{"id":170,"date":"2020-09-01T15:11:36","date_gmt":"2020-09-01T15:11:36","guid":{"rendered":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/?post_type=chapter&#038;p=170"},"modified":"2020-11-13T09:43:19","modified_gmt":"2020-11-13T09:43:19","slug":"170","status":"publish","type":"chapter","link":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/chapter\/170\/","title":{"raw":"Le bal des lucioles","rendered":"Le bal des lucioles"},"content":{"raw":"<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\"><i>\u00ab\u00a0\u00a0Nous sommes faits de la m\u00eame \u00e9toffe que les songes.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\"><i>William Shakespeare<\/i><\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\"><i>Ce que nous reconnaissons perd de son \u00e9tranget\u00e9. Suffit-il d\u2019accoler une notion aux choses pour les ma\u00eetriser, en les classant dans notre catalogue int\u00e9rieur\u00a0? L\u2019ombre qui passe est un chat, ce visage, celui d\u2019un coll\u00e8gue, cette feuille, une feuille de marronnier. Nul besoin de s\u2019y attarder, de scruter \u00e0 l\u2019aff\u00fbt d\u2019un indice. Tout a rejoint sa place, au sein du bien connu.<\/i><\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\"><i>\u00c0 l\u2019occasion, la r\u00e9alit\u00e9 nous r\u00e9siste\u00a0: impossible de remettre un nom sur une voix, sur une odeur. \u00c9trange inqui\u00e9tude que nous surmonterons en cherchant la clef du bon tiroir. La solution nous attend, le mot ad\u00e9quat se tient tapi. \u00c0 force d\u2019observations, nous le d\u00e9busquerons. Nous finirons bien par conna\u00eetre la r\u00e9ponse.<\/i><\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\"><i>Mais pouvons-nous encore d\u00e9couvrir ce que nous connaissons bien\u00a0? Chercher au-del\u00e0 du bien connu l\u2019\u00e9nigme qui persiste\u00a0?<\/i><\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\"><i>Inutile de partir au bout du monde, il suffit d\u2019aller au fond du jardin.<\/i><\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\"><i>Une soir\u00e9e de juin. La nuit est tomb\u00e9e, il fait tr\u00e8s doux. Un petit point de lumi\u00e8re appara\u00eet soudain, d\u00e9ambule dans l\u2019air. Quelques autres le suivent. De petits insectes nocturnes phosphorescents \u2013 petites pointes de po\u00e9sie papillonnant dans le quotidien. Au premier coup d\u2019\u0153il, je les reconnais. Ce sont des lucioles. Les premi\u00e8res de cette ann\u00e9e, comme chaque ann\u00e9e. L\u2019esp\u00e8ce se rar\u00e9fie, demeure courante. Aucune raison de s\u2019extasier. Les touches de lumi\u00e8res ont trouv\u00e9 leur identit\u00e9, leur explication. Je pourrais passer \u00e0 autre chose.<\/i><\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\"><i>Mais ce soir, je n\u2019y r\u00e9siste pas\u00a0; je m\u2019envole avec les lucioles. La p\u00e9nombre du jardin est redevenue la nuit \u00e9ternelle. Les papillons ont \u00f4t\u00e9 le masque de leur nom. Ils ne sont que des lueurs dans l\u2019air. Virevoltantes. Incertaines, maladroites. Elles surgissent soudain, clignotent un instant, s\u2019effacent dans la nuit. R\u00e9apparaissent. Redisparaissent.<\/i><\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\"><i>Elles semblent s\u2019ignorer, ondulent chacune pour elle-m\u00eame, s\u2019accordent pourtant, de loin. Les compter est difficile\u00a0: une isol\u00e9e par-ci, une grappe par-l\u00e0, une autre l\u00e0-bas. Les deux grappes se rejoignent. Quelques \u00e9tincelles s\u2019\u00e9teignent. Tout \u00e0 coup elles sont partout.<\/i><\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\"><i>La nuit s\u2019avance dans l\u2019\u00e9ternit\u00e9. Les lucioles vont, viennent, dans l\u2019immobilit\u00e9. Perp\u00e9tuel ballet, dans l\u2019obscurit\u00e9 de tout printemps.<\/i><\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\"><i>Tout n\u2019est plus que songe. Le temps d\u2019un instant, mon temps, notre temps, s\u2019est emm\u00eal\u00e9 au temps des lucioles. Et notre quotidien se r\u00e9fl\u00e9chit dans leur lumi\u00e8re obscure. Elles nous ont ouvert la porte d\u2019un autre monde. Le n\u00f4tre, devenu tout autre. <\/i><\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\"><i>L\u2019ordre du bien connu a bascul\u00e9. L\u2019inconnu l\u2019a envelopp\u00e9. Nous croyions observer des lucioles et nous voil\u00e0 lucioles, t\u00e2tonnant au seuil de la nuit. Nos occupations si d\u00e9termin\u00e9es, nos obligations si pressantes, nos grandes actions elles-m\u00eames\u2026 des virevoltes incertaines, des ondulations ind\u00e9cises, des clignotements furtifs, d\u00e9risoires, mais solennels. Infimes, nos gestes s\u2019accordent \u00e0 l\u2019\u00e9nigmatique. Nous nous avan\u00e7ons dans l\u2019\u00e9ternit\u00e9. Nous allons, nous venons, dans l\u2019immobilit\u00e9. Perp\u00e9tuel ballet, dans le myst\u00e8re de toujours.<\/i><\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\"><i>Ce ne sont des lucioles qui volent au fond du jardin, c\u2019est le fond de nos vies qui papillonne dans la nuit.<\/i><\/p>","rendered":"<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\"><i>\u00ab\u00a0\u00a0Nous sommes faits de la m\u00eame \u00e9toffe que les songes.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\"><i>William Shakespeare<\/i><\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\"><i>Ce que nous reconnaissons perd de son \u00e9tranget\u00e9. Suffit-il d\u2019accoler une notion aux choses pour les ma\u00eetriser, en les classant dans notre catalogue int\u00e9rieur\u00a0? L\u2019ombre qui passe est un chat, ce visage, celui d\u2019un coll\u00e8gue, cette feuille, une feuille de marronnier. Nul besoin de s\u2019y attarder, de scruter \u00e0 l\u2019aff\u00fbt d\u2019un indice. Tout a rejoint sa place, au sein du bien connu.<\/i><\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\"><i>\u00c0 l\u2019occasion, la r\u00e9alit\u00e9 nous r\u00e9siste\u00a0: impossible de remettre un nom sur une voix, sur une odeur. \u00c9trange inqui\u00e9tude que nous surmonterons en cherchant la clef du bon tiroir. La solution nous attend, le mot ad\u00e9quat se tient tapi. \u00c0 force d\u2019observations, nous le d\u00e9busquerons. Nous finirons bien par conna\u00eetre la r\u00e9ponse.<\/i><\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\"><i>Mais pouvons-nous encore d\u00e9couvrir ce que nous connaissons bien\u00a0? Chercher au-del\u00e0 du bien connu l\u2019\u00e9nigme qui persiste\u00a0?<\/i><\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\"><i>Inutile de partir au bout du monde, il suffit d\u2019aller au fond du jardin.<\/i><\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\"><i>Une soir\u00e9e de juin. La nuit est tomb\u00e9e, il fait tr\u00e8s doux. Un petit point de lumi\u00e8re appara\u00eet soudain, d\u00e9ambule dans l\u2019air. Quelques autres le suivent. De petits insectes nocturnes phosphorescents \u2013 petites pointes de po\u00e9sie papillonnant dans le quotidien. Au premier coup d\u2019\u0153il, je les reconnais. Ce sont des lucioles. Les premi\u00e8res de cette ann\u00e9e, comme chaque ann\u00e9e. L\u2019esp\u00e8ce se rar\u00e9fie, demeure courante. Aucune raison de s\u2019extasier. Les touches de lumi\u00e8res ont trouv\u00e9 leur identit\u00e9, leur explication. Je pourrais passer \u00e0 autre chose.<\/i><\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\"><i>Mais ce soir, je n\u2019y r\u00e9siste pas\u00a0; je m\u2019envole avec les lucioles. La p\u00e9nombre du jardin est redevenue la nuit \u00e9ternelle. Les papillons ont \u00f4t\u00e9 le masque de leur nom. Ils ne sont que des lueurs dans l\u2019air. Virevoltantes. Incertaines, maladroites. Elles surgissent soudain, clignotent un instant, s\u2019effacent dans la nuit. R\u00e9apparaissent. Redisparaissent.<\/i><\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\"><i>Elles semblent s\u2019ignorer, ondulent chacune pour elle-m\u00eame, s\u2019accordent pourtant, de loin. Les compter est difficile\u00a0: une isol\u00e9e par-ci, une grappe par-l\u00e0, une autre l\u00e0-bas. Les deux grappes se rejoignent. Quelques \u00e9tincelles s\u2019\u00e9teignent. Tout \u00e0 coup elles sont partout.<\/i><\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\"><i>La nuit s\u2019avance dans l\u2019\u00e9ternit\u00e9. Les lucioles vont, viennent, dans l\u2019immobilit\u00e9. Perp\u00e9tuel ballet, dans l\u2019obscurit\u00e9 de tout printemps.<\/i><\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\"><i>Tout n\u2019est plus que songe. Le temps d\u2019un instant, mon temps, notre temps, s\u2019est emm\u00eal\u00e9 au temps des lucioles. Et notre quotidien se r\u00e9fl\u00e9chit dans leur lumi\u00e8re obscure. Elles nous ont ouvert la porte d\u2019un autre monde. Le n\u00f4tre, devenu tout autre. <\/i><\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\"><i>L\u2019ordre du bien connu a bascul\u00e9. L\u2019inconnu l\u2019a envelopp\u00e9. Nous croyions observer des lucioles et nous voil\u00e0 lucioles, t\u00e2tonnant au seuil de la nuit. Nos occupations si d\u00e9termin\u00e9es, nos obligations si pressantes, nos grandes actions elles-m\u00eames\u2026 des virevoltes incertaines, des ondulations ind\u00e9cises, des clignotements furtifs, d\u00e9risoires, mais solennels. Infimes, nos gestes s\u2019accordent \u00e0 l\u2019\u00e9nigmatique. Nous nous avan\u00e7ons dans l\u2019\u00e9ternit\u00e9. Nous allons, nous venons, dans l\u2019immobilit\u00e9. Perp\u00e9tuel ballet, dans le myst\u00e8re de toujours.<\/i><\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\"><i>Ce ne sont des lucioles qui volent au fond du jardin, c\u2019est le fond de nos vies qui papillonne dans la nuit.<\/i><\/p>\n","protected":false},"author":1,"menu_order":1,"template":"","meta":{"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":[],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[],"license":[],"class_list":["post-170","chapter","type-chapter","status-publish","hentry"],"part":40,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/170"}],"collection":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/170\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":340,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/170\/revisions\/340"}],"part":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/40"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/170\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=170"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=170"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=170"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=170"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}