{"id":158,"date":"2020-09-01T15:00:15","date_gmt":"2020-09-01T15:00:15","guid":{"rendered":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/?post_type=chapter&#038;p=158"},"modified":"2020-11-13T09:40:16","modified_gmt":"2020-11-13T09:40:16","slug":"18b-perpetuelle-la-fontaine","status":"publish","type":"chapter","link":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/chapter\/18b-perpetuelle-la-fontaine\/","title":{"raw":"18b. Perp\u00e9tuelle, la fontaine","rendered":"18b. Perp\u00e9tuelle, la fontaine"},"content":{"raw":"<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">L\u2019eau qui coule est toujours hypnotique. Elle chante, invisible. Immuable, elle jaillit. Impr\u00e9visible, elle scintille. Ses rythmes se r\u00e9p\u00e8tent, restent insaisissables. \u00ab Le perp\u00e9tuel et son bruit de source. \u00bb[footnote]BRAQUE, Georges, <i>Le jour et la nuit<\/i>, Gallimard, 1952, p. 30.[\/footnote]<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">Ici, dans ce recoin, la ville est n\u00e9e, aux abords d\u2019une source s\u2019est \u00e9difi\u00e9e. Peu de choses\u00a0: un jet d\u2019eau qui sort de la colline. Intarissable. J\u2019y reviens comme en p\u00e8lerinage. Au fond de la place, derri\u00e8re la coll\u00e9giale, l\u2019histoire semble l\u2019avoir oubli\u00e9e, \u00eatre pass\u00e9e \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">Elle surgit d\u2019une gueule de lion, patin\u00e9e par les ans, se jette dans un bassin, s\u2019\u00e9coule dans un autre, un troisi\u00e8me, et dispara\u00eet sous terre. Les pierres bleues et les pav\u00e9s qui l\u2019entourent ont subi ses assauts. Irr\u00e9guli\u00e8rement polis, ils en gardent l\u2019empreinte. Certains moellons, si r\u00e9sistants pourtant, sont \u00e0 moiti\u00e9 rong\u00e9s. Imperturbable, elle les a \u00e9rod\u00e9s.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">\u00c0 son chevet, la colline se conclut en un mur de pierres de taille. Des blocs aux formes ind\u00e9cises, aux nuances de gris et de roux. Sortis de terre depuis peut-\u00eatre un mill\u00e9naire, ils semblent eux aussi immuables, faire corps avec le lieu.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">En surplomb de la fontaine, tr\u00f4nant dans une petite niche, la Sainte Patronne de la ville, de sa main tendue, lui fait don d\u2019une \u00e9glise. Plus ancestral que toute croyance, que tout temple, le sacr\u00e9 ne coule-t-il pas ici\u00a0depuis le fond des temps\u00a0? Surgissement perp\u00e9tuel \u00ab\u00a0marquant l\u2019accueil de ce qui, oubli\u00e9, n\u2019en est pas moins l\u00e0,\u00a0comme \u00e0 la source l\u2019eau.\u00a0\u00bb[footnote]DU BOUCHET, Andr\u00e9, <i>Cendre tirant sur le gris<\/i>, Clivages, Paris, 1986.[\/footnote]<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">De ces fontaines qui \u00ab s\u2019avancent dans l\u2019\u00e9ternit\u00e9 \u00bb[footnote]RILKE, Rainer Maria, \u00ab Huiti\u00e8me \u00c9l\u00e9gie de Duino \u00bb, dans <i>\u0152uvres II<\/i>, Seuil, 1972, p. 335.[\/footnote] affleure un autre temps, sans temps[footnote]\u00ab O \u00e9ternit\u00e9, temps sans temps \u00bb BACH, Jean-S\u00e9bastien, Cantate BWV 60, O<i> Ewigkeit, du Donnerwort<\/i>, texte de Johann Rist.[\/footnote]. Elles nous le susurrent en \u00e9chos po\u00e9tiques. Un pr\u00e9sent sans histoire, une \u00e9closion dans l\u2019immobile. Elles coulent hors des si\u00e8cles. Pr\u00e9sents, pass\u00e9s, futurs s\u2019y enlacent. Toujours jaillissantes, sans \u00e9volution, sans projet. Leur temps, \u00e0 chaque instant, \u00ab na\u00eet \u00e0 nouveau et imm\u00e9diatement de l\u2019\u00e9ternit\u00e9. \u00bb[footnote]SCHELLING, Friedrich Wilhelm Joseph, <i>Les \u00e2ges du monde<\/i> (1811-1813), Ousia, 1988, p. 142.[\/footnote] Tellement lointain du n\u00f4tre, il surgit dans le n\u00f4tre. \u00ab\u00a0\u00c9nigme, ce qui na\u00eet d\u2019un jaillissement pur\u00a0!\u00a0\u00bb[footnote]H\u00d6LDERLIN, \u00ab\u00a0Le Rhin\u00a0\u00bb (1801), dans<i> \u0152uvres<\/i>, Gallimard, Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade, 1967, p. 850.[\/footnote]<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">Sous les strates patrimoniales de cette fontaine \u2013 la survivance du pass\u00e9 dans l\u2019actuel \u2013, \u00e9merge un fond m\u00e9taphysique\u00a0\u2013 au pr\u00e9sent, l\u2019\u00e9cho de l\u2019origine.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">Le lieu est pr\u00e9serv\u00e9 de tout am\u00e9nagement contemporain. La chose est salutaire. La modernit\u00e9 n\u2019y aurait sa place qu\u2019\u00e0 se fondre dans l\u2019imm\u00e9morial. \u00c0 l\u2019eau qui sourd, \u00ab\u00a0sans jamais aucun \u00e2ge\u00a0\u00bb[footnote]JACCOTTET, Philippe<i>, Notes du ravin<\/i>, Fata Morgana, 2001, p. 11.[\/footnote], seule la pierre qui retourne \u00e0 la terre est offrande.<\/p>","rendered":"<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">L\u2019eau qui coule est toujours hypnotique. Elle chante, invisible. Immuable, elle jaillit. Impr\u00e9visible, elle scintille. Ses rythmes se r\u00e9p\u00e8tent, restent insaisissables. \u00ab Le perp\u00e9tuel et son bruit de source. \u00bb<a class=\"footnote\" title=\"BRAQUE, Georges, Le jour et la nuit, Gallimard, 1952, p. 30.\" id=\"return-footnote-158-1\" href=\"#footnote-158-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a><\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">Ici, dans ce recoin, la ville est n\u00e9e, aux abords d\u2019une source s\u2019est \u00e9difi\u00e9e. Peu de choses\u00a0: un jet d\u2019eau qui sort de la colline. Intarissable. J\u2019y reviens comme en p\u00e8lerinage. 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Sortis de terre depuis peut-\u00eatre un mill\u00e9naire, ils semblent eux aussi immuables, faire corps avec le lieu.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">En surplomb de la fontaine, tr\u00f4nant dans une petite niche, la Sainte Patronne de la ville, de sa main tendue, lui fait don d\u2019une \u00e9glise. Plus ancestral que toute croyance, que tout temple, le sacr\u00e9 ne coule-t-il pas ici\u00a0depuis le fond des temps\u00a0? Surgissement perp\u00e9tuel \u00ab\u00a0marquant l\u2019accueil de ce qui, oubli\u00e9, n\u2019en est pas moins l\u00e0,\u00a0comme \u00e0 la source l\u2019eau.\u00a0\u00bb<a class=\"footnote\" title=\"DU BOUCHET, Andr\u00e9, Cendre tirant sur le gris, Clivages, Paris, 1986.\" id=\"return-footnote-158-2\" href=\"#footnote-158-2\" aria-label=\"Footnote 2\"><sup class=\"footnote\">[2]<\/sup><\/a><\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">De ces fontaines qui \u00ab s\u2019avancent dans l\u2019\u00e9ternit\u00e9 \u00bb<a class=\"footnote\" title=\"RILKE, Rainer Maria, \u00ab Huiti\u00e8me \u00c9l\u00e9gie de Duino \u00bb, dans \u0152uvres II, Seuil, 1972, p. 335.\" id=\"return-footnote-158-3\" href=\"#footnote-158-3\" aria-label=\"Footnote 3\"><sup class=\"footnote\">[3]<\/sup><\/a> affleure un autre temps, sans temps<a class=\"footnote\" title=\"\u00ab O \u00e9ternit\u00e9, temps sans temps \u00bb BACH, Jean-S\u00e9bastien, Cantate BWV 60, O Ewigkeit, du Donnerwort, texte de Johann Rist.\" id=\"return-footnote-158-4\" href=\"#footnote-158-4\" aria-label=\"Footnote 4\"><sup class=\"footnote\">[4]<\/sup><\/a>. Elles nous le susurrent en \u00e9chos po\u00e9tiques. Un pr\u00e9sent sans histoire, une \u00e9closion dans l\u2019immobile. Elles coulent hors des si\u00e8cles. Pr\u00e9sents, pass\u00e9s, futurs s\u2019y enlacent. Toujours jaillissantes, sans \u00e9volution, sans projet. Leur temps, \u00e0 chaque instant, \u00ab na\u00eet \u00e0 nouveau et imm\u00e9diatement de l\u2019\u00e9ternit\u00e9. \u00bb<a class=\"footnote\" title=\"SCHELLING, Friedrich Wilhelm Joseph, Les \u00e2ges du monde (1811-1813), Ousia, 1988, p. 142.\" id=\"return-footnote-158-5\" href=\"#footnote-158-5\" aria-label=\"Footnote 5\"><sup class=\"footnote\">[5]<\/sup><\/a> Tellement lointain du n\u00f4tre, il surgit dans le n\u00f4tre. \u00ab\u00a0\u00c9nigme, ce qui na\u00eet d\u2019un jaillissement pur\u00a0!\u00a0\u00bb<a class=\"footnote\" title=\"H\u00d6LDERLIN, \u00ab\u00a0Le Rhin\u00a0\u00bb (1801), dans \u0152uvres, Gallimard, Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade, 1967, p. 850.\" id=\"return-footnote-158-6\" href=\"#footnote-158-6\" aria-label=\"Footnote 6\"><sup class=\"footnote\">[6]<\/sup><\/a><\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">Sous les strates patrimoniales de cette fontaine \u2013 la survivance du pass\u00e9 dans l\u2019actuel \u2013, \u00e9merge un fond m\u00e9taphysique\u00a0\u2013 au pr\u00e9sent, l\u2019\u00e9cho de l\u2019origine.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">Le lieu est pr\u00e9serv\u00e9 de tout am\u00e9nagement contemporain. La chose est salutaire. La modernit\u00e9 n\u2019y aurait sa place qu\u2019\u00e0 se fondre dans l\u2019imm\u00e9morial. \u00c0 l\u2019eau qui sourd, \u00ab\u00a0sans jamais aucun \u00e2ge\u00a0\u00bb<a class=\"footnote\" title=\"JACCOTTET, Philippe, Notes du ravin, Fata Morgana, 2001, p. 11.\" id=\"return-footnote-158-7\" href=\"#footnote-158-7\" aria-label=\"Footnote 7\"><sup class=\"footnote\">[7]<\/sup><\/a>, seule la pierre qui retourne \u00e0 la terre est offrande.<\/p>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-158-1\">BRAQUE, Georges, <i>Le jour et la nuit<\/i>, Gallimard, 1952, p. 30. <a href=\"#return-footnote-158-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-158-2\">DU BOUCHET, Andr\u00e9, <i>Cendre tirant sur le gris<\/i>, Clivages, Paris, 1986. <a href=\"#return-footnote-158-2\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 2\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-158-3\">RILKE, Rainer Maria, \u00ab Huiti\u00e8me \u00c9l\u00e9gie de Duino \u00bb, dans <i>\u0152uvres II<\/i>, Seuil, 1972, p. 335. <a href=\"#return-footnote-158-3\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 3\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-158-4\">\u00ab O \u00e9ternit\u00e9, temps sans temps \u00bb BACH, Jean-S\u00e9bastien, Cantate BWV 60, O<i> Ewigkeit, du Donnerwort<\/i>, texte de Johann Rist. <a href=\"#return-footnote-158-4\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 4\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-158-5\">SCHELLING, Friedrich Wilhelm Joseph, <i>Les \u00e2ges du monde<\/i> (1811-1813), Ousia, 1988, p. 142. <a href=\"#return-footnote-158-5\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 5\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-158-6\">H\u00d6LDERLIN, \u00ab\u00a0Le Rhin\u00a0\u00bb (1801), dans<i> \u0152uvres<\/i>, Gallimard, Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade, 1967, p. 850. <a href=\"#return-footnote-158-6\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 6\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-158-7\">JACCOTTET, Philippe<i>, Notes du ravin<\/i>, Fata Morgana, 2001, p. 11. <a href=\"#return-footnote-158-7\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 7\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":1,"menu_order":13,"template":"","meta":{"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":[],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[],"license":[],"class_list":["post-158","chapter","type-chapter","status-publish","hentry"],"part":36,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/158"}],"collection":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/158\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":338,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/158\/revisions\/338"}],"part":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/36"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/158\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=158"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=158"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=158"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=158"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}