{"id":144,"date":"2020-09-01T14:47:02","date_gmt":"2020-09-01T14:47:02","guid":{"rendered":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/?post_type=chapter&#038;p=144"},"modified":"2020-12-01T13:59:14","modified_gmt":"2020-12-01T13:59:14","slug":"15a-le-plateau-nu","status":"publish","type":"chapter","link":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/chapter\/15a-le-plateau-nu\/","title":{"raw":"15a. Le plateau nu","rendered":"15a. Le plateau nu"},"content":{"raw":"<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">Dans l\u2019imaginaire collectif, celui des citadins en particulier, la campagne et la nature sont associ\u00e9es. Sans doute faut-il s\u2019entendre sur les mots. \u00ab&nbsp;Campagne&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;Nature&nbsp;\u00bb sont des concepts pour le moins \u00e9vasifs, ouverts \u00e0 une multitude de sens et d\u2019interpr\u00e9tations. De quelle campagne et de quelle nature parle-t-on\u00a0? Une \u00e9tude \u00e9tymologique, nourrie de r\u00e9f\u00e9rences litt\u00e9raires et philosophiques, donnerait toute l\u2019ampleur, voire la d\u00e9mesure de la question. Plut\u00f4t que de m\u2019aventurer dans ce labyrinthe conceptuel, je m\u2019en vais regarder le long des routes.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">Nous sommes d\u00e9but avril. Par la grand-route, je sors d\u2019un village et vois d\u00e9j\u00e0 le suivant, quelques kilom\u00e8tres plus loin, \u00e0 l\u2019autre bout du plateau. D\u2019un bourg \u00e0 l\u2019autre, mon chemin est rectiligne, l\u00e9g\u00e8rement incurv\u00e9. Entre deux cr\u00eates, colonis\u00e9es par les villages, le plateau forme un creux aplati o\u00f9 s\u2019\u00e9talent les champs. \u00c0 cette saison, ils se r\u00e9sument \u00e0 de grandes \u00e9tendues de terre, uniformes, \u00e0 de belles surfaces monochromes, brun\u00e2tres, gris\u00e2tres, plut\u00f4t beiges, vaguement rousses. C\u2019est du travail soign\u00e9. Sur des kilom\u00e8tres carr\u00e9s, la terre a \u00e9t\u00e9 retourn\u00e9e, labour\u00e9e, m\u00e9ticuleusement peign\u00e9e. En passant en voiture, il est presque impossible de distinguer ces champs les uns des autres, ils se r\u00e9pandent en une seule grande plage d\u2019un horizon \u00e0 l\u2019autre. Il y a bien l\u00e0-bas un silo \u00e0 grain, l\u00e0-bas un hangar et, dispers\u00e9es, quelques \u00e9oliennes. Mais ces \u00e9l\u00e9ments semblent comme perdus, coup\u00e9s les uns des autres, \u00e9parpill\u00e9s.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">Le printemps est bien l\u00e0, ensoleill\u00e9 depuis plusieurs jours. Alors qu\u2019un peu partout les bourgeons explosent, l\u2019herbe pousse, des ficaires, des primev\u00e8res, des corydales fleurissent\u2026 ici il n\u2019y a rien. La terre est nue, r\u00e9solument, offerte aux semences, \u00e0 l\u2019exclusion de toute autre v\u00e9g\u00e9tation. Un petit d\u00e9sert bien travaill\u00e9, en mottes syst\u00e9matiquement retourn\u00e9es. L\u2019impact de la machine est manifeste. Elle a tout aplani, rassembl\u00e9, nettoy\u00e9, trait\u00e9. Toute vie sauve a \u00e9t\u00e9 expuls\u00e9e \u2013 il n\u2019y a pas plus d\u2019oiseaux que de fleurs. Aucune alouette, aucun bruant. Le paysage est parfaitement domestiqu\u00e9, la nature soumise \u00e0 la planification agricole.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">Il ne me viendrait pas \u00e0 l\u2019esprit de stationner ma voiture et de m\u2019en aller me promener dans ces champs. L\u2019odeur r\u00eache et le vent sans retenue m\u2019en dissuadent, de m\u00eame que cette \u00e9tendue nue, en tous sens identique, o\u00f9 je serais livr\u00e9 \u00e0 tout regard. Pas un arbre dont je pourrais me rapprocher, avec qui ma silhouette pourrait dialoguer. Pas une haie que je pourrais longer. Morne plaine.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">L\u2019esprit des champs ? Si la nature, selon la formule d\u2019H\u00e9raclite, aime \u00e0 se cacher[footnote]H\u00c9RACLITE, fragment 123, une belle lecture de cet aphorisme est faite par Pierre HADOT, <i>Le voile d\u2019Isis<\/i>, op. cit., pp. 27-31.[\/footnote], ici elle a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement bien occult\u00e9e. Sans doute, cette agriculture continue \u00e0 puiser dans les ressources de la terre, \u00e0 faire usage des vertus du soleil, de l\u2019air et de l\u2019eau. Les quatre \u00e9l\u00e9ments restent bien pr\u00e9sents, \u00e0 l\u2019\u00e9tat pur, \u00e9l\u00e9mentaire, pour ainsi dire. Difficile toutefois de deviner une mythologie dans ce paysage. \u00ab&nbsp;Ici les dieux sont absents.&nbsp;\u00bb pourrions-nous proclamer, en un autre clin d\u2019\u0153il \u00e0 H\u00e9raclite[footnote]\u00ab&nbsp;Ici aussi les dieux sont pr\u00e9sents.&nbsp;\u00bb Cit\u00e9 par Aristote dans <i>Parties des animaux<\/i> A5, 645 a 17.[\/footnote].<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">L\u2019\u00e9conomie moderne, et les forces de production qui y sont associ\u00e9es, n\u2019a que faire de la mythologie. \u00ab&nbsp;La bourgeoisie capitaliste, disait Marx, a noy\u00e9 les frissons sacr\u00e9s de l\u2019extase religieuse, de l\u2019enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalit\u00e9 \u00e0 quatre sous dans les eaux glac\u00e9es du calcul \u00e9go\u00efste. [\u2026] \u00c0 la place de l\u2019exploitation que masquaient les illusions religieuses et politiques, elle a mis une exploitation ouverte, \u00e9hont\u00e9e, directe, aride.&nbsp;\u00bb[footnote]MARX, Karl et ENGELS, Friedrich, <i>Le manifeste du parti communiste<\/i>, (1847), Union G\u00e9n\u00e9rale d\u2019\u00c9ditions, 10\/18, Paris, 1980, pp. 21-22.[\/footnote] Aride est le mot ! Ce qui vaut pour le prol\u00e9tariat, vaut a fortiori pour les terres, m\u00eame si Marx et ses h\u00e9ritiers ne s\u2019en sont gu\u00e8re souci\u00e9s. Cette vision prosa\u00efque de la campagne, exploitant les ressources naturelles sans \u00e9tat d\u2019\u00e2me, n\u2019est manifestement pas r\u00e9volue.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">Comment parler de l\u2019esprit de ce plateau agricole, qui, \u00e0 l\u2019\u00e9vidence, a \u00e9t\u00e9 expurg\u00e9 de tout imaginaire\u00a0? Comment m\u00eame parler de cette plaine-ci en particulier, qui est tellement identique \u00e0 l\u2019ordinaire des plaines agricoles\u00a0? Tel est sans doute le coup de force du mod\u00e8le \u00e9conomique dominant\u00a0: laisser croire qu\u2019il est d\u00e9pourvu de toute id\u00e9ologie ou de tout imaginaire. Comme si on ne s\u2019y occupait que de la r\u00e9alit\u00e9 elle-m\u00eame. On fait de l\u2019agriculture, un point c\u2019est tout. Escroquerie d\u2019autant plus pernicieuse qu\u2019elle est dupe d\u2019elle-m\u00eame. Y a-t-il une vie humaine sans imaginaire\u00a0? Y a-t-il un lieu qui ne soit habill\u00e9 de sa pr\u00e9sence\u00a0? La nudit\u00e9 de ce plateau agricole dit tout d\u2019un monde o\u00f9 la question de la rentabilit\u00e9 a englouti toutes les autres.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">Cette campagne nous parle moins de la campagne, et encore moins de la nature, que d\u2019un mod\u00e8le \u00e9conomique. \u00ab&nbsp;L\u2019expansion illimit\u00e9e de la production et de la consommation devient la signification imaginaire dominante, et presque exclusive, de la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine.&nbsp;\u00bb[footnote]CASTORIADIS, Cornelius, <i>Le monde morcel\u00e9<\/i>, Seuil, Paris, 1990 p. 169.[\/footnote] Partout o\u00f9 le productivisme et le consum\u00e9risme conservent une place exclusive, l\u2019esprit des campagnes sera malmen\u00e9, sinon absent.<\/p>","rendered":"<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">Dans l\u2019imaginaire collectif, celui des citadins en particulier, la campagne et la nature sont associ\u00e9es. Sans doute faut-il s\u2019entendre sur les mots. \u00ab&nbsp;Campagne&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;Nature&nbsp;\u00bb sont des concepts pour le moins \u00e9vasifs, ouverts \u00e0 une multitude de sens et d\u2019interpr\u00e9tations. De quelle campagne et de quelle nature parle-t-on\u00a0? Une \u00e9tude \u00e9tymologique, nourrie de r\u00e9f\u00e9rences litt\u00e9raires et philosophiques, donnerait toute l\u2019ampleur, voire la d\u00e9mesure de la question. Plut\u00f4t que de m\u2019aventurer dans ce labyrinthe conceptuel, je m\u2019en vais regarder le long des routes.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">Nous sommes d\u00e9but avril. Par la grand-route, je sors d\u2019un village et vois d\u00e9j\u00e0 le suivant, quelques kilom\u00e8tres plus loin, \u00e0 l\u2019autre bout du plateau. D\u2019un bourg \u00e0 l\u2019autre, mon chemin est rectiligne, l\u00e9g\u00e8rement incurv\u00e9. Entre deux cr\u00eates, colonis\u00e9es par les villages, le plateau forme un creux aplati o\u00f9 s\u2019\u00e9talent les champs. \u00c0 cette saison, ils se r\u00e9sument \u00e0 de grandes \u00e9tendues de terre, uniformes, \u00e0 de belles surfaces monochromes, brun\u00e2tres, gris\u00e2tres, plut\u00f4t beiges, vaguement rousses. C\u2019est du travail soign\u00e9. Sur des kilom\u00e8tres carr\u00e9s, la terre a \u00e9t\u00e9 retourn\u00e9e, labour\u00e9e, m\u00e9ticuleusement peign\u00e9e. En passant en voiture, il est presque impossible de distinguer ces champs les uns des autres, ils se r\u00e9pandent en une seule grande plage d\u2019un horizon \u00e0 l\u2019autre. Il y a bien l\u00e0-bas un silo \u00e0 grain, l\u00e0-bas un hangar et, dispers\u00e9es, quelques \u00e9oliennes. Mais ces \u00e9l\u00e9ments semblent comme perdus, coup\u00e9s les uns des autres, \u00e9parpill\u00e9s.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">Le printemps est bien l\u00e0, ensoleill\u00e9 depuis plusieurs jours. Alors qu\u2019un peu partout les bourgeons explosent, l\u2019herbe pousse, des ficaires, des primev\u00e8res, des corydales fleurissent\u2026 ici il n\u2019y a rien. La terre est nue, r\u00e9solument, offerte aux semences, \u00e0 l\u2019exclusion de toute autre v\u00e9g\u00e9tation. Un petit d\u00e9sert bien travaill\u00e9, en mottes syst\u00e9matiquement retourn\u00e9es. L\u2019impact de la machine est manifeste. Elle a tout aplani, rassembl\u00e9, nettoy\u00e9, trait\u00e9. Toute vie sauve a \u00e9t\u00e9 expuls\u00e9e \u2013 il n\u2019y a pas plus d\u2019oiseaux que de fleurs. Aucune alouette, aucun bruant. Le paysage est parfaitement domestiqu\u00e9, la nature soumise \u00e0 la planification agricole.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">Il ne me viendrait pas \u00e0 l\u2019esprit de stationner ma voiture et de m\u2019en aller me promener dans ces champs. L\u2019odeur r\u00eache et le vent sans retenue m\u2019en dissuadent, de m\u00eame que cette \u00e9tendue nue, en tous sens identique, o\u00f9 je serais livr\u00e9 \u00e0 tout regard. Pas un arbre dont je pourrais me rapprocher, avec qui ma silhouette pourrait dialoguer. Pas une haie que je pourrais longer. Morne plaine.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">L\u2019esprit des champs ? Si la nature, selon la formule d\u2019H\u00e9raclite, aime \u00e0 se cacher<a class=\"footnote\" title=\"H\u00c9RACLITE, fragment 123, une belle lecture de cet aphorisme est faite par Pierre HADOT, Le voile d\u2019Isis, op. cit., pp. 27-31.\" id=\"return-footnote-144-1\" href=\"#footnote-144-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a>, ici elle a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement bien occult\u00e9e. Sans doute, cette agriculture continue \u00e0 puiser dans les ressources de la terre, \u00e0 faire usage des vertus du soleil, de l\u2019air et de l\u2019eau. Les quatre \u00e9l\u00e9ments restent bien pr\u00e9sents, \u00e0 l\u2019\u00e9tat pur, \u00e9l\u00e9mentaire, pour ainsi dire. Difficile toutefois de deviner une mythologie dans ce paysage. \u00ab&nbsp;Ici les dieux sont absents.&nbsp;\u00bb pourrions-nous proclamer, en un autre clin d\u2019\u0153il \u00e0 H\u00e9raclite<a class=\"footnote\" title=\"\u00ab\u00a0Ici aussi les dieux sont pr\u00e9sents.\u00a0\u00bb Cit\u00e9 par Aristote dans Parties des animaux A5, 645 a 17.\" id=\"return-footnote-144-2\" href=\"#footnote-144-2\" aria-label=\"Footnote 2\"><sup class=\"footnote\">[2]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">L\u2019\u00e9conomie moderne, et les forces de production qui y sont associ\u00e9es, n\u2019a que faire de la mythologie. \u00ab&nbsp;La bourgeoisie capitaliste, disait Marx, a noy\u00e9 les frissons sacr\u00e9s de l\u2019extase religieuse, de l\u2019enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalit\u00e9 \u00e0 quatre sous dans les eaux glac\u00e9es du calcul \u00e9go\u00efste. [\u2026] \u00c0 la place de l\u2019exploitation que masquaient les illusions religieuses et politiques, elle a mis une exploitation ouverte, \u00e9hont\u00e9e, directe, aride.&nbsp;\u00bb<a class=\"footnote\" title=\"MARX, Karl et ENGELS, Friedrich, Le manifeste du parti communiste, (1847), Union G\u00e9n\u00e9rale d\u2019\u00c9ditions, 10\/18, Paris, 1980, pp. 21-22.\" id=\"return-footnote-144-3\" href=\"#footnote-144-3\" aria-label=\"Footnote 3\"><sup class=\"footnote\">[3]<\/sup><\/a> Aride est le mot ! Ce qui vaut pour le prol\u00e9tariat, vaut a fortiori pour les terres, m\u00eame si Marx et ses h\u00e9ritiers ne s\u2019en sont gu\u00e8re souci\u00e9s. Cette vision prosa\u00efque de la campagne, exploitant les ressources naturelles sans \u00e9tat d\u2019\u00e2me, n\u2019est manifestement pas r\u00e9volue.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">Comment parler de l\u2019esprit de ce plateau agricole, qui, \u00e0 l\u2019\u00e9vidence, a \u00e9t\u00e9 expurg\u00e9 de tout imaginaire\u00a0? Comment m\u00eame parler de cette plaine-ci en particulier, qui est tellement identique \u00e0 l\u2019ordinaire des plaines agricoles\u00a0? Tel est sans doute le coup de force du mod\u00e8le \u00e9conomique dominant\u00a0: laisser croire qu\u2019il est d\u00e9pourvu de toute id\u00e9ologie ou de tout imaginaire. Comme si on ne s\u2019y occupait que de la r\u00e9alit\u00e9 elle-m\u00eame. On fait de l\u2019agriculture, un point c\u2019est tout. Escroquerie d\u2019autant plus pernicieuse qu\u2019elle est dupe d\u2019elle-m\u00eame. Y a-t-il une vie humaine sans imaginaire\u00a0? Y a-t-il un lieu qui ne soit habill\u00e9 de sa pr\u00e9sence\u00a0? La nudit\u00e9 de ce plateau agricole dit tout d\u2019un monde o\u00f9 la question de la rentabilit\u00e9 a englouti toutes les autres.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">Cette campagne nous parle moins de la campagne, et encore moins de la nature, que d\u2019un mod\u00e8le \u00e9conomique. \u00ab&nbsp;L\u2019expansion illimit\u00e9e de la production et de la consommation devient la signification imaginaire dominante, et presque exclusive, de la soci\u00e9t\u00e9 contemporaine.&nbsp;\u00bb<a class=\"footnote\" title=\"CASTORIADIS, Cornelius, Le monde morcel\u00e9, Seuil, Paris, 1990 p. 169.\" id=\"return-footnote-144-4\" href=\"#footnote-144-4\" aria-label=\"Footnote 4\"><sup class=\"footnote\">[4]<\/sup><\/a> Partout o\u00f9 le productivisme et le consum\u00e9risme conservent une place exclusive, l\u2019esprit des campagnes sera malmen\u00e9, sinon absent.<\/p>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-144-1\">H\u00c9RACLITE, fragment 123, une belle lecture de cet aphorisme est faite par Pierre HADOT, <i>Le voile d\u2019Isis<\/i>, op. cit., pp. 27-31. <a href=\"#return-footnote-144-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-144-2\">\u00ab&nbsp;Ici aussi les dieux sont pr\u00e9sents.&nbsp;\u00bb Cit\u00e9 par Aristote dans <i>Parties des animaux<\/i> A5, 645 a 17. <a href=\"#return-footnote-144-2\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 2\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-144-3\">MARX, Karl et ENGELS, Friedrich, <i>Le manifeste du parti communiste<\/i>, (1847), Union G\u00e9n\u00e9rale d\u2019\u00c9ditions, 10\/18, Paris, 1980, pp. 21-22. <a href=\"#return-footnote-144-3\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 3\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-144-4\">CASTORIADIS, Cornelius, <i>Le monde morcel\u00e9<\/i>, Seuil, Paris, 1990 p. 169. <a href=\"#return-footnote-144-4\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 4\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":1,"menu_order":6,"template":"","meta":{"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":[],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[],"license":[],"class_list":["post-144","chapter","type-chapter","status-publish","hentry"],"part":36,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/144"}],"collection":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/144\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":400,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/144\/revisions\/400"}],"part":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/36"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/144\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=144"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=144"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=144"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=144"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}