{"id":189,"date":"2020-09-10T12:55:27","date_gmt":"2020-09-10T12:55:27","guid":{"rendered":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/?post_type=chapter&#038;p=189"},"modified":"2020-11-09T10:46:37","modified_gmt":"2020-11-09T10:46:37","slug":"la-main-de-lhomme","status":"publish","type":"chapter","link":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/chapter\/la-main-de-lhomme\/","title":{"raw":"La main de l'homme","rendered":"La main de l&rsquo;homme"},"content":{"raw":"<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\"><i>\u00ab Nul ne peut exister sans laisser de traces. \u00bb<\/i><\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\"><i>Baptiste Morizot<\/i><\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\"><i>\u00ab Ville \u00bb, \u00ab campagne \u00bb, \u00ab nature \u00bb \u2026 La banalit\u00e9 de ces mots me donne la conviction qu\u2019ils correspondent \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9, qu\u2019il y a des zones urbaines, des r\u00e9gions agricoles, des espaces naturels. Les choses sont claires, distinctes. Ma g\u00e9ographie mentale est faite de d\u00e9coupages. Je constate bien s\u00fbr qu\u2019il y a des interm\u00e9diaires et des chevauchements : les banlieues vertes, les campagnes urbanis\u00e9es, la nature en ville. La confusion gagne du terrain. En t\u00e9moigne l\u2019apparition de nouveaux mots : rurbanisation, tiers paysage\u2026 Ils sonnent de fa\u00e7on un peu barbare, m\u00ealent les cartes de mes repr\u00e9sentations, font \u00e9tat d\u2019un brouillage. Bref, ils me d\u00e9rangent. Je reste solidaire de mes bons vieux d\u00e9coupages.<\/i><\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\"><i>Il me suffit pourtant d\u2019ouvrir les yeux pour r\u00e9aliser qu\u2019ils sont fuyants. O\u00f9 commence la ville\u00a0? O\u00f9 finit la campagne\u00a0? Quelles sont les limites de la nature\u00a0?<\/i><\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\"><i>Aujourd\u2019hui, je change de mots, de d\u00e9coupage\u00a0et de regard\u00a0: partout je chercherai la main de l\u2019homme. Sur son passage, il a domestiqu\u00e9 les lieux. Se d\u00e9placer, se loger, cultiver, produire, se rassembler, se divertir, \u00e9duquer ses enfants\u2026 laissent des marques. Les paysages portent la trace de l\u2019histoire.<\/i><\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\"><i>\u00ab En ville \u00bb, impossible de m\u2019y tromper : tout est sculpt\u00e9. Dans les rues de Li\u00e8ge, je marche sur des couches de civilisations, m\u00eame la Meuse y a \u00e9t\u00e9 apprivois\u00e9e et les coteaux de la Citadelle mis en cage. Dans les plateaux voisins, je retrouve la main de l\u2019homme qui a liss\u00e9, peign\u00e9, enclav\u00e9, g\u00e9om\u00e9tris\u00e9 la \u00ab campagne \u00bb. J\u2019en viens \u00e0 chercher du \u00ab naturel \u00bb. Les for\u00eats ardennaises ? Sillonn\u00e9es, exploit\u00e9es, entretenues. Le sommet des Fagnes ? La griffe des hommes y est flagrante. La qu\u00eate de paysages indompt\u00e9s semble bien improbable. De\u00e7\u00e0-del\u00e0, il en reste des lambeaux, dans les recoins inaccessibles au c\u0153ur de lieux inabordables.<\/i><\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\"><i>Partout ailleurs, il me reste \u00e0 contempler l\u2019\u00e9treinte de l\u2019homme et des \u00e9l\u00e9ments. Empreinte parfois respectueuse, parfois brutale. Parfois discr\u00e8te, parfois patente. Parfois rus\u00e9e, parfois barbare. Tant\u00f4t \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, tant\u00f4t obstin\u00e9e. Souvent r\u00e9versible, trop de fois irr\u00e9vocable.<\/i><\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\"><i>Des blessures me reviennent en m\u00e9moire\u00a0: la rigidit\u00e9 des immeubles le long des c\u00f4tes espagnoles, la violence du b\u00e9ton sur les collines d\u2019Agrigente, le bouchon d\u2019une tour de refroidissement dans le lit du Rh\u00f4ne, les escadrilles d\u2019\u00e9oliennes en Andalousie, le quadrillage uniforme des grands plateaux agricoles\u2026<\/i><\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\"><i>D\u2019autres souvenirs sont des caresses\u00a0: dans les Baronnies, le village de Montbrun uni \u00e0 la paroi et l\u2019escalier ind\u00e9cis de vieilles oliveraies, les collines de S\u00e9geste convergeant vers le temple antique, les veines de saules t\u00eatards dans le corps des polders flamands, le rythme complexe d\u2019un autre ensemble d\u2019\u00e9oliennes sur le plateau de Langres\u2026<\/i><\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\"><i>La nature a ses fa\u00e7ons de dessiner, l\u2019homme les siennes. J\u2019identifie, nous identifions facilement le geste des hommes : blocs, masses, n\u0153uds, traits, voies, axes, plages, plans, creux, buttes, paliers\u2026 autant de traces humaines pos\u00e9es dans les formes de la nature. Les deux cr\u00e9ateurs en certains lieux collaborent, en d\u2019autres s\u2019ignorent ou rivalisent. O\u00f9 que ce soit, nos yeux peuvent d\u00e9m\u00ealer le travail de l\u2019un, le travail de l\u2019autre, et retrouver ensuite leur enchev\u00eatrement.<\/i><\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\"><i>M\u00e9moire d\u2019une guerre ou d\u2019une complicit\u00e9, les paysages unissent la main de l\u2019homme aux forces de la terre. \u00ab Nature \u00bb, \u00ab ville \u00bb ou \u00ab campagne \u00bb sont toujours un mariage. Bien entendu, nous esp\u00e9rons tous un mariage heureux.<\/i><\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\"><\/p>","rendered":"<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\"><i>\u00ab Nul ne peut exister sans laisser de traces. \u00bb<\/i><\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\"><i>Baptiste Morizot<\/i><\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\"><i>\u00ab Ville \u00bb, \u00ab campagne \u00bb, \u00ab nature \u00bb \u2026 La banalit\u00e9 de ces mots me donne la conviction qu\u2019ils correspondent \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9, qu\u2019il y a des zones urbaines, des r\u00e9gions agricoles, des espaces naturels. Les choses sont claires, distinctes. Ma g\u00e9ographie mentale est faite de d\u00e9coupages. Je constate bien s\u00fbr qu\u2019il y a des interm\u00e9diaires et des chevauchements : les banlieues vertes, les campagnes urbanis\u00e9es, la nature en ville. La confusion gagne du terrain. En t\u00e9moigne l\u2019apparition de nouveaux mots : rurbanisation, tiers paysage\u2026 Ils sonnent de fa\u00e7on un peu barbare, m\u00ealent les cartes de mes repr\u00e9sentations, font \u00e9tat d\u2019un brouillage. Bref, ils me d\u00e9rangent. Je reste solidaire de mes bons vieux d\u00e9coupages.<\/i><\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\"><i>Il me suffit pourtant d\u2019ouvrir les yeux pour r\u00e9aliser qu\u2019ils sont fuyants. O\u00f9 commence la ville\u00a0? O\u00f9 finit la campagne\u00a0? Quelles sont les limites de la nature\u00a0?<\/i><\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\"><i>Aujourd\u2019hui, je change de mots, de d\u00e9coupage\u00a0et de regard\u00a0: partout je chercherai la main de l\u2019homme. Sur son passage, il a domestiqu\u00e9 les lieux. Se d\u00e9placer, se loger, cultiver, produire, se rassembler, se divertir, \u00e9duquer ses enfants\u2026 laissent des marques. Les paysages portent la trace de l\u2019histoire.<\/i><\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\"><i>\u00ab En ville \u00bb, impossible de m\u2019y tromper : tout est sculpt\u00e9. Dans les rues de Li\u00e8ge, je marche sur des couches de civilisations, m\u00eame la Meuse y a \u00e9t\u00e9 apprivois\u00e9e et les coteaux de la Citadelle mis en cage. Dans les plateaux voisins, je retrouve la main de l\u2019homme qui a liss\u00e9, peign\u00e9, enclav\u00e9, g\u00e9om\u00e9tris\u00e9 la \u00ab campagne \u00bb. J\u2019en viens \u00e0 chercher du \u00ab naturel \u00bb. Les for\u00eats ardennaises ? Sillonn\u00e9es, exploit\u00e9es, entretenues. Le sommet des Fagnes ? La griffe des hommes y est flagrante. La qu\u00eate de paysages indompt\u00e9s semble bien improbable. De\u00e7\u00e0-del\u00e0, il en reste des lambeaux, dans les recoins inaccessibles au c\u0153ur de lieux inabordables.<\/i><\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\"><i>Partout ailleurs, il me reste \u00e0 contempler l\u2019\u00e9treinte de l\u2019homme et des \u00e9l\u00e9ments. Empreinte parfois respectueuse, parfois brutale. Parfois discr\u00e8te, parfois patente. Parfois rus\u00e9e, parfois barbare. Tant\u00f4t \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, tant\u00f4t obstin\u00e9e. Souvent r\u00e9versible, trop de fois irr\u00e9vocable.<\/i><\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\"><i>Des blessures me reviennent en m\u00e9moire\u00a0: la rigidit\u00e9 des immeubles le long des c\u00f4tes espagnoles, la violence du b\u00e9ton sur les collines d\u2019Agrigente, le bouchon d\u2019une tour de refroidissement dans le lit du Rh\u00f4ne, les escadrilles d\u2019\u00e9oliennes en Andalousie, le quadrillage uniforme des grands plateaux agricoles\u2026<\/i><\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\"><i>D\u2019autres souvenirs sont des caresses\u00a0: dans les Baronnies, le village de Montbrun uni \u00e0 la paroi et l\u2019escalier ind\u00e9cis de vieilles oliveraies, les collines de S\u00e9geste convergeant vers le temple antique, les veines de saules t\u00eatards dans le corps des polders flamands, le rythme complexe d\u2019un autre ensemble d\u2019\u00e9oliennes sur le plateau de Langres\u2026<\/i><\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\"><i>La nature a ses fa\u00e7ons de dessiner, l\u2019homme les siennes. J\u2019identifie, nous identifions facilement le geste des hommes : blocs, masses, n\u0153uds, traits, voies, axes, plages, plans, creux, buttes, paliers\u2026 autant de traces humaines pos\u00e9es dans les formes de la nature. Les deux cr\u00e9ateurs en certains lieux collaborent, en d\u2019autres s\u2019ignorent ou rivalisent. O\u00f9 que ce soit, nos yeux peuvent d\u00e9m\u00ealer le travail de l\u2019un, le travail de l\u2019autre, et retrouver ensuite leur enchev\u00eatrement.<\/i><\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\"><i>M\u00e9moire d\u2019une guerre ou d\u2019une complicit\u00e9, les paysages unissent la main de l\u2019homme aux forces de la terre. \u00ab Nature \u00bb, \u00ab ville \u00bb ou \u00ab campagne \u00bb sont toujours un mariage. Bien entendu, nous esp\u00e9rons tous un mariage heureux.<\/i><\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\">\n","protected":false},"author":1,"menu_order":1,"template":"","meta":{"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":[],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[],"license":[],"class_list":["post-189","chapter","type-chapter","status-publish","hentry"],"part":3,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/189"}],"collection":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/189\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":305,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/189\/revisions\/305"}],"part":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/3"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/189\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=189"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=189"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=189"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=189"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}