{"id":56,"date":"2020-09-01T12:45:59","date_gmt":"2020-09-01T12:45:59","guid":{"rendered":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/?post_type=chapter&#038;p=56"},"modified":"2020-11-13T10:26:23","modified_gmt":"2020-11-13T10:26:23","slug":"1b-le-grand-parking","status":"publish","type":"chapter","link":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/chapter\/1b-le-grand-parking\/","title":{"raw":"1b. Le grand parking","rendered":"1b. Le grand parking"},"content":{"raw":"<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">Je quitte l\u2019autoroute, tourne sur moi-m\u00eame et, face \u00e0 la cloison jaune et bleue, m\u2019avance dans ce grand vide o\u00f9 les voitures s\u2019alignent, cherche un petit vide pour y glisser la mienne. I, J ou K suffisamment proches de la sortie du magasin\u00a0: il faudra retenir la lettre de l\u2019all\u00e9e dans cette uniformit\u00e9 bien liss\u00e9e. Je sors de ma voiture et tout conduit mon regard vers l\u2019entr\u00e9e du magasin. Le lieu est rudimentaire et sa pratique \u00e9l\u00e9mentaire. Pourquoi s\u2019y attarderait-on ? Tout est fait pour qu\u2019on ne s\u2019y attarde pas.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">Atypique, je m\u2019offre le luxe d\u2019une analyse. Comment s\u2019agence cet \u00e9l\u00e9mentaire\u00a0? L\u2019espace est grand ouvert\u00a0: sans v\u00e9hicule, il serait nu. Les emplacements sont faits pour \u00eatre vides, n\u2019offrir aucun attrait qui pourrait susciter l\u2019int\u00e9r\u00eat. Une surface b\u00e9tonn\u00e9e sans arbre ni buisson, sans l\u2019ombre d\u2019une ombre ou d\u2019une asp\u00e9rit\u00e9. Seules des marques au sol et quelques blocs structurent l\u2019espace, imp\u00e9rativement orient\u00e9 vers le magasin. En somme, la pauvret\u00e9 du lieu fait son efficacit\u00e9.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">Les lointains ? Qui prendrait le soin d\u2019y pr\u00eater attention ? Le site est un grand plateau, aucun point de vue n\u2019est significatif, le regard reste \u00e0 l\u2019horizontale et n\u2019a aucune raison de voyager. \u00c0 mi-distance, le bruit de l\u2019autoroute, pourtant bien pr\u00e9sent, passe inaper\u00e7u. Les seuls \u00e9l\u00e9ments qui pourraient attirer le regard sont les couleurs bariol\u00e9es des commerces \u00e0 l\u2019autre extr\u00eame du zoning. Ils semblent toutefois bien lointains, inaccessibles \u00e0 pied. Entre eux et moi, les axes de circulations paraissent infranchissables. Comme si le vide de ce parking le repliait sur lui-m\u00eame. Comme si ce magasin \u00e9tait un \u00eelot en mer. En regardant \u00e0 l\u2019horizon, j\u2019aper\u00e7ois bien au loin des rang\u00e9es d\u2019arbres, quelques bosquets et le quartier avoisinant. Le vide m\u2019en s\u00e9pare, bien mieux que ne ferait un mur. Il op\u00e8re une distance absolue entre moi et ces l\u00e0-bas.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">Rien ne me prot\u00e8ge du vent, de la pluie, de la chaleur ou du froid. Ma voiture ou le magasin sont les uniques refuges. Quant aux mati\u00e8res ? La texture lisse mais inhospitali\u00e8re du b\u00e9ton, le m\u00e9tallique des voitures, celui des murs du magasin et le verre des sas d\u2019entr\u00e9e et de sortie. Rien de doux, rien de souple et surtout rien de vivant, hormis les autres clients \u2013 qu\u2019il est difficile de ne pas r\u00e9duire \u00e0 leur r\u00f4le de client. Le sol ? M\u00eame si je marche sur lui, il est comme absent : aucune trace de terre, qui ferait sale, presque aucun relief, rien qu\u2019une tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8re inclinaison du parking dont tous les replis et les variations ont \u00e9t\u00e9 aplanis. Manifeste, mais passant bien s\u00fbr inaper\u00e7ue, est surtout l\u2019absence d\u2019\u00e9paisseur et de profondeur de ce \u00ab\u00a0sol\u00a0\u00bb. Je marche sur une surface dont il m\u2019est impossible d\u2019\u00e9prouver ou m\u00eame d\u2019imaginer la terre sous elle. Suis-je encore sur terre ? Ou bien plut\u00f4t hors sol ? Ou en apesanteur ?<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">Les couleurs\u00a0? Il y a bien s\u00fbr ce bleu et ce jaune \u00e9clatants, d\u2019autant plus \u00e9clatants qu\u2019ils sont compl\u00e9mentaires, et d\u2019autant plus frappants que le bleu est un grand monochrome. Et puis rien d\u2019autre\u2026 ou plut\u00f4t tout le reste est \u00e9cras\u00e9 par ces deux couleurs. Il y a bien le bigarr\u00e9 des voitures, les variations grises du b\u00e9ton, les marques color\u00e9es au sol, au loin les verts de la v\u00e9g\u00e9tation, les beiges et les bruns des quartiers voisins, mais tout cela est effac\u00e9 par la grande muraille bicolore. Elle seule appara\u00eet, renvoyant tout son contexte aux limbes de l\u2019inapparent.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">Les objets, les \u00e9l\u00e9ments\u00a0? Tr\u00e8s peu de choses, dispers\u00e9es au loin les unes des autres. Quelques blocs de b\u00e9ton au bord des all\u00e9es, des r\u00e9verb\u00e8res trop fr\u00eales pour opposer leur verticalit\u00e9 \u00e0 l\u2019horizontalit\u00e9 du lieu, quelques chariots m\u00e9talliques. Aucun si\u00e8ge, aucun muret o\u00f9 l\u2019on pourrait s\u2019asseoir, pas un parterre de fleurs, ni m\u00eame un petit bout de pelouse. Rien n\u2019invite \u00e0 s\u2019attarder, \u00e0 se poser. Il faut entrer ou bien reprendre la voiture.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">Quel est l\u2019esprit de ce parking\u00a0? Poser la question est d\u00e9j\u00e0 ironique\u00a0! Tous les parkings sont \u00e9quivalents\u00a0; celui-ci est embl\u00e9matique. Un espace nu, d\u00e9mesur\u00e9 et d\u00e9sertique, o\u00f9 tout s\u2019\u00e9coule vers le commerce. Un grand acc\u00e8s automobile \u00e0 la consommation. Que pourrions-nous faire d\u2019autre ici que de r\u00eaver d\u2019acheter\u00a0? Sit\u00f4t sortis de la voiture, nous avons d\u00e9j\u00e0 la t\u00eate dans le magasin. Rien ne nous accroche ici, notre esprit est d\u00e9j\u00e0 ailleurs. Sans aucun doute, ce commerce-ci, cette cha\u00eene commerciale-ci a sa sp\u00e9cificit\u00e9, comme toutes les cha\u00eenes commerciales... La preuve en est que chacun en parle au singulier, en l\u2019appelant par son nom propre, comme si chaque magasin \u00e9tait la cha\u00eene enti\u00e8re. Enlevons ce magasin, il ne subsiste qu\u2019une grande plaque vide, un espace monofonctionnel, dont on a exclu toute autre particularit\u00e9 et toute autre possibilit\u00e9. Rien qu\u2019un parking.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">Que reste-t-il ici de la sociologie, de l\u2019esth\u00e9tique, de la culture, de la psychologie elle-m\u00eame ? Rien ou peu de choses. Sociologiquement, il faut avoir une voiture, ce qui n\u2019est pas tout \u00e0 fait n\u00e9gligeable. Culturellement, il faut avoir l\u2019id\u00e9e de venir ici. Manifestement, les appels sont bien orchestr\u00e9s, mais ne remontent pas bien loin dans l\u2019histoire. Il s\u2019agit de vivre \u00e0 l\u2019heure d\u2019aujourd\u2019hui. Esth\u00e9tiquement, nous sommes face \u00e0 ce que toutes les cultures ont refus\u00e9 jusqu\u2019au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle\u00a0: r\u00e9duire un objet, en l\u2019occurrence un espace, \u00e0 sa stricte fonctionnalit\u00e9[footnote]LEROI-GOURHAN, Andr\u00e9, <i>Le geste et la parole<\/i>, Tome II, Albin Michel, 1964, p. 128.[\/footnote]. Une esth\u00e9tique de l\u2019absence d\u2019esth\u00e9tique - d\u2019autant plus paradoxale que la cha\u00eene a fait du design sa marque de fabrique. Pour ce qui est de la psychologie, comment chacun pourrait-il faire sien ce lieu, se l\u2019approprier ? Que pourrions-nous y faire d\u2019autre que d\u2019\u00eatre un usager semblable \u00e0 tous les autres usagers ? Des pratiques transgressives sont peut-\u00eatre possibles, mais elles requi\u00e8rent d\u2019\u00eatre tr\u00e8s imaginatif et tr\u00e8s transgressif.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">L\u2019esprit d\u2019un lieu vide est le vide. Nous ne pouvons y avoir que la t\u00eate vide. Exp\u00e9rience mystique en certaines circonstances. Mais ici \u2013 personne ne s\u2019y trompe \u2013, le vide est aussit\u00f4t rempli par un imaginaire consum\u00e9riste.<\/p>","rendered":"<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">Je quitte l\u2019autoroute, tourne sur moi-m\u00eame et, face \u00e0 la cloison jaune et bleue, m\u2019avance dans ce grand vide o\u00f9 les voitures s\u2019alignent, cherche un petit vide pour y glisser la mienne. I, J ou K suffisamment proches de la sortie du magasin\u00a0: il faudra retenir la lettre de l\u2019all\u00e9e dans cette uniformit\u00e9 bien liss\u00e9e. Je sors de ma voiture et tout conduit mon regard vers l\u2019entr\u00e9e du magasin. Le lieu est rudimentaire et sa pratique \u00e9l\u00e9mentaire. Pourquoi s\u2019y attarderait-on ? Tout est fait pour qu\u2019on ne s\u2019y attarde pas.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">Atypique, je m\u2019offre le luxe d\u2019une analyse. Comment s\u2019agence cet \u00e9l\u00e9mentaire\u00a0? L\u2019espace est grand ouvert\u00a0: sans v\u00e9hicule, il serait nu. Les emplacements sont faits pour \u00eatre vides, n\u2019offrir aucun attrait qui pourrait susciter l\u2019int\u00e9r\u00eat. Une surface b\u00e9tonn\u00e9e sans arbre ni buisson, sans l\u2019ombre d\u2019une ombre ou d\u2019une asp\u00e9rit\u00e9. Seules des marques au sol et quelques blocs structurent l\u2019espace, imp\u00e9rativement orient\u00e9 vers le magasin. En somme, la pauvret\u00e9 du lieu fait son efficacit\u00e9.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">Les lointains ? Qui prendrait le soin d\u2019y pr\u00eater attention ? Le site est un grand plateau, aucun point de vue n\u2019est significatif, le regard reste \u00e0 l\u2019horizontale et n\u2019a aucune raison de voyager. \u00c0 mi-distance, le bruit de l\u2019autoroute, pourtant bien pr\u00e9sent, passe inaper\u00e7u. Les seuls \u00e9l\u00e9ments qui pourraient attirer le regard sont les couleurs bariol\u00e9es des commerces \u00e0 l\u2019autre extr\u00eame du zoning. Ils semblent toutefois bien lointains, inaccessibles \u00e0 pied. Entre eux et moi, les axes de circulations paraissent infranchissables. Comme si le vide de ce parking le repliait sur lui-m\u00eame. Comme si ce magasin \u00e9tait un \u00eelot en mer. En regardant \u00e0 l\u2019horizon, j\u2019aper\u00e7ois bien au loin des rang\u00e9es d\u2019arbres, quelques bosquets et le quartier avoisinant. Le vide m\u2019en s\u00e9pare, bien mieux que ne ferait un mur. Il op\u00e8re une distance absolue entre moi et ces l\u00e0-bas.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">Rien ne me prot\u00e8ge du vent, de la pluie, de la chaleur ou du froid. Ma voiture ou le magasin sont les uniques refuges. Quant aux mati\u00e8res ? La texture lisse mais inhospitali\u00e8re du b\u00e9ton, le m\u00e9tallique des voitures, celui des murs du magasin et le verre des sas d\u2019entr\u00e9e et de sortie. Rien de doux, rien de souple et surtout rien de vivant, hormis les autres clients \u2013 qu\u2019il est difficile de ne pas r\u00e9duire \u00e0 leur r\u00f4le de client. Le sol ? M\u00eame si je marche sur lui, il est comme absent : aucune trace de terre, qui ferait sale, presque aucun relief, rien qu\u2019une tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8re inclinaison du parking dont tous les replis et les variations ont \u00e9t\u00e9 aplanis. Manifeste, mais passant bien s\u00fbr inaper\u00e7ue, est surtout l\u2019absence d\u2019\u00e9paisseur et de profondeur de ce \u00ab\u00a0sol\u00a0\u00bb. Je marche sur une surface dont il m\u2019est impossible d\u2019\u00e9prouver ou m\u00eame d\u2019imaginer la terre sous elle. Suis-je encore sur terre ? Ou bien plut\u00f4t hors sol ? Ou en apesanteur ?<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">Les couleurs\u00a0? Il y a bien s\u00fbr ce bleu et ce jaune \u00e9clatants, d\u2019autant plus \u00e9clatants qu\u2019ils sont compl\u00e9mentaires, et d\u2019autant plus frappants que le bleu est un grand monochrome. Et puis rien d\u2019autre\u2026 ou plut\u00f4t tout le reste est \u00e9cras\u00e9 par ces deux couleurs. Il y a bien le bigarr\u00e9 des voitures, les variations grises du b\u00e9ton, les marques color\u00e9es au sol, au loin les verts de la v\u00e9g\u00e9tation, les beiges et les bruns des quartiers voisins, mais tout cela est effac\u00e9 par la grande muraille bicolore. Elle seule appara\u00eet, renvoyant tout son contexte aux limbes de l\u2019inapparent.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">Les objets, les \u00e9l\u00e9ments\u00a0? Tr\u00e8s peu de choses, dispers\u00e9es au loin les unes des autres. Quelques blocs de b\u00e9ton au bord des all\u00e9es, des r\u00e9verb\u00e8res trop fr\u00eales pour opposer leur verticalit\u00e9 \u00e0 l\u2019horizontalit\u00e9 du lieu, quelques chariots m\u00e9talliques. Aucun si\u00e8ge, aucun muret o\u00f9 l\u2019on pourrait s\u2019asseoir, pas un parterre de fleurs, ni m\u00eame un petit bout de pelouse. Rien n\u2019invite \u00e0 s\u2019attarder, \u00e0 se poser. Il faut entrer ou bien reprendre la voiture.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">Quel est l\u2019esprit de ce parking\u00a0? Poser la question est d\u00e9j\u00e0 ironique\u00a0! Tous les parkings sont \u00e9quivalents\u00a0; celui-ci est embl\u00e9matique. Un espace nu, d\u00e9mesur\u00e9 et d\u00e9sertique, o\u00f9 tout s\u2019\u00e9coule vers le commerce. Un grand acc\u00e8s automobile \u00e0 la consommation. Que pourrions-nous faire d\u2019autre ici que de r\u00eaver d\u2019acheter\u00a0? Sit\u00f4t sortis de la voiture, nous avons d\u00e9j\u00e0 la t\u00eate dans le magasin. Rien ne nous accroche ici, notre esprit est d\u00e9j\u00e0 ailleurs. Sans aucun doute, ce commerce-ci, cette cha\u00eene commerciale-ci a sa sp\u00e9cificit\u00e9, comme toutes les cha\u00eenes commerciales&#8230; La preuve en est que chacun en parle au singulier, en l\u2019appelant par son nom propre, comme si chaque magasin \u00e9tait la cha\u00eene enti\u00e8re. Enlevons ce magasin, il ne subsiste qu\u2019une grande plaque vide, un espace monofonctionnel, dont on a exclu toute autre particularit\u00e9 et toute autre possibilit\u00e9. Rien qu\u2019un parking.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">Que reste-t-il ici de la sociologie, de l\u2019esth\u00e9tique, de la culture, de la psychologie elle-m\u00eame ? Rien ou peu de choses. Sociologiquement, il faut avoir une voiture, ce qui n\u2019est pas tout \u00e0 fait n\u00e9gligeable. Culturellement, il faut avoir l\u2019id\u00e9e de venir ici. Manifestement, les appels sont bien orchestr\u00e9s, mais ne remontent pas bien loin dans l\u2019histoire. Il s\u2019agit de vivre \u00e0 l\u2019heure d\u2019aujourd\u2019hui. Esth\u00e9tiquement, nous sommes face \u00e0 ce que toutes les cultures ont refus\u00e9 jusqu\u2019au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle\u00a0: r\u00e9duire un objet, en l\u2019occurrence un espace, \u00e0 sa stricte fonctionnalit\u00e9<a class=\"footnote\" title=\"LEROI-GOURHAN, Andr\u00e9, Le geste et la parole, Tome II, Albin Michel, 1964, p. 128.\" id=\"return-footnote-56-1\" href=\"#footnote-56-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a>. Une esth\u00e9tique de l\u2019absence d\u2019esth\u00e9tique &#8211; d\u2019autant plus paradoxale que la cha\u00eene a fait du design sa marque de fabrique. Pour ce qui est de la psychologie, comment chacun pourrait-il faire sien ce lieu, se l\u2019approprier ? Que pourrions-nous y faire d\u2019autre que d\u2019\u00eatre un usager semblable \u00e0 tous les autres usagers ? Des pratiques transgressives sont peut-\u00eatre possibles, mais elles requi\u00e8rent d\u2019\u00eatre tr\u00e8s imaginatif et tr\u00e8s transgressif.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">L\u2019esprit d\u2019un lieu vide est le vide. Nous ne pouvons y avoir que la t\u00eate vide. Exp\u00e9rience mystique en certaines circonstances. Mais ici \u2013 personne ne s\u2019y trompe \u2013, le vide est aussit\u00f4t rempli par un imaginaire consum\u00e9riste.<\/p>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-56-1\">LEROI-GOURHAN, Andr\u00e9, <i>Le geste et la parole<\/i>, Tome II, Albin Michel, 1964, p. 128. <a href=\"#return-footnote-56-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":1,"menu_order":3,"template":"","meta":{"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":[],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[],"license":[],"class_list":["post-56","chapter","type-chapter","status-publish","hentry"],"part":3,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/56"}],"collection":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/56\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":345,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/56\/revisions\/345"}],"part":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/3"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/56\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=56"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=56"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=56"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=56"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}