howell et collaborateurs (2009). Par ailleurs, chez les bilingues comme chez les monolingues, le trouble est plus fr\u00e9quent chez les gar\u00e7ons que chez les filles\u00a0;<\/li>\n<li>la majorit\u00e9 des enfants bilingues b\u00e8gues (entre 70 et 90\u00a0% selon les \u00e9tudes) ont une histoire familiale de b\u00e9gaiement\u00a0;<\/li>\n<li>m\u00eame s\u2019il arrive qu\u2019un enfant bilingue b\u00e8gue ne b\u00e9gaie que dans une langue, les r\u00e9sultats des \u00e9tudes recens\u00e9es par Choo et Smith (2020) mettent en \u00e9vidence que, dans la majorit\u00e9 des cas, les enfants b\u00e9gaient dans les deux langues\u00a0;<\/li>\n<li>lorsqu\u2019un enfant bilingue b\u00e9gaie, il ne le fait habituellement pas de la m\u00eame mani\u00e8re dans les deux langues. Carias et Ingram (2006) rel\u00e8vent davantage d\u2019insertions d\u2019interjections et de prolongations de sons ou de syllabes dans la langue consid\u00e9r\u00e9e comme la plus faible ou la langue non dominante alors que le b\u00e9gaiement dans la langue dominante est caract\u00e9ris\u00e9 par des r\u00e9p\u00e9titions de sons, de mots ou de groupes de mots.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les conclusions des \u00e9tudes recens\u00e9es par Choo et Smith (2020) sont plus partag\u00e9es en ce qui concerne la fr\u00e9quence du b\u00e9gaiement dans chacune des langues en fonction de la dominance ainsi que sur la r\u00e9cup\u00e9ration apr\u00e8s l\u2019\u00e2ge de cinq ans.<\/p>\n<p>Sur le premier point, il semble que le b\u00e9gaiement soit plus fr\u00e9quent dans la langue dominante que dans la langue non dominante. Dans le cas d\u2019un bilinguisme \u00e9quilibr\u00e9, les choses ne sont pas claires, certains auteurs rapportent une fr\u00e9quence de b\u00e9gaiement \u00e9quivalente dans les deux langues, alors que d&rsquo;autres avancent que, dans 94\u00a0% des cas, les bilingues \u00e9quilibr\u00e9s b\u00e9gaient davantage dans une langue que dans l\u2019autre (voir Choo &amp; Smith, 2020 pour une revue \u00e0 ce sujet).<\/p>\n<p>Au niveau de la persistance du b\u00e9gaiement au-del\u00e0 de l\u2019enfance ou de la potentielle r\u00e9cup\u00e9ration, les auteurs sont \u00e9galement partag\u00e9s. Howell et collaborateurs (2009) rapportent que seulement 25\u00a0% des enfants bilingues simultan\u00e9s pr\u00e9sentant un b\u00e9gaiement durant l\u2019enfance r\u00e9cup\u00e8rent contre 55\u00a0% d\u2019enfants monolingues et bilingues tardifs confondus. Ces r\u00e9sultats contrastent fortement avec ceux de Mohammadi et collaborateurs (2016) qui rapportent un taux de r\u00e9cup\u00e9ration de 22,7\u00a0% chez les bilingues tardifs (introduction d\u2019une L<sub>2<\/sub> apr\u00e8s six ans dans l\u2019\u00e9tude) et de 25\u00a0% chez les bilingues simultan\u00e9s.\u00a0 Ces variations importantes sont une fois de plus attribu\u00e9es aux particularit\u00e9s m\u00e9thodologiques des \u00e9tudes (on se souviendra des d\u00e9fauts m\u00e9thodologiques mis en \u00e9vidence dans l\u2019\u00e9tude de Travis et collaborateurs qui ont amen\u00e9 Gahl \u00e0 remettre en cause la validit\u00e9 des r\u00e9sultats avanc\u00e9s par ces auteurs). Ainsi, l\u2019\u00e9tude d\u2019Howell et collaborateurs (2009), outre le fait qu\u2019elle est principalement bas\u00e9e sur une enqu\u00eate men\u00e9e via internet, se caract\u00e9rise par une grande h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des participants. Dans une analyse d\u00e9taill\u00e9e de l\u2019article d\u2019Howell et collaborateurs, Bijleveld et Estienne (2014) soulignent que le groupe initial de 794 participants peut \u00eatre subdivis\u00e9 en trois groupes bien distincts\u00a0: (1) des enfants monolingues anglophones, (2) des enfants migrants ayant appris l\u2019anglais L<sub>2<\/sub> vers l\u2019\u00e2ge de 4-5 ans \u00e0 l\u2019\u00e9cole et (3) des enfants ayant appris l\u2019anglais et une autre langue dans leur famille. Outre cette h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 non contr\u00f4l\u00e9e de bilinguismes, l\u2019\u00e2ge des participants varie de la petite enfance \u00e0 80 ans. Il est donc n\u00e9cessaire de remettre ces r\u00e9sultats en perspective et de les relativiser\u00a0; ne serait-ce que parce qu\u2019\u00e0 80 ans on ne se situe plus dans une \u00e9valuation directe du bilinguisme pr\u00e9coce et que le profil langagier des personnes a pu \u00eatre modul\u00e9 par toute une s\u00e9rie de facteurs, autres que le bilinguisme, pouvant expliquer la persistance d\u2019un b\u00e9gaiement.<\/p>\n<h2>Que conclure ?<\/h2>\n<p>Tout d\u2019abord, les \u00e9tudes sur le b\u00e9gaiement dans le cadre du bilinguisme pr\u00e9coce sont peu nombreuses et de qualit\u00e9 m\u00e9thodologique variable. Dans ces conditions, il est difficile de porter des conclusions d\u00e9finitives et d\u2019\u00e9tablir avec certitude un lien causal robuste entre le bilinguisme pr\u00e9coce et le b\u00e9gaiement. Par ailleurs, comme le soulignent Bijleveld et Estienne (2014), ce lien est d\u2019autant plus difficile \u00e0 \u00e9tablir qu\u2019on ne peut \u00eatre s\u00fbr que le b\u00e9gaiement ne se serait pas produit si l\u2019enfant avait \u00e9t\u00e9 monolingue. Cette affirmation peut para\u00eetre triviale, mais si on se r\u00e9f\u00e8re aux causes du b\u00e9gaiement \u00e9voqu\u00e9es pr\u00e9c\u00e9demment dans ce chapitre (cf. origines neurologique et g\u00e9n\u00e9tique), le lecteur admettra qu\u2019elles puissent \u00eatre communes \u00e0 l\u2019enfant monolingue et \u00e0 l\u2019enfant bilingue.<\/p>\n<p>Chaque enfant \u00e9tant par ailleurs unique, qu\u2019il soit bilingue ou monolingue, il est important de recontextualiser par le biais d\u2019une anamn\u00e8se solide l\u2019apparition du b\u00e9gaiement. Celui-ci \u00e9tant multifactoriel, il est n\u00e9cessaire de replacer l\u2019enfant dans un contexte g\u00e9n\u00e9ral avant de poser toute conclusion sur l\u2019origine de son b\u00e9gaiement.<\/p>\n<p>Enfin, comme le soulignent Bijleveld et Estienne (2014)\u00a0: \u00ab\u00a0<em>\u00c9vitons les amalgames. Aucune \u00e9tude scientifique ne permet jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent d\u2019infirmer ou de confirmer une relation de cause \u00e0 effet entre le fait d\u2019apprendre plusieurs langues et de se mettre \u00e0 b\u00e9gayer. Quoiqu\u2019il en soit, le b\u00e9gaiement ne devrait jamais emp\u00eacher un enfant \u00e0 continuer \u00e0 s\u2019exprimer en plusieurs langues. Le b\u00e9gaiement est un trouble de la parole et non de la langue<\/em> \u00bb (p. 210).<\/p>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-205-1\">Le projet CATALISE (Bishop <em>et al.<\/em>, 2016, 2017) a pour objectif de faire \u00e9merger un consensus dans la terminologie r\u00e9f\u00e9rant aux troubles du langage oral. Il est multidisciplinaire et international. Il se base sur les r\u00e9ponses de 59 professionnels anglophones de l\u2019enfance et de la petite enfance \u00e0 un\u00a0 questionnaire relatif \u00e0 la terminologie, aux facteurs de risques, aux causes et aux cons\u00e9quences des troubles du langage. Pour plus de d\u00e9tails sur le projet, on se r\u00e9f\u00e8rera notamment \u00e0 la synth\u00e8se faite par (Maillart, 2018). <a href=\"#return-footnote-205-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-205-2\">Les fonctions ex\u00e9cutives correspondent aux capacit\u00e9s n\u00e9cessaires \u00e0 une personne pour s\u2019adapter \u00e0 une situation nouvelle pour laquelle aucune solution toute faite n\u2019existe dans son r\u00e9pertoire d\u2019actions. L\u2019adaptation \u00e0 une nouvelle situation implique la mobilisation des capacit\u00e9s attentionnelle, d\u2019inhibition des stimulations non pertinentes dans la t\u00e2che en cours (les distracteurs) ou encore la m\u00e9moire. <a href=\"#return-footnote-205-2\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 2\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-205-3\">Le terme \u00ab\u00a0mati\u00e8re grise\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0substance grise\u00a0\u00bb est utilis\u00e9 pour faire r\u00e9f\u00e9rence aux r\u00e9gions du cerveau contenant les corps cellulaires des neurones. Le terme \u00ab\u00a0mati\u00e8re blanche\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0substance blanche\u00a0\u00bb fait lui r\u00e9f\u00e9rence aux r\u00e9gions c\u00e9r\u00e9brales contenant les axones (prolongement des corps cellulaires) en raison de l\u2019allure blanche de la gaine de protection qui les entoure. <a href=\"#return-footnote-205-3\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 3\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-205-4\">\u201c<em>Some children may have language needs in the classroom because their first or home language is not the language used in the classroom, and they have had insufficient exposure to the language of instruction to be fully fluent in English. This should not be regarded as language disorder, unless there is evidence that the child also has difficulties in the home language<\/em>.\u201d <a href=\"#return-footnote-205-4\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 4\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-205-5\">limited capacity hypothesis. <a href=\"#return-footnote-205-5\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 5\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-205-6\">Cumulative effects hypothesis ou CEH. <a href=\"#return-footnote-205-6\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 6\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-205-7\">Nous soulignons le fait que, dans ce cas, L2 est une langue minoritaire dans la communaut\u00e9 par le fait qu\u2019elle n\u2019est pas pratiqu\u00e9e de mani\u00e8re r\u00e9guli\u00e8re par la communaut\u00e9. Ce qui fait la diff\u00e9rence avec le bilinguisme non-\u00e9lectif pr\u00e9sent\u00e9 ci-dessus, c\u2019est que dans le cas d\u2019un bilinguisme \u00e9lectif, la langue de scolarisation (L2) est d\u2019embl\u00e9e une langue consid\u00e9r\u00e9e comme prestigieuse et utile par les parents et la communaut\u00e9 \u00e0 laquelle ils appartiennent. <a href=\"#return-footnote-205-7\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 7\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-205-8\">PubMed, PubMed Central, Medline, Scopus, Science Direct, Google Scholar et ERIC. <a href=\"#return-footnote-205-8\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 8\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":12,"menu_order":6,"template":"","meta":{"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":[],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[],"license":[],"class_list":["post-205","chapter","type-chapter","status-publish","hentry"],"part":168,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/205"}],"collection":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-json\/wp\/v2\/users\/12"}],"version-history":[{"count":120,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/205\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":927,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/205\/revisions\/927"}],"part":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/168"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/205\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=205"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=205"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=205"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/bilinguisme\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=205"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}