{"id":58,"date":"2020-09-01T12:48:34","date_gmt":"2020-09-01T12:48:34","guid":{"rendered":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/?post_type=chapter&#038;p=58"},"modified":"2020-12-01T13:40:08","modified_gmt":"2020-12-01T13:40:08","slug":"2a-campagne-urbaine","status":"publish","type":"chapter","link":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/chapter\/2a-campagne-urbaine\/","title":{"raw":"2a. Campagne urbaine","rendered":"2a. Campagne urbaine"},"content":{"raw":"<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">O\u00f9 finit la ville ? O\u00f9 commence la campagne ? La fronti\u00e8re entre les deux est parfois nette, souvent ind\u00e9cise. Depuis quelques d\u00e9cennies, les entr\u00e9es de ville ont connu une expansion tant du commerce que de l\u2019habitat. Les p\u00e9riph\u00e9ries se ramifient et acc\u00e9l\u00e8rent la \u00ab rurbanisation \u00bb. La ville grignote sur la campagne. \u00c9tonnamment, mais le ph\u00e9nom\u00e8ne est plus r\u00e9cent, la tendance inverse fait aussi son chemin : des poches de campagne surgissent en ville.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">\u00c0 deux pas du centre, \u00e0 flanc de coteau, je me retrouve au bord d\u2019une prairie \u00e0 moutons. Les herbes y poussent en grandes touffes, entre lesquelles les brebis se faufilent. Quelques pommiers font le guet. Des aub\u00e9pines, des charmes, des sureaux, des noisetiers, habit\u00e9s par les fauvettes et les rouge-gorges, entourent les lieux. Un chemin m\u2019y conduit, bord\u00e9 d\u2019ombelles, de chardons, de lamiers, de renoncules\u2026 En contre-bas, la ville se r\u00e9pand le long du fleuve : un flot de toits, de clochers, de grands immeubles et d\u2019axes routiers. Les bruits montent.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">Contraste frappant entre la souplesse du v\u00e9g\u00e9tal \u2013 variations de verts, de pailles, de fauves\u2026 o\u00f9 p\u00e9tillent le blanc des fleurs et les reflets\u2026 \u2013 et la fermet\u00e9 du min\u00e9ral, o\u00f9 dominent les ocres et les gris. Deux univers se jouxtent. Unis dans le m\u00eame paysage, ils semblent \u00e9trangers l\u2019un \u00e0 l\u2019autre. Au bruissement des feuilles s\u2019oppose le brouhaha de la ville. Au flegme des moutons r\u00e9pond l\u2019activit\u00e9 urbaine. Sous les effluves d\u2019aub\u00e9pine, je sens encore les gaz d\u2019\u00e9chappement. L\u2019opposition en est presque caricaturale.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">La singularit\u00e9 du lieu tient pourtant \u00e0 la rencontre de ces deux mondes. La ville d\u2019un c\u00f4t\u00e9, grouillante et foisonnante\u00a0; une prairie de l\u2019autre, paisible, voire assoupie. Ici, les deux se croisent. La campagne en ville\u00a0: dialectique improbable, contrepoint inattendu.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">Quel est l\u2019esprit de ce coin de campagne \u00e0 l\u2019or\u00e9e de la ville\u00a0? Tout ici tient dans le contraste, dans un c\u00f4toiement improbable, aujourd\u2019hui en expansion. Une campagne urbaine[footnote]DONADIEU, Pierre, <i>Campagnes urbaines<\/i>, Actes Sud, 1998.[\/footnote], est-ce encore vraiment la campagne\u00a0? Cet aspect bucolique, st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9, a d\u2019ailleurs disparu des grandes zones agricoles. En Belgique, les prairies \u00e0 moutons se font rares, de m\u00eame que les haies sauvages et les talus envahis d\u2019herbes folles. Une campagne pour citadins\u00a0? Un jouet pour bobos\u00a0? Un coin de verdure plus qu\u2019une authentique ruralit\u00e9. On imagine d\u2019ici le sourire des agriculteurs.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">Plut\u00f4t que de le rapporter au monde agricole, peut-\u00eatre faut-il \u00e9tudier le ph\u00e9nom\u00e8ne en lui-m\u00eame. Ce bout de prairie est \u00e9videmment une r\u00e9alit\u00e9 p\u00e9ri-urbaine, associ\u00e9e \u00e0 une certaine sociologie citadine. Ce site a les parfums d\u2019un certain imaginaire\u00a0\u2013 un retour \u00e0 la nature, une attention \u00e0 la biodiversit\u00e9, un attrait pour la part du sauvage. G\u00e9n\u00e9rer ce genre de lieu peut sembler nostalgique\u00a0: une tentative illusoire de retrouver, \u00e0 la porte de la ville, une campagne ant\u00e9rieure \u00e0 l\u2019industrialisation. \u00c0 moins que le geste ne soit progressiste, une volont\u00e9 de r\u00e9-enraciner nos soci\u00e9t\u00e9s dans leur sol naturel\u00a0? Et si les deux logiques se croisaient\u00a0? Le progr\u00e8s ne se nourrit-il pas de retours\u00a0? Le futur ne se cherche-t-il pas aussi dans le pass\u00e9\u00a0? Les temps ici s\u2019entrelacent.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">Deux temps, qui, le plus souvent, se tournent le dos, en ce lieu s\u2019enchev\u00eatrent. Un rythme rel\u00e2ch\u00e9 et un autre nerveux. \u00c0 l\u2019avant-plan\u00a0: des moutons, lymphatiques, de petits fruitiers, vou\u00e9s au cycle des saisons, des herbes, ondulantes. Une atmosph\u00e8re cyclique, propice \u00e0 la promenade, \u00e0 la r\u00eaverie ou \u00e0 la m\u00e9ditation. \u00c0 l\u2019arri\u00e8re-plan\u00a0: la circulation fr\u00e9n\u00e9tique, le quotidien affair\u00e9, le commerce en effervescence. Une ambiance de travail, d\u2019activit\u00e9 et d\u2019interconnexions. Le site, dans sa singularit\u00e9, est les deux \u00e0 la fois\u00a0: le calme se d\u00e9couvre sur fond d\u2019agitation et, r\u00e9ciproquement, la f\u00e9brilit\u00e9 d\u00e9bouche sur la qui\u00e9tude. Le tout de ce paysage compose une sonate o\u00f9 les mouvements, tant\u00f4t fougueux tant\u00f4t apais\u00e9s, non seulement se succ\u00e8dent et se font \u00e9cho, mais surtout passent l\u2019un dans l\u2019autre, sans pour autant fusionner.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">L\u2019opposition ville-campagne est un \u00e9l\u00e9ment qui structure notre perception des territoires et plus profond\u00e9ment encore nos mentalit\u00e9s. On se sent citadin ou campagnard. Cette opposition est-elle encore aujourd\u2019hui pertinente ? Par-ci par-l\u00e0 s\u2019esquisse leur alliance.<\/p>","rendered":"<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">O\u00f9 finit la ville ? O\u00f9 commence la campagne ? La fronti\u00e8re entre les deux est parfois nette, souvent ind\u00e9cise. Depuis quelques d\u00e9cennies, les entr\u00e9es de ville ont connu une expansion tant du commerce que de l\u2019habitat. Les p\u00e9riph\u00e9ries se ramifient et acc\u00e9l\u00e8rent la \u00ab rurbanisation \u00bb. La ville grignote sur la campagne. \u00c9tonnamment, mais le ph\u00e9nom\u00e8ne est plus r\u00e9cent, la tendance inverse fait aussi son chemin : des poches de campagne surgissent en ville.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">\u00c0 deux pas du centre, \u00e0 flanc de coteau, je me retrouve au bord d\u2019une prairie \u00e0 moutons. Les herbes y poussent en grandes touffes, entre lesquelles les brebis se faufilent. Quelques pommiers font le guet. Des aub\u00e9pines, des charmes, des sureaux, des noisetiers, habit\u00e9s par les fauvettes et les rouge-gorges, entourent les lieux. Un chemin m\u2019y conduit, bord\u00e9 d\u2019ombelles, de chardons, de lamiers, de renoncules\u2026 En contre-bas, la ville se r\u00e9pand le long du fleuve : un flot de toits, de clochers, de grands immeubles et d\u2019axes routiers. Les bruits montent.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">Contraste frappant entre la souplesse du v\u00e9g\u00e9tal \u2013 variations de verts, de pailles, de fauves\u2026 o\u00f9 p\u00e9tillent le blanc des fleurs et les reflets\u2026 \u2013 et la fermet\u00e9 du min\u00e9ral, o\u00f9 dominent les ocres et les gris. Deux univers se jouxtent. Unis dans le m\u00eame paysage, ils semblent \u00e9trangers l\u2019un \u00e0 l\u2019autre. Au bruissement des feuilles s\u2019oppose le brouhaha de la ville. Au flegme des moutons r\u00e9pond l\u2019activit\u00e9 urbaine. Sous les effluves d\u2019aub\u00e9pine, je sens encore les gaz d\u2019\u00e9chappement. L\u2019opposition en est presque caricaturale.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">La singularit\u00e9 du lieu tient pourtant \u00e0 la rencontre de ces deux mondes. La ville d\u2019un c\u00f4t\u00e9, grouillante et foisonnante\u00a0; une prairie de l\u2019autre, paisible, voire assoupie. Ici, les deux se croisent. La campagne en ville\u00a0: dialectique improbable, contrepoint inattendu.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">Quel est l\u2019esprit de ce coin de campagne \u00e0 l\u2019or\u00e9e de la ville\u00a0? Tout ici tient dans le contraste, dans un c\u00f4toiement improbable, aujourd\u2019hui en expansion. Une campagne urbaine<a class=\"footnote\" title=\"DONADIEU, Pierre, Campagnes urbaines, Actes Sud, 1998.\" id=\"return-footnote-58-1\" href=\"#footnote-58-1\" aria-label=\"Footnote 1\"><sup class=\"footnote\">[1]<\/sup><\/a>, est-ce encore vraiment la campagne\u00a0? Cet aspect bucolique, st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9, a d\u2019ailleurs disparu des grandes zones agricoles. En Belgique, les prairies \u00e0 moutons se font rares, de m\u00eame que les haies sauvages et les talus envahis d\u2019herbes folles. Une campagne pour citadins\u00a0? Un jouet pour bobos\u00a0? Un coin de verdure plus qu\u2019une authentique ruralit\u00e9. On imagine d\u2019ici le sourire des agriculteurs.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">Plut\u00f4t que de le rapporter au monde agricole, peut-\u00eatre faut-il \u00e9tudier le ph\u00e9nom\u00e8ne en lui-m\u00eame. Ce bout de prairie est \u00e9videmment une r\u00e9alit\u00e9 p\u00e9ri-urbaine, associ\u00e9e \u00e0 une certaine sociologie citadine. Ce site a les parfums d\u2019un certain imaginaire\u00a0\u2013 un retour \u00e0 la nature, une attention \u00e0 la biodiversit\u00e9, un attrait pour la part du sauvage. G\u00e9n\u00e9rer ce genre de lieu peut sembler nostalgique\u00a0: une tentative illusoire de retrouver, \u00e0 la porte de la ville, une campagne ant\u00e9rieure \u00e0 l\u2019industrialisation. \u00c0 moins que le geste ne soit progressiste, une volont\u00e9 de r\u00e9-enraciner nos soci\u00e9t\u00e9s dans leur sol naturel\u00a0? Et si les deux logiques se croisaient\u00a0? Le progr\u00e8s ne se nourrit-il pas de retours\u00a0? Le futur ne se cherche-t-il pas aussi dans le pass\u00e9\u00a0? Les temps ici s\u2019entrelacent.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">Deux temps, qui, le plus souvent, se tournent le dos, en ce lieu s\u2019enchev\u00eatrent. Un rythme rel\u00e2ch\u00e9 et un autre nerveux. \u00c0 l\u2019avant-plan\u00a0: des moutons, lymphatiques, de petits fruitiers, vou\u00e9s au cycle des saisons, des herbes, ondulantes. Une atmosph\u00e8re cyclique, propice \u00e0 la promenade, \u00e0 la r\u00eaverie ou \u00e0 la m\u00e9ditation. \u00c0 l\u2019arri\u00e8re-plan\u00a0: la circulation fr\u00e9n\u00e9tique, le quotidien affair\u00e9, le commerce en effervescence. Une ambiance de travail, d\u2019activit\u00e9 et d\u2019interconnexions. Le site, dans sa singularit\u00e9, est les deux \u00e0 la fois\u00a0: le calme se d\u00e9couvre sur fond d\u2019agitation et, r\u00e9ciproquement, la f\u00e9brilit\u00e9 d\u00e9bouche sur la qui\u00e9tude. Le tout de ce paysage compose une sonate o\u00f9 les mouvements, tant\u00f4t fougueux tant\u00f4t apais\u00e9s, non seulement se succ\u00e8dent et se font \u00e9cho, mais surtout passent l\u2019un dans l\u2019autre, sans pour autant fusionner.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">L\u2019opposition ville-campagne est un \u00e9l\u00e9ment qui structure notre perception des territoires et plus profond\u00e9ment encore nos mentalit\u00e9s. On se sent citadin ou campagnard. Cette opposition est-elle encore aujourd\u2019hui pertinente ? Par-ci par-l\u00e0 s\u2019esquisse leur alliance.<\/p>\n<hr class=\"before-footnotes clear\" \/><div class=\"footnotes\"><ol><li id=\"footnote-58-1\">DONADIEU, Pierre, <i>Campagnes urbaines<\/i>, Actes Sud, 1998. <a href=\"#return-footnote-58-1\" class=\"return-footnote\" aria-label=\"Return to footnote 1\">&crarr;<\/a><\/li><\/ol><\/div>","protected":false},"author":1,"menu_order":4,"template":"","meta":{"pb_show_title":"on","pb_short_title":"","pb_subtitle":"","pb_authors":[],"pb_section_license":""},"chapter-type":[],"contributor":[],"license":[],"class_list":["post-58","chapter","type-chapter","status-publish","hentry"],"part":3,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/58"}],"collection":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters"}],"about":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/wp\/v2\/types\/chapter"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/58\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":300,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/58\/revisions\/300"}],"part":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/parts\/3"}],"metadata":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapters\/58\/metadata\/"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=58"}],"wp:term":[{"taxonomy":"chapter-type","embeddable":true,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/pressbooks\/v2\/chapter-type?post=58"},{"taxonomy":"contributor","embeddable":true,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/wp\/v2\/contributor?post=58"},{"taxonomy":"license","embeddable":true,"href":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/wp-json\/wp\/v2\/license?post=58"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}