{"id":77,"date":"2020-09-01T13:06:39","date_gmt":"2020-09-01T13:06:39","guid":{"rendered":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/?post_type=chapter&#038;p=77"},"modified":"2020-09-15T14:19:00","modified_gmt":"2020-09-15T14:19:00","slug":"5b-le-fond-de-limpasse","status":"publish","type":"chapter","link":"https:\/\/e-publish.uliege.be\/vfurnelle20\/chapter\/5b-le-fond-de-limpasse\/","title":{"raw":"5b. Le fond de l\u2019impasse","rendered":"5b. Le fond de l\u2019impasse"},"content":{"raw":"<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">\u00ab\u00a0\u00a0La ruelle\u00a0\u00bb, l\u2019une des deux toiles de Vermeer figurant un ext\u00e9rieur, nous plonge dans l\u2019intimit\u00e9 de la vie domestique. Sur les devants d\u2019une maison, entre l\u2019int\u00e9rieur et l\u2019ext\u00e9rieur, une vieille femme coud, une servante \u00e9tend du linge, deux enfants jouent \u00e0 terre. Un ordinaire si ordinaire qu\u2019il en est intemporel. Une existence dans et en dehors du temps. De cette ruelle, l\u2019histoire s\u2019est retir\u00e9e pour accueillir l\u2019\u00e9ternit\u00e9, temps du silence, silence du temps.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">De ce silence, reste-t-il un \u00e9cho aujourd\u2019hui\u00a0? Il ne peut que se tenir tapi, \u00e0 l\u2019\u00e9cart de l\u2019agitation ambiante. Au fond d\u2019une impasse.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">Je la connais parce que d\u2019autres m\u2019en ont trahi le secret. Son entr\u00e9e entre deux maisons passe inaper\u00e7ue. Si m\u00eame on la remarque, on la prendrait pour un acc\u00e8s priv\u00e9. Ouverte, elle reste coup\u00e9e de la rue o\u00f9 elle d\u00e9bouche.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">Je passe ce cap et, par un passage \u00e9troit et sinueux, me faufile entre les maisons et les buissons. Une vingtaine de m\u00e8tres plus loin, me voil\u00e0 au fond de l\u2019impasse, dans une cour pav\u00e9e \u2013 de vieux moellons irr\u00e9guliers, entre lesquels l\u2019herbe pousse \u2013 entour\u00e9e d\u2019une dizaine de maisons. Des b\u00e2timents anciens, de taille modeste, sans grande pr\u00e9tention, intriqu\u00e9s les uns dans les autres, transform\u00e9s au fil du temps et des habitants du quartier.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">Un arbre \u00e0 kiwi s\u2019\u00e9panouit dans un angle, se r\u00e9pand en tonnelle, escalade les fa\u00e7ades. Un figuier lui aussi exulte. Au c\u0153ur de la cour, un jardin collectif foisonne dans un m\u00e9lange de plantes indig\u00e8nes et exotiques\u00a0\u2013 un fragment de jungle. Partout sur les seuils et dans les recoins, des jarres, des pots, des jardini\u00e8res regorgent de plantations h\u00e9t\u00e9roclites\u00a0: des sauges, du romarin, des piments, des buis, des impatientes\u2026 Sur des terrasses improvis\u00e9es, de vieux meubles de jardin surgissent \u00e7\u00e0 et l\u00e0, comme au hasard.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">Au fond de cette impasse r\u00e8gne sinon le silence, du moins la qui\u00e9tude d\u2019un lieu isol\u00e9 de la circulation et de l\u2019effervescence urbaine. Il suffit que j\u2019y entre pour que j\u2019acc\u00e8de \u00e0 un autre espace, \u00e0 un autre temps.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">En cet endroit o\u00f9 l\u2019on se pose pour papoter et r\u00eavasser, nous nous sentons un peu chez nous. Les riverains, eux, nous jettent un \u0153il \u00e0 la fois complice et n\u00e9anmoins un rien hostile. Flatt\u00e9s de ce que nous soyons sous le charme de leur monde, ils nous en veulent d\u2019en violer l\u2019intimit\u00e9 et, c\u2019est probable, d\u2019en faire la publicit\u00e9. Chacun veut garder pour soi et quelques \u00e9lus ses jardins secrets. A fortiori, celui o\u00f9 il vit.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">Peut-\u00eatre, pour se pr\u00e9server, auraient-ils d\u00fb mettre une grille \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de l\u2019impasse. C\u2019eut \u00e9t\u00e9 en trahir l\u2019esprit, enclore en une cour int\u00e9rieure ce qui est un espace entre le dedans et le dehors, \u00e0 la fois en ville et \u00e0 l\u2019\u00e9cart, priv\u00e9 et commun, un lieu ouvert et repli\u00e9 sur soi.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">Un lieu o\u00f9 s\u2019arr\u00eate toute urgence. Le temps passe-t-il plus lentement dans les impasses\u00a0? \u00c0 l\u2019instar de la circulation, il n\u2019y passe pas. Ici le temps arrive, repart, entre les deux, s\u2019arr\u00eate.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">Impossible d\u2019aller plus loin, nous sommes arriv\u00e9s. Ici tous les mouvements s\u2019ach\u00e8vent, chaque chose a rejoint son propre lieu, les hommes et les chats, les rosiers et l\u2019actinidia, les citronnelles et la sarriette, les pav\u00e9s et les chaises. Ici surtout les bruits se taisent, font place au calme, o\u00f9 le silence se devine.<\/p>\r\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" align=\"justify\">L\u2019\u00e9ternit\u00e9\u00a0? Dans son affairement, notre soci\u00e9t\u00e9 l\u2019a \u00e9touff\u00e9e. Quelques lieux en gardent la nostalgie.<\/p>","rendered":"<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0\u00a0La ruelle\u00a0\u00bb, l\u2019une des deux toiles de Vermeer figurant un ext\u00e9rieur, nous plonge dans l\u2019intimit\u00e9 de la vie domestique. Sur les devants d\u2019une maison, entre l\u2019int\u00e9rieur et l\u2019ext\u00e9rieur, une vieille femme coud, une servante \u00e9tend du linge, deux enfants jouent \u00e0 terre. Un ordinaire si ordinaire qu\u2019il en est intemporel. Une existence dans et en dehors du temps. De cette ruelle, l\u2019histoire s\u2019est retir\u00e9e pour accueillir l\u2019\u00e9ternit\u00e9, temps du silence, silence du temps.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">De ce silence, reste-t-il un \u00e9cho aujourd\u2019hui\u00a0? Il ne peut que se tenir tapi, \u00e0 l\u2019\u00e9cart de l\u2019agitation ambiante. Au fond d\u2019une impasse.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">Je la connais parce que d\u2019autres m\u2019en ont trahi le secret. Son entr\u00e9e entre deux maisons passe inaper\u00e7ue. Si m\u00eame on la remarque, on la prendrait pour un acc\u00e8s priv\u00e9. Ouverte, elle reste coup\u00e9e de la rue o\u00f9 elle d\u00e9bouche.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">Je passe ce cap et, par un passage \u00e9troit et sinueux, me faufile entre les maisons et les buissons. Une vingtaine de m\u00e8tres plus loin, me voil\u00e0 au fond de l\u2019impasse, dans une cour pav\u00e9e \u2013 de vieux moellons irr\u00e9guliers, entre lesquels l\u2019herbe pousse \u2013 entour\u00e9e d\u2019une dizaine de maisons. Des b\u00e2timents anciens, de taille modeste, sans grande pr\u00e9tention, intriqu\u00e9s les uns dans les autres, transform\u00e9s au fil du temps et des habitants du quartier.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">Un arbre \u00e0 kiwi s\u2019\u00e9panouit dans un angle, se r\u00e9pand en tonnelle, escalade les fa\u00e7ades. Un figuier lui aussi exulte. Au c\u0153ur de la cour, un jardin collectif foisonne dans un m\u00e9lange de plantes indig\u00e8nes et exotiques\u00a0\u2013 un fragment de jungle. Partout sur les seuils et dans les recoins, des jarres, des pots, des jardini\u00e8res regorgent de plantations h\u00e9t\u00e9roclites\u00a0: des sauges, du romarin, des piments, des buis, des impatientes\u2026 Sur des terrasses improvis\u00e9es, de vieux meubles de jardin surgissent \u00e7\u00e0 et l\u00e0, comme au hasard.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">Au fond de cette impasse r\u00e8gne sinon le silence, du moins la qui\u00e9tude d\u2019un lieu isol\u00e9 de la circulation et de l\u2019effervescence urbaine. Il suffit que j\u2019y entre pour que j\u2019acc\u00e8de \u00e0 un autre espace, \u00e0 un autre temps.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">En cet endroit o\u00f9 l\u2019on se pose pour papoter et r\u00eavasser, nous nous sentons un peu chez nous. Les riverains, eux, nous jettent un \u0153il \u00e0 la fois complice et n\u00e9anmoins un rien hostile. Flatt\u00e9s de ce que nous soyons sous le charme de leur monde, ils nous en veulent d\u2019en violer l\u2019intimit\u00e9 et, c\u2019est probable, d\u2019en faire la publicit\u00e9. Chacun veut garder pour soi et quelques \u00e9lus ses jardins secrets. A fortiori, celui o\u00f9 il vit.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">Peut-\u00eatre, pour se pr\u00e9server, auraient-ils d\u00fb mettre une grille \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de l\u2019impasse. C\u2019eut \u00e9t\u00e9 en trahir l\u2019esprit, enclore en une cour int\u00e9rieure ce qui est un espace entre le dedans et le dehors, \u00e0 la fois en ville et \u00e0 l\u2019\u00e9cart, priv\u00e9 et commun, un lieu ouvert et repli\u00e9 sur soi.<\/p>\n<p class=\"western\" lang=\"fr-BE\" style=\"text-align: justify;\">Un lieu o\u00f9 s\u2019arr\u00eate toute urgence. 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