{"id":195,"date":"2020-09-10T12:58:10","date_gmt":"2020-09-10T12:58:10","guid":{"rendered":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/?post_type=chapter&#038;p=195"},"modified":"2020-09-10T12:59:13","modified_gmt":"2020-09-10T12:59:13","slug":"loiseau-regard","status":"publish","type":"chapter","link":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/chapter\/loiseau-regard\/","title":{"raw":"L\u2019oiseau-regard","rendered":"L\u2019oiseau-regard"},"content":{"raw":"<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\"><i>\u00ab\u00a0\u00a0[\u2026] son regard, traversant tout ce temps et toute cette \u00e9motion, l\u2019atteignit de mani\u00e8re incertaine\u00a0; se posa sur lui, plein de larmes\u00a0; puis s\u2019envola et repartit, comme un oiseau se pose sur une branche et s\u2019envole et repart.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\"><i>Virginia Woolf<\/i><\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\"><i>Chacun a ses fa\u00e7ons de voir, de tourner la t\u00eate et de poser les yeux. Il y a le regard des inquiets, celui des curieux, le regard des amoureux, celui des furieux, le regard des r\u00eaveurs et celui des absorb\u00e9s\u2026 Une fa\u00e7on de regarder est la marque d\u2019un \u00e9tat d\u2019esprit, plus en profondeur, d\u2019une personnalit\u00e9. La vue sort de soi, qui s\u2019\u00e9chappe avec elle.<\/i><\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\"><i>Mais elle vient aussi du dehors. Je vois chaque chose d\u2019un autre \u0153il. Je ne regarde pas un texte comme je regarde la route. Je ne vois pas un ami avec les m\u00eames yeux que j\u2019aper\u00e7ois un inconnu. D\u2019un tableau \u00e0 une photographie, je change de vision. Le monde me dicte mes fa\u00e7ons de voir. Ma vue s\u2019adapte, s\u2019enroule sur ce qui s\u2019offre.<\/i><\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\"><i>Entre dehors et moi, de lui \u00e0 moi, de moi \u00e0 lui, mes yeux esquissent des envol\u00e9es. Ils se prom\u00e8nent dans les airs, suivent les replis du monde. Aujourd\u2019hui, je vais courir apr\u00e8s eux, nous les accompagnerons dans le paysage, pour comprendre leurs itin\u00e9raires et leurs fa\u00e7ons.<\/i><\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\"><i>Arr\u00eatons-nous face \u00e0 la mer. Laissons partir la vue vers le large, s\u2019\u00e9vader. Elle s\u2019accroche \u00e0 un bateau, poursuit une mouette, la d\u00e9passe, bondit d\u2019une vague \u00e0 l\u2019autre, rejoint l\u2019horizon, le souligne, se pose un instant, avant de s\u2019\u00e9lancer vers les nuages et se perdre au z\u00e9nith, pour plonger au milieu des reflets. La mer n\u2019est pas devant nous, nous bondissons en elle. Immobile, nous voyageons. Nos yeux caressent l\u2019\u00e9cume, s\u2019accrochent au vent.<\/i><\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\"><i>Au large de nous-m\u00eames, notre regard est un oiseau des mers. Vagabond, il erre parmi les vagues. L\u2019albatros, c\u2019est lui.<\/i><\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\"><i>Changeons de paysage. Enfon\u00e7ons-nous dans les ruelles du vieux Namur et laissons nos yeux \u00e0 nouveau s\u2019\u00e9chapper. Au ras du sol, ils filent aussit\u00f4t au bout de la rue, reviennent vers nous, s\u2019arr\u00eatent \u00e0 la vitrine la plus proche, s\u2019y engouffrent un instant, vol\u00e8tent vers la vitrine d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9, puis celle d\u2019en face. Ils remontent une fa\u00e7ade, en redescendent une autre. Les revoil\u00e0 au bout de la rue\u00a0: ils nous attendent pour s\u2019envoler derri\u00e8re le coin.<\/i><\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\"><i>Nos yeux citadins sont des moineaux. De proche en proche, ils se faufilent, farfouillent. Et surveillent toujours le ciel, l\u2019issue possible.<\/i><\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\"><i>L\u2019oiseau-regard sillonne le monde, toujours uni \u00e0 lui. De nos yeux, les gestes sont surtout les siens.<\/i><\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\"><i>\u00c0 chaque paysage r\u00e9pond une vision. Chaque milieu a ses oiseaux, ses regards qui dansent en son espace. Si l\u2019\u0153il marin n\u2019est pas l\u2019\u0153il urbain, celui des jardins n\u2019est pas celui des bois, ni celui des steppes celui du d\u00e9sert. Au gr\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments, au rythme du relief, la vue est un milan qui plane sur l\u2019horizon, une alouette qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve dans le soleil, un pic qui ondule entre les troncs, une fauvette qui se glisse dans les taillis...<\/i><\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\"><i>Combien avons-nous de vari\u00e9t\u00e9s de regards\u00a0? Autant que de paysages. Et bien d\u2019autres encore.<\/i><\/p>","rendered":"<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\"><i>\u00ab\u00a0\u00a0[\u2026] son regard, traversant tout ce temps et toute cette \u00e9motion, l\u2019atteignit de mani\u00e8re incertaine\u00a0; se posa sur lui, plein de larmes\u00a0; puis s\u2019envola et repartit, comme un oiseau se pose sur une branche et s\u2019envole et repart.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\"><i>Virginia Woolf<\/i><\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\"><i>Chacun a ses fa\u00e7ons de voir, de tourner la t\u00eate et de poser les yeux. Il y a le regard des inquiets, celui des curieux, le regard des amoureux, celui des furieux, le regard des r\u00eaveurs et celui des absorb\u00e9s\u2026 Une fa\u00e7on de regarder est la marque d\u2019un \u00e9tat d\u2019esprit, plus en profondeur, d\u2019une personnalit\u00e9. La vue sort de soi, qui s\u2019\u00e9chappe avec elle.<\/i><\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\"><i>Mais elle vient aussi du dehors. Je vois chaque chose d\u2019un autre \u0153il. Je ne regarde pas un texte comme je regarde la route. Je ne vois pas un ami avec les m\u00eames yeux que j\u2019aper\u00e7ois un inconnu. D\u2019un tableau \u00e0 une photographie, je change de vision. Le monde me dicte mes fa\u00e7ons de voir. Ma vue s\u2019adapte, s\u2019enroule sur ce qui s\u2019offre.<\/i><\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\"><i>Entre dehors et moi, de lui \u00e0 moi, de moi \u00e0 lui, mes yeux esquissent des envol\u00e9es. Ils se prom\u00e8nent dans les airs, suivent les replis du monde. Aujourd\u2019hui, je vais courir apr\u00e8s eux, nous les accompagnerons dans le paysage, pour comprendre leurs itin\u00e9raires et leurs fa\u00e7ons.<\/i><\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\"><i>Arr\u00eatons-nous face \u00e0 la mer. Laissons partir la vue vers le large, s\u2019\u00e9vader. Elle s\u2019accroche \u00e0 un bateau, poursuit une mouette, la d\u00e9passe, bondit d\u2019une vague \u00e0 l\u2019autre, rejoint l\u2019horizon, le souligne, se pose un instant, avant de s\u2019\u00e9lancer vers les nuages et se perdre au z\u00e9nith, pour plonger au milieu des reflets. La mer n\u2019est pas devant nous, nous bondissons en elle. Immobile, nous voyageons. Nos yeux caressent l\u2019\u00e9cume, s\u2019accrochent au vent.<\/i><\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\"><i>Au large de nous-m\u00eames, notre regard est un oiseau des mers. Vagabond, il erre parmi les vagues. L\u2019albatros, c\u2019est lui.<\/i><\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\"><i>Changeons de paysage. Enfon\u00e7ons-nous dans les ruelles du vieux Namur et laissons nos yeux \u00e0 nouveau s\u2019\u00e9chapper. Au ras du sol, ils filent aussit\u00f4t au bout de la rue, reviennent vers nous, s\u2019arr\u00eatent \u00e0 la vitrine la plus proche, s\u2019y engouffrent un instant, vol\u00e8tent vers la vitrine d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9, puis celle d\u2019en face. Ils remontent une fa\u00e7ade, en redescendent une autre. Les revoil\u00e0 au bout de la rue\u00a0: ils nous attendent pour s\u2019envoler derri\u00e8re le coin.<\/i><\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\"><i>Nos yeux citadins sont des moineaux. De proche en proche, ils se faufilent, farfouillent. Et surveillent toujours le ciel, l\u2019issue possible.<\/i><\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\"><i>L\u2019oiseau-regard sillonne le monde, toujours uni \u00e0 lui. De nos yeux, les gestes sont surtout les siens.<\/i><\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\"><i>\u00c0 chaque paysage r\u00e9pond une vision. Chaque milieu a ses oiseaux, ses regards qui dansent en son espace. Si l\u2019\u0153il marin n\u2019est pas l\u2019\u0153il urbain, celui des jardins n\u2019est pas celui des bois, ni celui des steppes celui du d\u00e9sert. Au gr\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments, au rythme du relief, la vue est un milan qui plane sur l\u2019horizon, une alouette qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve dans le soleil, un pic qui ondule entre les troncs, une fauvette qui se glisse dans les taillis&#8230;<\/i><\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\"><i>Combien avons-nous de vari\u00e9t\u00e9s de regards\u00a0? 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