{"id":173,"date":"2020-09-01T15:12:05","date_gmt":"2020-09-01T15:12:05","guid":{"rendered":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/?post_type=chapter&#038;p=173"},"modified":"2020-11-15T07:56:10","modified_gmt":"2020-11-15T07:56:10","slug":"173","status":"publish","type":"chapter","link":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/chapter\/173\/","title":{"raw":"R\u00e9-imaginer les lieux","rendered":"R\u00e9-imaginer les lieux"},"content":{"raw":"<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">Les lieux nous disent leur splendeur et leurs blessures, leur harmonie et leurs tensions, notre prosa\u00efsme et nos espoirs\u2026 Ils nous disent l\u2019\u00e9tat du monde, nous parlent de sa fragilit\u00e9. En somme, les lieux nous parlent, sans faux-semblant, de politique.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">L\u2019\u00e9volution contemporaine des modes de production, de la mobilit\u00e9, du commerce et des moyens de communication change le visage de chaque paysage. Dans ce monde en r\u00e9seaux, les lieux, qu\u2019ils soient au c\u0153ur des centres urbains, en p\u00e9riph\u00e9rie, \u00e0 la campagne ou aux bouts du monde, vivent \u00e0 l\u2019heure de la mondialisation.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">La vie des lieux ne serait-elle que la manifestation de l\u2019\u00e9conomie\u00a0? Pour une part certainement, pour une part seulement. L\u2019\u00e9conomie ne peut exister qu\u2019\u00e0 s\u2019enraciner dans un sol bien plus profond qu\u2019elle-m\u00eame\u00a0\u2013 une pr\u00e9sence \u00e0 l\u2019espace environnant, une respiration entre soi et le monde. Comment vivre sinon reli\u00e9 \u00e0 la terre, ouvert \u00e0 l\u2019air, infiltr\u00e9 d\u2019eau, p\u00e9tri de lumi\u00e8re, en interaction avec d\u2019autres vivants \u2013 v\u00e9g\u00e9taux, animaux et humains\u00a0? Conditions \u00e9l\u00e9mentaires de toute vie, qui sont la vie elle-m\u00eame des lieux.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">Ces conditions de vie prennent des formes multiples en fonction des contextes \u00e9conomiques, mais aussi des mentalit\u00e9s, des liens sociaux, des r\u00e9f\u00e9rences culturelles, des priorit\u00e9s, des passions, des r\u00eaves de chacun et de tous. La mondialisation ne peut que partiellement imposer un mode d\u2019am\u00e9nagement du territoire. En prise avec les lieux eux-m\u00eames, chacun et chaque communaut\u00e9 s\u2019approprie les contraintes de notre \u00e9poque de fa\u00e7on singuli\u00e8re. Partout et toujours, l\u2019imaginaire reste d\u00e9cisif.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">L\u2019imaginaire des lieux r\u00e9v\u00e8le l\u2019imaginaire des hommes, leur mis\u00e8re ou leur richesse culturelle, leur st\u00e9r\u00e9otypie ou leur cr\u00e9ativit\u00e9, leur d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019\u00e9gard des mod\u00e8les dominants ou leur aptitude \u00e0 en concevoir d\u2019autres. Cet essai s\u2019en veut un t\u00e9moignage. Il assume sa partialit\u00e9, n\u2019aspire qu\u2019\u00e0 \u00eatre discut\u00e9, en appelle \u00e0 \u00eatre multipli\u00e9.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">Ces pages voudraient surtout ouvrir la porte \u00e0 une \u00e9thique du paysage. Si nos modes de vie se traduisent dans les lieux et les transfigurent, alors nous nous devons aussi d\u2019interroger notre impact sur les paysages, non seulement du point de vue \u00e9cologique, mais aussi social, culturel, esth\u00e9tique\u2026 humain en g\u00e9n\u00e9ral. Les paysages disent nos valeurs. Non pas celles que nous pr\u00f4nons de fa\u00e7on sentencieuse et id\u00e9aliste, mais celles que nous pratiquons effectivement.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">\u00ab\u00a0L\u2019urbanisme et l\u2019architecture ont toujours parl\u00e9 de pouvoir et de politique. Leurs formes actuelles, la multiplication des aires de mis\u00e8re, des camps, des sous-produits de l\u2019urbanisation sauvage sous l\u2019entrelacs brillant des autoroutes, des lieux de consommation, des tours, des quartiers d\u2019affaires et des hauts lieux du tourisme, montrent assez la cynique franchise de l\u2019histoire humaine. Ce sont bien nos soci\u00e9t\u00e9s que nous avons sous les yeux, sans masques, sans fard.\u00a0\u00bb[footnote]AUG\u00c9, Marc, <i>Le temps des <\/i>ruines, op. cit., p. 148.[\/footnote] L\u2019irrespect de l\u2019humain se traduit par un irrespect des lieux. L\u2019irrespect des lieux trahit un irrespect de l\u2019humain.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">Faut-il se contenter de ce constat d\u00e9senchant\u00e9 ? Fuir les lieux qui nous blessent, ceux qui nous sont d\u00e9testables et nous r\u00e9fugier dans ceux qui nous caressent, ceux auxquels nous adh\u00e9rons ? L\u2019attitude, m\u00eame si nous avons tous tendance \u00e0 la pratiquer, est probl\u00e9matique. D\u2019une part, elle est l\u2019apanage de privil\u00e9gi\u00e9s. D\u2019autre part, elle est pleine d\u2019ambigu\u00eft\u00e9. Les lieux \u00ab charmants \u00bb peuvent cacher un envers. Les g\u00e2chis sociaux, esth\u00e9tiques, \u00e9conomiques ou \u00e9cologiques ont parfois un joli minois. L\u2019\u00e9poque soigne toujours sa vitrine, ses apparences.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">Que faire sinon agir\u00a0? Quoi que nous fassions, chacun \u00e0 notre \u00e9chelle, nous sommes les acteurs du paysage. Nos comportements se traduisent t\u00f4t ou tard dans la r\u00e9alit\u00e9 des lieux. Nos aspirations, nos r\u00eaves se concr\u00e9tisent, infl\u00e9chissent le devenir des paysages et m\u00e9tamorphosent leur visage.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">Interroger nos r\u00eaves pour agir sur le paysage. La proposition a de quoi faire sourire et para\u00eetra sans doute d\u00e9risoire. Cet essai la revendique pourtant. La politique s\u2019immisce et se joue dans chaque geste du quotidien. L\u2019adh\u00e9sion massive \u00e0 des valeurs et \u00e0 des choix non r\u00e9fl\u00e9chis a un impact incontestable sur l\u2019\u00e9volution des lieux. En prendre la mesure est un premier pas, essentiel.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">Nos actions sur le paysage sont le plus souvent imperceptibles. Elles suivent deux orientations concomitantes. L\u2019une, manifeste et explicite, consiste \u00e0 changer les lieux pour esquisser de nouveaux modes de vie. L\u2019autre, indirecte\u00a0et bien plus insaisissable, cherche \u00e0 changer nos modes de vie pour modifier les lieux.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">Changer les lieux pour esquisser de nouveaux modes de vie. Un travail d\u2019urbaniste et de paysagiste. Depuis des si\u00e8cles, ces professionnels en ont conscience\u00a0: leurs interventions sur le territoire orientent les comportements.\u00a0 Les projets de PAYSAGE sont des projets de soci\u00e9t\u00e9. Comment favoriser l\u2019automobile ou privil\u00e9gier la \u00ab\u00a0mobilit\u00e9 douce\u00a0\u00bb\u00a0? Comment soutenir les \u00ab\u00a0grandes enseignes\u00a0\u00bb ou le \u00ab\u00a0commerce de proximit\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0?\u00a0 Comment renforcer un mod\u00e8le agricole productiviste ou en encourager l\u2019\u00e9mergence d\u2019une alternative\u00a0?\u00a0 Comment promouvoir l\u2019habitat pavillonnaire ou la r\u00e9novation des centres urbains\u00a0?\u00a0 Comment am\u00e9nager les quartiers d\u00e9favoris\u00e9s, comment favoriser la mixit\u00e9 sociale\u00a0?\u00a0 Comment renforcer les \u00e9changes internationaux, comment r\u00e9investir les particularit\u00e9s locales\u00a0?\u00a0 Comment rendre la culture visible et quelle culture mettre en valeur\u00a0?\u00a0 Comment articuler la sph\u00e8re priv\u00e9e et l\u2019espace public\u00a0?\u00a0 Comment inviter la nature dans notre quotidien\u00a0?\u00a0 \u2026 Ce sont des enjeux de taille. Proposer une r\u00e9ponse urbanistique ou paysag\u00e8re demande une imagination spatiale, une fa\u00e7on de mettre en forme les lieux pour orienter la mani\u00e8re dont ils seront abord\u00e9s, investis, \u00ab\u00a0pratiqu\u00e9s\u00a0\u00bb[footnote]DE CERTEAU, Michel, <i>L\u2019invention du quotidien, <\/i>op. cit., tome I, pp. 139 et ssq.[\/footnote].<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">Changer nos modes de vie et, en cons\u00e9quence, modifier les lieux. Une attitude de tout un chacun. Faire le choix d\u2019une forme d\u2019habitat, le choix d\u2019un mode de transport, le choix d\u2019une carri\u00e8re professionnelle, le choix d\u2019un type de commerce, d\u2019une forme d\u2019alimentation, d\u2019un voyage, d\u2019une activit\u00e9 culturelle ou sportive\u2026 ces actions ordinaires impliquent elles aussi des enjeux majeurs. Toutes ces pratiques ne peuvent se r\u00e9aliser qu\u2019en un lieu singulier, qu\u2019elles favorisent au d\u00e9triment d\u2019un autre, qu\u2019elles redessinent \u00e0 leur usage ou dont elles soulignent le dessin. \u00ab L\u2019invention du quotidien \u00bb, est elle-m\u00eame une imagination spatiale, une po\u00e9tisation des lieux[footnote]<i>Ibid.<\/i>, tome II, p. 24.[\/footnote].<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">Ces pratiques s\u2019approprient les lieux. Loin de n\u2019\u00eatre qu\u2019instinctives, nos habitudes reposent sur un imaginaire qui en esquisse les voies. Un imaginaire qui forme simultan\u00e9ment l\u2019espace o\u00f9 ce quotidien s\u2019inscrit. Nos lieux de vie sont aussi le produit de nos gestes. Insensiblement, peu \u00e0 peu, nous dessinons un monde \u00e0 notre image.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">L\u2019usager est un acteur des lieux. Il m\u00e9tamorphose la sc\u00e8ne o\u00f9 il joue. Il marque son environnement et participe \u00e0 la gen\u00e8se du paysage. Si les am\u00e9nagements architecturaux, urbanistiques ou paysagers sont des d\u00e9cisions politiques et \u00e9conomiques qui souvent sont prises \u00ab d\u2019en haut \u00bb, ils restent toujours tributaires de leur succ\u00e8s. Sans doute, ce succ\u00e8s est-il en g\u00e9n\u00e9ral bien orchestr\u00e9, \u00e0 grand renfort de m\u00e9diatisation. Il n\u2019emp\u00eache : le citoyen est roi. In fine, c\u2019est lui qui d\u00e9cide d\u2019investir tel lieu ou tel autre. C\u2019est lui qui se reconna\u00eet dans tel paysage ou dans tel autre, le fait sien et le modifiera \u00e0 l\u2019occasion. Comment cette reconnaissance et cette appropriation se font-elles ? Les moyens financiers de chacun sont bien s\u00fbr un argument ; la culture et l\u2019imaginaire restent le moteur.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">L\u2019imaginaire a la mainmise sur le paysage. Il lui donne forme, le transforme, l\u2019impr\u00e8gne. Les ressorts de cet imaginaire restent une \u00e9nigme. De quels tr\u00e9fonds \u00e9merge-t-il ? Ces \u00ab tr\u00e9fonds \u00bb, cr\u00e9ateurs d\u2019espace, ne sont-ils pas faits de la m\u00eame \u00e9toffe que les paysages eux-m\u00eames ? Notre vie int\u00e9rieure, nos r\u00eaves, nos r\u00eaveries, nos souvenirs, nos envies et nos projets sont gorg\u00e9s d\u2019eau et de terre, de sol et de ciel, de proches et de lointains, d\u2019encombrements et d\u2019ouvertures, de limites et d\u2019horizons[footnote]Les \u0153uvres philosophiques de Gaston BACHELARD et celles, de psychiatrie ph\u00e9nom\u00e9nologique, de Ludwig BINSWANGER et de Hubertus TELLENBACH ont largement ouvert ce champ d\u2019investigation.[\/footnote].\u00a0 Les paysages sont en nous et nous vivons, hors de nous, en eux. Ils nous habitent autant que nous les habitons. Les lieux parlent \u00e0 notre int\u00e9riorit\u00e9 qui s\u2019y retrouve, ou s\u2019y perd.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">Le paysage et notre imaginaire, les lieux et nos vies sont en osmose. Les mouvements m\u00eames du paysage infl\u00e9chissent nos propres mouvements. La forme de colline dicte la forme du chemin et le rythme de nos pas. La nature du sol d\u00e9termine le choix des cultures et les gestes du cultivateur. La structure du relief esquisse l\u2019implantation du b\u00e2ti et les mani\u00e8res d\u2019habiter. Les rives des fleuves accueillent les villes. Le commerce suit le sens de la vall\u00e9e\u2026 Les formes auxquelles nous soumettons le paysage \u00e9pousent ses propres formes.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">N\u00e9anmoins, depuis un si\u00e8cle, le divorce a eu lieu et n\u2019en finit pas. Les figures que nous imposons au paysage lui sont \u00e9trang\u00e8res. Les sols sont aplanis, les fleuves canalis\u00e9s, les axes routiers sont des balafres, les b\u00e2timents des coups de poing, les zones commerciales un ensemble de bo\u00eetes \u00e0 chaussures, les plantations surgissent hors sol, tout semble implant\u00e9 arbitrairement. Nos interventions sont en d\u00e9saccord avec les lieux\u00a0et les lieux en d\u00e9saccord avec eux-m\u00eames. Ne serait-il pas l\u2019heure de nous r\u00e9-enraciner dans les lieux, de les r\u00e9-imaginer en harmonie avec eux-m\u00eames et avec nous-m\u00eames\u00a0?<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">Une multitude de propositions contemporaines vont en ce sens. Les unes ont d\u00e9j\u00e0 rejoint leur voie, d\u2019autres sont encore embryonnaires. Certaines feront leur chemin, d\u2019autres tourneront court. Elles tentent de retrouver les lieux, en qu\u00eate d\u2019un autre ancrage dans la terre, li\u00e9 \u00e0 d\u2019autres mod\u00e8les \u00e9conomiques, sociaux, culturels\u2026 Un avenir s\u2019y cherche. Plus encore, une autre mani\u00e8re de vivre, un autre rythme, un autre temps. Parce que la m\u00e9tamorphose des espaces est simultan\u00e9ment celle des temporalit\u00e9s. Parce que les lieux sont aussi des temps.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">Les temps du paysage\u00a0: l\u00e0 se nouent peut-\u00eatre tous les fils de notre r\u00e9flexion. Chaque lieu nous parle, au rythme de sa respiration, du temps qui est le sien. Si certains lieux sont vou\u00e9s \u00e0 la vitesse \u2013 toujours \u00e0 la mode \u2013, d\u2019autres semblent destin\u00e9s \u00e0 la lenteur \u2013 d\u00e9sormais en vogue. Ce n\u2019est l\u00e0 qu\u2019une opposition encore superficielle. Les temps du paysage sont divers, complexes, entrelac\u00e9s. Certains lieux sont d\u2019aujourd\u2019hui, d\u2019autres d\u2019autrefois. Certains assemblent l\u2019ancien et le contemporain, d\u2019autres marquent leur rupture. Certains s\u2019\u00e9lancent vers l\u2019avenir, d\u2019autres s\u2019enfoncent dans la d\u00e9cr\u00e9pitude. Certains papillonnent \u00e0 la surface de leur fonction pr\u00e9sente, d\u2019autres sont lourds de souvenirs. Certains se sont endormis, d\u2019autres ne tiennent pas en place. Certains ne se meuvent que dans l\u2019histoire humaine, d\u2019autres enfoncent leurs racines en des rythmes naturels. Certains ne seront qu\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8res, d\u2019autres se gravent dans l\u2019immuable. Certains ont la saveur d\u2019un instant, d\u2019autres un ar\u00f4me d\u2019\u00e9ternit\u00e9\u2026 ou d\u2019un instant d\u2019\u00e9ternit\u00e9.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\"><i>Chaque paysage enfante son temps<\/i>\r\n<em>Comme la terre une eau<\/em><\/p>","rendered":"<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">Les lieux nous disent leur splendeur et leurs blessures, leur harmonie et leurs tensions, notre prosa\u00efsme et nos espoirs\u2026 Ils nous disent l\u2019\u00e9tat du monde, nous parlent de sa fragilit\u00e9. En somme, les lieux nous parlent, sans faux-semblant, de politique.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">L\u2019\u00e9volution contemporaine des modes de production, de la mobilit\u00e9, du commerce et des moyens de communication change le visage de chaque paysage. Dans ce monde en r\u00e9seaux, les lieux, qu\u2019ils soient au c\u0153ur des centres urbains, en p\u00e9riph\u00e9rie, \u00e0 la campagne ou aux bouts du monde, vivent \u00e0 l\u2019heure de la mondialisation.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">La vie des lieux ne serait-elle que la manifestation de l\u2019\u00e9conomie\u00a0? Pour une part certainement, pour une part seulement. L\u2019\u00e9conomie ne peut exister qu\u2019\u00e0 s\u2019enraciner dans un sol bien plus profond qu\u2019elle-m\u00eame\u00a0\u2013 une pr\u00e9sence \u00e0 l\u2019espace environnant, une respiration entre soi et le monde. Comment vivre sinon reli\u00e9 \u00e0 la terre, ouvert \u00e0 l\u2019air, infiltr\u00e9 d\u2019eau, p\u00e9tri de lumi\u00e8re, en interaction avec d\u2019autres vivants \u2013 v\u00e9g\u00e9taux, animaux et humains\u00a0? Conditions \u00e9l\u00e9mentaires de toute vie, qui sont la vie elle-m\u00eame des lieux.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">Ces conditions de vie prennent des formes multiples en fonction des contextes \u00e9conomiques, mais aussi des mentalit\u00e9s, des liens sociaux, des r\u00e9f\u00e9rences culturelles, des priorit\u00e9s, des passions, des r\u00eaves de chacun et de tous. La mondialisation ne peut que partiellement imposer un mode d\u2019am\u00e9nagement du territoire. En prise avec les lieux eux-m\u00eames, chacun et chaque communaut\u00e9 s\u2019approprie les contraintes de notre \u00e9poque de fa\u00e7on singuli\u00e8re. Partout et toujours, l\u2019imaginaire reste d\u00e9cisif.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">L\u2019imaginaire des lieux r\u00e9v\u00e8le l\u2019imaginaire des hommes, leur mis\u00e8re ou leur richesse culturelle, leur st\u00e9r\u00e9otypie ou leur cr\u00e9ativit\u00e9, leur d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019\u00e9gard des mod\u00e8les dominants ou leur aptitude \u00e0 en concevoir d\u2019autres. Cet essai s\u2019en veut un t\u00e9moignage. Il assume sa partialit\u00e9, n\u2019aspire qu\u2019\u00e0 \u00eatre discut\u00e9, en appelle \u00e0 \u00eatre multipli\u00e9.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">Ces pages voudraient surtout ouvrir la porte \u00e0 une \u00e9thique du paysage. Si nos modes de vie se traduisent dans les lieux et les transfigurent, alors nous nous devons aussi d\u2019interroger notre impact sur les paysages, non seulement du point de vue \u00e9cologique, mais aussi social, culturel, esth\u00e9tique\u2026 humain en g\u00e9n\u00e9ral. Les paysages disent nos valeurs. Non pas celles que nous pr\u00f4nons de fa\u00e7on sentencieuse et id\u00e9aliste, mais celles que nous pratiquons effectivement.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0L\u2019urbanisme et l\u2019architecture ont toujours parl\u00e9 de pouvoir et de politique. Leurs formes actuelles, la multiplication des aires de mis\u00e8re, des camps, des sous-produits de l\u2019urbanisation sauvage sous l\u2019entrelacs brillant des autoroutes, des lieux de consommation, des tours, des quartiers d\u2019affaires et des hauts lieux du tourisme, montrent assez la cynique franchise de l\u2019histoire humaine. Ce sont bien nos soci\u00e9t\u00e9s que nous avons sous les yeux, sans masques, sans fard.\u00a0\u00bb<a class=\"footnote\" title=\"AUG\u00c9, Marc, Le temps des ruines, op. cit., p. 148.\" id=\"return-footnote-173-1\" href=\"#footnote-173-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a> L\u2019irrespect de l\u2019humain se traduit par un irrespect des lieux. L\u2019irrespect des lieux trahit un irrespect de l\u2019humain.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">Faut-il se contenter de ce constat d\u00e9senchant\u00e9 ? Fuir les lieux qui nous blessent, ceux qui nous sont d\u00e9testables et nous r\u00e9fugier dans ceux qui nous caressent, ceux auxquels nous adh\u00e9rons ? L\u2019attitude, m\u00eame si nous avons tous tendance \u00e0 la pratiquer, est probl\u00e9matique. D\u2019une part, elle est l\u2019apanage de privil\u00e9gi\u00e9s. D\u2019autre part, elle est pleine d\u2019ambigu\u00eft\u00e9. Les lieux \u00ab charmants \u00bb peuvent cacher un envers. Les g\u00e2chis sociaux, esth\u00e9tiques, \u00e9conomiques ou \u00e9cologiques ont parfois un joli minois. L\u2019\u00e9poque soigne toujours sa vitrine, ses apparences.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">Que faire sinon agir\u00a0? Quoi que nous fassions, chacun \u00e0 notre \u00e9chelle, nous sommes les acteurs du paysage. Nos comportements se traduisent t\u00f4t ou tard dans la r\u00e9alit\u00e9 des lieux. Nos aspirations, nos r\u00eaves se concr\u00e9tisent, infl\u00e9chissent le devenir des paysages et m\u00e9tamorphosent leur visage.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">Interroger nos r\u00eaves pour agir sur le paysage. La proposition a de quoi faire sourire et para\u00eetra sans doute d\u00e9risoire. Cet essai la revendique pourtant. La politique s\u2019immisce et se joue dans chaque geste du quotidien. L\u2019adh\u00e9sion massive \u00e0 des valeurs et \u00e0 des choix non r\u00e9fl\u00e9chis a un impact incontestable sur l\u2019\u00e9volution des lieux. En prendre la mesure est un premier pas, essentiel.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">Nos actions sur le paysage sont le plus souvent imperceptibles. Elles suivent deux orientations concomitantes. L\u2019une, manifeste et explicite, consiste \u00e0 changer les lieux pour esquisser de nouveaux modes de vie. L\u2019autre, indirecte\u00a0et bien plus insaisissable, cherche \u00e0 changer nos modes de vie pour modifier les lieux.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">Changer les lieux pour esquisser de nouveaux modes de vie. Un travail d\u2019urbaniste et de paysagiste. Depuis des si\u00e8cles, ces professionnels en ont conscience\u00a0: leurs interventions sur le territoire orientent les comportements.\u00a0 Les projets de PAYSAGE sont des projets de soci\u00e9t\u00e9. Comment favoriser l\u2019automobile ou privil\u00e9gier la \u00ab\u00a0mobilit\u00e9 douce\u00a0\u00bb\u00a0? Comment soutenir les \u00ab\u00a0grandes enseignes\u00a0\u00bb ou le \u00ab\u00a0commerce de proximit\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0?\u00a0 Comment renforcer un mod\u00e8le agricole productiviste ou en encourager l\u2019\u00e9mergence d\u2019une alternative\u00a0?\u00a0 Comment promouvoir l\u2019habitat pavillonnaire ou la r\u00e9novation des centres urbains\u00a0?\u00a0 Comment am\u00e9nager les quartiers d\u00e9favoris\u00e9s, comment favoriser la mixit\u00e9 sociale\u00a0?\u00a0 Comment renforcer les \u00e9changes internationaux, comment r\u00e9investir les particularit\u00e9s locales\u00a0?\u00a0 Comment rendre la culture visible et quelle culture mettre en valeur\u00a0?\u00a0 Comment articuler la sph\u00e8re priv\u00e9e et l\u2019espace public\u00a0?\u00a0 Comment inviter la nature dans notre quotidien\u00a0?\u00a0 \u2026 Ce sont des enjeux de taille. Proposer une r\u00e9ponse urbanistique ou paysag\u00e8re demande une imagination spatiale, une fa\u00e7on de mettre en forme les lieux pour orienter la mani\u00e8re dont ils seront abord\u00e9s, investis, \u00ab\u00a0pratiqu\u00e9s\u00a0\u00bb<a class=\"footnote\" title=\"DE CERTEAU, Michel, L\u2019invention du quotidien, op. cit., tome I, pp. 139 et ssq.\" id=\"return-footnote-173-2\" href=\"#footnote-173-2\" aria-label=\"Footnote 2\"><sup class=\"footnote\">[2]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">Changer nos modes de vie et, en cons\u00e9quence, modifier les lieux. Une attitude de tout un chacun. Faire le choix d\u2019une forme d\u2019habitat, le choix d\u2019un mode de transport, le choix d\u2019une carri\u00e8re professionnelle, le choix d\u2019un type de commerce, d\u2019une forme d\u2019alimentation, d\u2019un voyage, d\u2019une activit\u00e9 culturelle ou sportive\u2026 ces actions ordinaires impliquent elles aussi des enjeux majeurs. Toutes ces pratiques ne peuvent se r\u00e9aliser qu\u2019en un lieu singulier, qu\u2019elles favorisent au d\u00e9triment d\u2019un autre, qu\u2019elles redessinent \u00e0 leur usage ou dont elles soulignent le dessin. \u00ab L\u2019invention du quotidien \u00bb, est elle-m\u00eame une imagination spatiale, une po\u00e9tisation des lieux<a class=\"footnote\" title=\"Ibid., tome II, p. 24.\" id=\"return-footnote-173-3\" href=\"#footnote-173-3\" aria-label=\"Footnote 3\"><sup class=\"footnote\">[3]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">Ces pratiques s\u2019approprient les lieux. Loin de n\u2019\u00eatre qu\u2019instinctives, nos habitudes reposent sur un imaginaire qui en esquisse les voies. Un imaginaire qui forme simultan\u00e9ment l\u2019espace o\u00f9 ce quotidien s\u2019inscrit. Nos lieux de vie sont aussi le produit de nos gestes. Insensiblement, peu \u00e0 peu, nous dessinons un monde \u00e0 notre image.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">L\u2019usager est un acteur des lieux. Il m\u00e9tamorphose la sc\u00e8ne o\u00f9 il joue. Il marque son environnement et participe \u00e0 la gen\u00e8se du paysage. Si les am\u00e9nagements architecturaux, urbanistiques ou paysagers sont des d\u00e9cisions politiques et \u00e9conomiques qui souvent sont prises \u00ab d\u2019en haut \u00bb, ils restent toujours tributaires de leur succ\u00e8s. Sans doute, ce succ\u00e8s est-il en g\u00e9n\u00e9ral bien orchestr\u00e9, \u00e0 grand renfort de m\u00e9diatisation. Il n\u2019emp\u00eache : le citoyen est roi. In fine, c\u2019est lui qui d\u00e9cide d\u2019investir tel lieu ou tel autre. C\u2019est lui qui se reconna\u00eet dans tel paysage ou dans tel autre, le fait sien et le modifiera \u00e0 l\u2019occasion. Comment cette reconnaissance et cette appropriation se font-elles ? Les moyens financiers de chacun sont bien s\u00fbr un argument ; la culture et l\u2019imaginaire restent le moteur.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">L\u2019imaginaire a la mainmise sur le paysage. Il lui donne forme, le transforme, l\u2019impr\u00e8gne. Les ressorts de cet imaginaire restent une \u00e9nigme. De quels tr\u00e9fonds \u00e9merge-t-il ? Ces \u00ab tr\u00e9fonds \u00bb, cr\u00e9ateurs d\u2019espace, ne sont-ils pas faits de la m\u00eame \u00e9toffe que les paysages eux-m\u00eames ? Notre vie int\u00e9rieure, nos r\u00eaves, nos r\u00eaveries, nos souvenirs, nos envies et nos projets sont gorg\u00e9s d\u2019eau et de terre, de sol et de ciel, de proches et de lointains, d\u2019encombrements et d\u2019ouvertures, de limites et d\u2019horizons<a class=\"footnote\" title=\"Les \u0153uvres philosophiques de Gaston BACHELARD et celles, de psychiatrie ph\u00e9nom\u00e9nologique, de Ludwig BINSWANGER et de Hubertus TELLENBACH ont largement ouvert ce champ d\u2019investigation.\" id=\"return-footnote-173-4\" href=\"#footnote-173-4\" aria-label=\"Footnote 4\"><sup class=\"footnote\">[4]<\/sup><\/a>.\u00a0 Les paysages sont en nous et nous vivons, hors de nous, en eux. Ils nous habitent autant que nous les habitons. Les lieux parlent \u00e0 notre int\u00e9riorit\u00e9 qui s\u2019y retrouve, ou s\u2019y perd.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">Le paysage et notre imaginaire, les lieux et nos vies sont en osmose. Les mouvements m\u00eames du paysage infl\u00e9chissent nos propres mouvements. La forme de colline dicte la forme du chemin et le rythme de nos pas. La nature du sol d\u00e9termine le choix des cultures et les gestes du cultivateur. La structure du relief esquisse l\u2019implantation du b\u00e2ti et les mani\u00e8res d\u2019habiter. Les rives des fleuves accueillent les villes. Le commerce suit le sens de la vall\u00e9e\u2026 Les formes auxquelles nous soumettons le paysage \u00e9pousent ses propres formes.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">N\u00e9anmoins, depuis un si\u00e8cle, le divorce a eu lieu et n\u2019en finit pas. Les figures que nous imposons au paysage lui sont \u00e9trang\u00e8res. Les sols sont aplanis, les fleuves canalis\u00e9s, les axes routiers sont des balafres, les b\u00e2timents des coups de poing, les zones commerciales un ensemble de bo\u00eetes \u00e0 chaussures, les plantations surgissent hors sol, tout semble implant\u00e9 arbitrairement. Nos interventions sont en d\u00e9saccord avec les lieux\u00a0et les lieux en d\u00e9saccord avec eux-m\u00eames. Ne serait-il pas l\u2019heure de nous r\u00e9-enraciner dans les lieux, de les r\u00e9-imaginer en harmonie avec eux-m\u00eames et avec nous-m\u00eames\u00a0?<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">Une multitude de propositions contemporaines vont en ce sens. Les unes ont d\u00e9j\u00e0 rejoint leur voie, d\u2019autres sont encore embryonnaires. Certaines feront leur chemin, d\u2019autres tourneront court. Elles tentent de retrouver les lieux, en qu\u00eate d\u2019un autre ancrage dans la terre, li\u00e9 \u00e0 d\u2019autres mod\u00e8les \u00e9conomiques, sociaux, culturels\u2026 Un avenir s\u2019y cherche. Plus encore, une autre mani\u00e8re de vivre, un autre rythme, un autre temps. Parce que la m\u00e9tamorphose des espaces est simultan\u00e9ment celle des temporalit\u00e9s. Parce que les lieux sont aussi des temps.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">Les temps du paysage\u00a0: l\u00e0 se nouent peut-\u00eatre tous les fils de notre r\u00e9flexion. Chaque lieu nous parle, au rythme de sa respiration, du temps qui est le sien. Si certains lieux sont vou\u00e9s \u00e0 la vitesse \u2013 toujours \u00e0 la mode \u2013, d\u2019autres semblent destin\u00e9s \u00e0 la lenteur \u2013 d\u00e9sormais en vogue. Ce n\u2019est l\u00e0 qu\u2019une opposition encore superficielle. Les temps du paysage sont divers, complexes, entrelac\u00e9s. Certains lieux sont d\u2019aujourd\u2019hui, d\u2019autres d\u2019autrefois. Certains assemblent l\u2019ancien et le contemporain, d\u2019autres marquent leur rupture. Certains s\u2019\u00e9lancent vers l\u2019avenir, d\u2019autres s\u2019enfoncent dans la d\u00e9cr\u00e9pitude. Certains papillonnent \u00e0 la surface de leur fonction pr\u00e9sente, d\u2019autres sont lourds de souvenirs. Certains se sont endormis, d\u2019autres ne tiennent pas en place. Certains ne se meuvent que dans l\u2019histoire humaine, d\u2019autres enfoncent leurs racines en des rythmes naturels. Certains ne seront qu\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8res, d\u2019autres se gravent dans l\u2019immuable. Certains ont la saveur d\u2019un instant, d\u2019autres un ar\u00f4me d\u2019\u00e9ternit\u00e9\u2026 ou d\u2019un instant d\u2019\u00e9ternit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\"><i>Chaque paysage enfante son temps<\/i><br \/>\n<em>Comme la terre une eau<\/em><\/p>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-173-1\">AUG\u00c9, Marc, <i>Le temps des <\/i>ruines, op. cit., p. 148. <a href=\"#return-footnote-173-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-173-2\">DE CERTEAU, Michel, <i>L\u2019invention du quotidien, <\/i>op. cit., tome I, pp. 139 et ssq. <a href=\"#return-footnote-173-2\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 2\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-173-3\"><i>Ibid.<\/i>, tome II, p. 24. <a href=\"#return-footnote-173-3\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 3\">&crarr;<\/a><\/li><li id=\"footnote-173-4\">Les \u0153uvres philosophiques de Gaston BACHELARD et celles, de psychiatrie ph\u00e9nom\u00e9nologique, de Ludwig BINSWANGER et de Hubertus TELLENBACH ont largement ouvert ce champ d\u2019investigation. <a href=\"#return-footnote-173-4\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 4\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":1,"menu_order":2,"template":"","meta":{"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":[],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[],"license":[],"class_list":["post-173","chapter","type-chapter","status-publish","hentry"],"part":40,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/173"}],"collection":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":20,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/173\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":386,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/173\/revisions\/386"}],"part":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/40"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/173\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=173"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=173"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=173"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=173"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}